À Sofia : le cirque d’espoir des enfants oubliés

Le 4 avril 2019, l’élégante bâtisse de l’ancienne ambassade belge en Bulgarie s’est transformée en véritable scène de spectacle dédiée à la promotion du premier cirque social en Bulgarie.

Entre deux numéros d’acrobaties, Galina Ryom-Røjbek et Geo Kalev, fondateurs de la Mini Art Fondation expliquent :

« Cette journée vise à faire connaître une pratique totalement méconnue en Bulgarie, le cirque contemporain, très éloigné de l’image traditionnelle d’un cirque de clowns et d’animaux. »

« On souhaite aussi récolter des dons pour financer un chapiteau qui servira pour deux de nos grands projets : le Mini Art Fest, premier festival international de cirque contemporain en Bulgarie, qui aura lieu le 1er et le 2 juin, et le programme de cirque social que nous développons dans le quartier Nadezhda de Sofia. »

Jongler pour effacer l’obscurité

À l’étage, enfants et adolescents s’appliquent à démêler les fils des diabolos, cherchent leur équilibre sur les monocycles et s’essaient au jonglage avec des balles de toutes les couleurs qui s’envolent au-dessus des têtes. Bientôt ce sera à leur tour de présenter ce qu’ils ont appris pendant l’après-midi. Ces jeunes ont tous des histoires difficiles, des traumatismes familiaux, des handicaps qui les isolent du reste de la société. Souvent, ils ne connaissent pas leurs parents ou ne les ont pas vu depuis longtemps.

Mais lorsque leur présentation commence ils se tiennent tous par la main et leurs yeux brillent sous le regard du public. L’Ambassadeur du Danemark parraine l’événement. L’Institut Français et la municipalité de Sofia sont aussi représentés.

Mitko s’élance sur la piste, et sous les regards admiratifs du public, il fait glisser le long de son bras une balle bleue et la rattrape avant qu’elle ne touche le sol. Mitko est aveugle.

Du Danemark à la Bulgarie : une championne de retour au pays

Galina observe avec fierté et émotion les performances des enfants et des jeunes réunis autour d’elle. Galina est championne du monde de monocycle et artiste de cirque avec plus de vingt ans d’expérience, et pourtant chaque acrobatie réalisée par un enfant étire son sourire comme si c’était la première fois.

Née en Bulgarie et adoptée par un couple danois à l’âge de 4 ans, Galina revient dans son pays natal en 2016 pour retrouver ses racines, visiter sa ville et le foyer pour enfants dans lequel elle a passé les premières années de sa vie. Très vite elle décide de s’installer à Sofia et de développer le premier cirque moderne et social en Bulgarie.

Une méthodologie innovante pour l’intégration sociale

Le cirque social vise à éliminer les obstacles entre les différents groupes de la société, à faciliter l’accès à des activités physiques, artistiques et culturelles pour des enfants ou des adultes qui n’en n’ont pas l’opportunité autrement. En 2017, elle crée avec Geo la Mini Art Fondation pour mettre en œuvre ce projet.

 « Le cirque social est une véritable formation pour les jeunes. À travers l’art, les acrobaties, le jonglage, le monocycle, ils développent une confiance en eux, une empathie, et apprennent à interagir en groupe. C’est un premier pas pour former des citoyens ayant la volonté de jouer un rôle dans la société », explique Galina. La Mini Art Fondation travaille en partenariat avec un cirque danois, Cirkus Tværs, qui développe la pratique du cirque social depuis 1986. « Il existe plus de vingt cirques sociaux au Danemark simplement parce que la méthode est très efficace et utile. Le cirque social est très inclusif, il rassemble les cultures et est conçu pour les personnes de toutes les classes sociales ».

En 2018, la Fondation publie un livre afin de promouvoir la méthodologie du cirque social en Bulgarie et de partager les histoires des enfants des centres sociaux et des écoles du quartier de Nadezdha qui ont participé au programme d’entrainement de huit semaines, clôturé par deux représentations artistiques.

Précurseurs dans un pays où l’art du cirque n’est pas reconnu, Galina et Geo doivent se battre pour pérenniser et élargir leurs activités. En 2018, ils ont ouvert le premier club sportif pour la pratique du monocycle en Bulgarie, sport qui rencontre chaque mois de plus en plus d’adeptes.

Que ce soit par la pratique sportive ou avec le cirque social, « c’est l’espoir de construire ensemble et de créer plus de ponts que de barrière entre les gens » qui pousse toute l’équipe de la Mini Art Fondation à multiplier les apparitions dans les médias et les rencontres afin de sensibiliser les bulgares au cirque comme instrument privilégié d’intégration sociale.

 

Crédit photos: Geo Kalev.

Vous aimerez aussi