Au cœur des légendes moscovites

Université de Moscou de jour © Eugénie Rousak

Pour donner un visage moderne et grandiose à la capitale soviétique, l’ancien chef de gouvernement soviétique  Joseph Staline a décidé de bâtir neuf édifices monumentaux éparpillés dans Moscou. Les travaux ont débuté en 1947 pour se terminer une dizaine d’années plus tard, alors que deux bâtisses manquaient encore au projet initial du Père des peuples. Elles ne verront finalement jamais le jour. Projet spectaculaire de construction, les sept staliniennes ont tout de même considérablement modifié la géographie de la capitale soviétique. Ces vestiges du passé intimident par leur grandeur et étonnent par la puissance qu’ils évoquent.

Les sept staliniennes sont, certes, la carte de visite moscovite, mais également un épicentre de mythes et légendes urbaines. Si certains racontent que des passages souterrains secrets relient les constructions au métro et différents bâtiments étatiques, d’autres pensent que cet ensemble était un générateur de l’énergie vitale.

Les mythes et légendes

Les interrogations ont débuté bien avant le début des travaux. Tout d’abord, l’emplacement de chaque sœur était minutieusement choisi par Staline, qui ne tolérait aucune modification. Ainsi, les huit sœurs auraient dû être disposées en couronne autour de la plus grande, la neuvième, jamais achevée. Sa construction avait d’ailleurs débuté à l’emplacement de la Cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, dynamitée à cette occasion.

Ensuite, les premières pierres de toutes les staliniennes ont été posées simultanément le 7 septembre 1947 à 13 heures précises. Alors que la ville fêtait son 800ème anniversaire. Ce moment n’était pas choisi au hasard. Selon les pronostiques astrologiques, les bâtiments débutés à cet instant accumuleraient une énergie plus importante. Paradoxal pour un pays où régnait l’athéisme ! Finalement, leurs structures en triangle faisaient penser à des pyramides, symboles de puissance, alors que leurs immenses carcasses en métal pourraient être des transmetteurs d’énergie.

Les rumeurs n’ont fait que croître durant la construction, le déroulement des travaux étant tenu en secret. Il n’y a pratiquement pas de photographies de cette période. Probablement, le Soviet ne voulait pas afficher que les symboles du soviétisme étaient bâtis par des prisonniers.

Ministère des Affaires étrangères depuis la Cathédrale du Christ-Sauveur, reconstruite depuis © Eugénie Rousak

Architecture soviétique

Toutes les sœurs étaient construites par des architectes différents, mais ensemble, elles forment une composition complémentaire et uniforme. Ainsi, elles sont réalisées dans un mélange de baroque, gothique et art-déco et se distinguent par les lignes verticales, une forte symétrie et des angles droits.

Détails de la façade de la résidence sur le quai Kotelnitcheskaïa © Eugénie Rousak

Symboles de l’empirisme stalinien, les neuf sœurs communistes devaient concurrencer les gratte-ciels capitalistes états-uniens, sans leur ressembler. S’étalant sur un espace important au sol, elles se tirent vers le ciel, pointant leurs pics vers les nuages. Cette forme triangulaire favorise la stabilité et rend les monuments encore plus imposants, symbole de la grandeur de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

La plus petite, l’hôtel Leningrad, mesure 136 mètres de hauteur, alors que le bâtiment de l’Université Lomonossov de Moscou fait presque le double, 240 mètres. La plus spectaculaire, neuvième, le Palais des Soviets, aurait dû mesurer 415 mètres et être surélevée par une statue de Lénine d’une centaine de mètres supplémentaires. C’est elle qui devait concurrencer l’américain Empire State Building et gagner dans cette course à la grandeur. Par ses gabarits, elle aurait de loin dépassé la berlinoise Volkshalle, mais le même sort attendait les deux projets.

La mort de Staline et le bouleversement politique ont mis un point final à la construction de cette Moscou, nouvelle et grandiose. Mais le style stalinien a percé en dehors de ses frontières. Différents pays se sont ensuite inspirés du classicisme socialiste dans la construction de leurs édifices. Le Palais de la Culture et de la Science en Pologne, le Shanghai Exhibition Center en Chine, l’Hôtel International en République Tchèque ou encore Maison de la Presse Libre en Roumanie, pour n’en citer que quelques-uns.

Le Palais de la Culture et de la Science en Pologne © Eugénie Rousak

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