Algérie : le pouvoir face à la rue

Malgré les concessions graduelles du clan au pouvoir, les manifestations ne faiblissent pas tout en restant pacifiques. Le chef d’état-major des Armées Gaïd Salah a précipité le départ du Président pour mieux sauver le système. Mais la route de la transition est encore longue pour la société algérienne.

En Algérie, l’engrenage révolutionnaire se poursuit. Le 2 avril, le Président Abdelaziz Bouteflika a remis sa démission au Conseil constitutionnel, sous la double pression de la rue et de l’armée. Malgré les manœuvres et autres tours de passe-passe opérés par le « clan Boutef » pour se maintenir au pouvoir, le navire prend l’eau de toutes parts. Les concessions opérées par l’élite dirigeante ont été rejetées en bloc par les manifestants : conférence nationale, report de l’élection, renoncement à un 5e mandat…

Le mois dernier, le revirement du chef d’état-major des armées, Gaïd Salah, vis-à-vis de Bouteflika marque un tournant dans le processus de transition et provoque la scission apparente du clan présidentiel. Depuis, le général militaire mène la danse, en précipitant le départ du Président et en allant jusqu’à traquer les oligarques qui tentent de fuir le pays. Il a réussi à s’imposer comme un acteur incontournable de la transition politique.

En réalité, Gaïd Salah est au cœur du « système » décrié par les manifestants. Son action ne viserait qu’à maintenir un régime de cooptation lucratif pour les bénéficiaires de la rente pétrolière. Ainsi, nombre de manifestants rejettent le général militaire tout autant que le Président.

Manifestations pacifiques

Les manifestations populaires qui ont débuté le 22 février ont surpris tout le monde. Décrits comme traumatisés par la guerre civile des années 1990 ou inquiets par la perspective d’un scénario syrien ou libyen, les Algériens étaient dits inaptes à prendre en main leur avenir politique et à changer le cours des choses. Ils semblaient sur le point de subir le 5e mandat d’un Président invisible et grabataire. Les récents événements, en faisant sortir le peuple de sa torpeur, ont montré que la guerre civile n’est plus une excuse. Déjouant tous les pronostics, la société algérienne a exprimé son ras-le-bol d’un système corrompu et d’une économie de rente dans une formidable contestation pacifique.

La route de la transition est longue, périlleuse et incertaine. Face à des années de règne sous la houlette du Front de Libération Nationale, l’opposition est faible et morcelée. Pour l’heure, l’armée paraît être la seule formation capable de canaliser les revendications. Mais le double-jeu qu’elle mène ne trompe personne : en appuyant les manifestants, elle cherche d’abord à préserver les rouages d’un système dont elle est la colonne vertébrale. Dans ce contexte, on ne peut qu’espérer que la mécanique révolutionnaire suive son cours de manière pacifique.

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