À l’Université Paris-Dauphine, un « E.Day » sans idée

Le Journal du Dimanche et l’Université Paris-Dauphine ont organisé conjointement ce jeudi le « E.day ». Un événement où de nombreuses personnalités sont intervenues afin de proposer des solutions pour « relancer le projet européen ». Parmi elles, Valérie Pécresse, Pierre Moscovici, Gaspard Koening ou encore Manuel Valls étaient invités pour « Make europe great again ». Oscillant entre discours creux, vision décalée de l’Union européenne et vieilles idées, l’événement a déçu.

Pourtant les thèmes proposés étaient, sur le papier, intéressant. Il était question de « comment créer la croissance en Europe ? », du « Climat : l’Europe en première ligne », de la « sécurité : l’Europe face aux nouvelles menaces » ou encore « À quoi rêve la jeunesse européenne ? ». Des questions dont les réponses se sont faîtes attendre.

« Harmoniser et unifier les normes européennes » vers le bas

Les chefs d’entreprises étaient sur-représentés lors de cet événement. Entre normes européennes et nationales trop complexes et trop contraignantes il faudrait une « harmonisation et une unification à l’échelle européenne » affirme M Oddo, directeur associé de la banque Oddo BHF. Et lorsque fut évoqué le vieux serpent de mer de « Smic européen », il ne réponda pas à la question, préférant botter en touche. Il se contenta de parler… natalité et se montra pessimiste sur la démographie européenne. Plus optimiste, mais non moins radical, Pierre Raby, directeur général de Natixis Investment Managers, affirma que l’Europe était repartie sur le chemin de la croissance. Selon lui, « C’est donc maintenant, en période de croissance, et non en période de crise qu’il faut faire des réformes d’austérités. Regardez au Canada, nous l’avons fait en 1990 quand cela allait bien. Aujourd’hui, tout va bien. » Si l’on y regarde de plus près, ce n’est pas tout à fait exact. Dans l’ensemble, tous les acteurs étaient d’accord sur un point : pour avoir plus d’Europe, il faut libéraliser d’avantage. « le marché commun n’est pas encore abouti. Il y a encore trop de contrainte d’un État à l’autre » pestait M Oddo. Partisans d’une europe fédérale, l’État était clairement visé. « On n’a jamais vu l’État être vecteur d’innovations. regardez aux États-Unis ils ont des géants car l’État n’intervient pas. » selon David Monteau, directeur de la french tech. Une affirmation doublement fausse, car premièrement, Apple et google n’auraient pas vu le jour sans l’État américain. Et qui plus est, c’est parce-que les États-Unis n’ouvrent pas leur marché intérieur aux entreprises étrangères dans des secteurs clés qu’ils ont des géants économiques. L’UE fait exactement… l’inverse.

L’Union européenne minée par un manque de résultats concrets

Dans ce débat qui n’en était pas un, Jean Luc Sauron, juriste et professeur à l’université Dauphine s’est montré beaucoup plus sceptique. Selon lui, « L’Europe s’est affaiblie par manque de résultats concrets. Je veux bien qu’on dise que l’Europe est dynamique, mais il faut se méfier du fossé entre les discours et la réalité. » Si Pierre Moscovici reconnaissait que l’Europe était en « plein désenchantement », il se voulait optimiste sur le projet européen, quitte a utiliser un (grossier) raccourci. « Je crois, que le référendum en France, pour ou contre la sortie de l’UE a eu lieu en mai dernier : c’est l’élection d’Emmanuel Macron. » M Sauron pointait avec justesse l’un des maux majeurs dont souffre l’Europe. « Le fait est, qu’aujourd’hui, l’UE ne peut pas faire grand chose sur le social car elle n’en a pas les compétences. Pour que ce soit le cas, il faudrait une réforme du traité de Lisbonne. On oublie. D’autant qu’en 2020 il faudra faire avec moins 10 milliards de fonds européens avec la sortie du Royaume-Uni (Brexit). »

« Pas de retour en arrière possible sur le Brexit »

Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires a réagi aux propos de Tony Blair, qui souhaite arrêter le processus. « Il n’y aura pas de marche arrière. Le 30 mars 2019 à minuit, le Royaume-Uni ne sera plus membre de l’Union européenne. Après, l’enjeu est de savoir quel Brexit voulons-nous ? hard ou soft, c’est tout l’enjeu des négociations. » Une position que regrette M Raby pour qui le « Brexit » constitue un accord « lose to lose » (perdant-perdant). « On devrait être capable de faire marche arrière. c’est regrettable ». Pierre Moscovici, se voulait optimiste : « Il n’est pas exclu qu’à l’avenir, si un autre groupe politique arrive au pouvoir, qu’un nouveau référendum ai lieu, que le Royaume-Uni redevienne membre de l’UE. C’est une possibilité, mais avant il faut respecter le choix du peuple britannique et faire le meilleur « Brexit » possible. »

« Pas de CIA ou FBI européen »

La question du brexit a également soulevé la question d’une défense européenne. Sur ce sujet, les intervenant ont été on ne peut plus clair : il n’y aura pas de Central Intelligence Agency (CIA) ou Federal Bureau of Investigation (FBI) européen. « L’Europe a su s’adapter depuis longtemps aux menaces. Mais le traité de Lisbonne ne permet pas de créer un FBI ou une CIA. Il y a des coopérations concrètes comme le club de Berne mais la coopération sera toujours limité par l’égoïsme de chacun. » affirme Bernard Squarcini, ancien Directeur Central du Renseignement Intérieur (DGRI). Quant aux menaces dont l’UE doit faire face « elle sont de deux types : terroristes et cyber » rapporte le commissaire européen pour l’Union de la sécurité, Julian King. Ajoutant, que « ce n’est pas à Bruxelles que l’on va résoudre les problèmes. C’est aux États membres. Nous pouvons, cependant, aider ».

Les jeunes oubliés

C’était pourtant l’un des thèmes les plus attendu sur le papier : « À quoi rêve la jeunesse européenne ? ». Il s’est révélé être un véritable fiasco. Si le philosophe Raphaël Enthoven voit en « l’Europe une utopie concrète » la question de la place des jeunes, de leur avenir n’a pas été du tout traité. La séance s’est révélée être une heure de promotion pour le spectacle de « le Birgit ensemble », massacrant au passage l’Histoire de la Yougoslavie dans leur intervention. Seul un étudiant de Dauphine s’est exprimé sur le désir des jeunes, qui « rêvent avant tout de mobilité ». En ce qui concerne les étudiants de Dauphine, c’est sans doute le cas. Mais, à l’instar des intervenants, représentent-ils les citoyens européens ? Dans une UE où le taux de chômage moyen est de 10%, plus de 23% chez les jeunes, il n’est pas certain que la priorité soit la mobilité. Au vu de ce qui a été proposé par les nombreux intervenants comme solution pour relancer le projet européen, durant cette journée, il y a matière à s’inquiéter. Difficile d’être « optimiste ».

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