Au Sahara Occidental : des tensions ravivées sans cesse [3/4]

Avec 1200 km de côtes, le Sahara-Occidental (SO) détient des ressources halieutiques, minières et pétrolières qui attirent les convoitises, au premier rang desquels figure le Maroc. Après avoir été colonisé en 1884 par l’Espagne, le Royaume s’est approprié le SO en 1975. Il l’a fait en même temps qu’il annexait ce territoire considéré comme « non autonome » depuis le vote de la résolution 2072 à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1965. Divisée, la « communauté internationale » a laissé le Maroc prendre possession de ce territoire de deux cent soixante-dix mille kilomètres carrés « frontalier » de la Mauritanie, de l’Algérie et du Maroc. Depuis, le Front Polisario dénonce les « pillage » incessants des ressources et le mépris du « peuple du Sahara occidental ». À travers un reportage en 4 volets. Dans ce troisième article, le JI revient sur les dernières tensions entre les acteurs d’un conflit qui s’enlise.

Source: NoorInfo, Tensions à la frontière mauritanienne

 

Le procès des manifestants de Gdim Izik dure depuis plus de cinq ans. Depuis, des tensions se manifestent de part et d’autre des frontières. Les événements se sont déroulés il y a maintenant plus de sept ans. En 2010, une vague de manifestations avaient été organisées pour dénoncer les problèmes économiques et sociaux dans les régions du Sud du Maroc. A Gdim Izik, non loin de Laayoune, la principale ville du Sahara, entre 8 000 et 15 000 personnes avaient établi un campement.

Source: Le360, DR

Le 8 novembre, après des négociations avec la police, une partie des manifestants avaient accepté de quitter le camp et de rejoindre pacifiquement Laayoune. Mais d’autres ont refusé. Des affrontements entre les forces de polices et des Sahraouis ont alors éclatés à Gdim Izik, sur la route menant à Laayoune et dans la ville elle-même. Selon les Forces publiques, dix policiers ont été tués, ainsi que deux civils. Suite à ces événements, près de deux cent personnes ont été arrêtées, voire torturées pour une partie d’entre eux selon les témoignages.
Parmi eux, vingt-quatre personnes, qualifiées dans un rapport de « bande criminelle visant à exercer la violence contre les hommes de la force publique pendant leur service, allant jusqu’au meurtre, et ayant participé à de telles violences et ayant profané un cadavre », ont été transférées à Rabat pour être interrogées et jugées.

L’ONU dénonce les conditions du procès

Le rapporteur de l’ONU déplore une véritable enquête, les procès-verbaux ayant été signés sous la torture selon les accusés. Et les zones d’ombres se multiplient : certains affirment ne pas avoir participé aux manifestations en 2010, ils dénoncent des interrogatoires sur leurs actions politiques et non sur Gdim Izik, les accusations reposent sur des vidéos sur lesquelles les accusés ne sont pas identifiables, et ni les noms des victimes, ni les causes de la mort et ni les empreintes ont été divulguées.
Au niveau international, c’est la tenue-même du procès qui est questionnée. Les accusés sont jugés par un tribunal militaire. Or, la déclaration universelle des droits de l’Homme est on ne peut plus clair concernant un jugement. Il doit se faire « en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle »
Condamnés une première fois en 2013, un nouveau procès s’est tenu en 2016, puis en 2017. Les uns dénoncent un procès inéquitable, l’absence de témoins et de preuves à charge, les autres critiquent le tournant politique que prend le procès et le manque de respect pour les familles de victimes. Rien n’est moins sûr que Gdim Izik est devenu une question emblématique du conflit.

Le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine

L’autre source de tension, relève de la position tenue par l’Union Africaine. Suite à la reconnaissance de la RASD en 1982, le Maroc s’était retiré deux ans après pour exprimer son désaccord. Son retour en 2017 marque un tournant dans l’histoire du conflit. Mais il a également ravivé les tensions. Si de nombreux États étaient en faveur du retour du royaume chérifien dans l’organisation panafricaine, l’Algérie et l’Afrique du Sud s’y sont opposées au nom de la défense du droit à l’autodétermination pour le peuple sahraoui.
D’un côté, le Maroc a félicité cette avancée diplomatique, et espère trouver une place de leader sur le continent africain. De l’autre, les représentants des sahraouis ont critiqué ce retour du Maroc « sans conditions », alors que celui-ci exigeait l’exclusion de la RASD depuis 1984.
Le Maroc affirme néanmoins à long terme vouloir parvenir à isoler l’Algérie et exclure la RASD de l’Union Africaine. Mais les voies pour y parvenir sont limitées. Selon l’Acte Constitutif de l’UA, seul un État dont le gouvernement « accède au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels » ou qui décide de quitter volontairement l’organisation peut être exclus. La troisième voie, plus détournée, consiste à modifier la constitution de l’organisation et en la faisant ratifier par les deux tiers de l’assemblée.
Entre tensions et accords, la question du Sahara divise encore et toujours, et aucun des partis n’est prêt à faire de compromis.

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