Australie: L’avenir de la presse écrite menacé

Le 21 mai, News Corp, un des plus grands conglomérat australien, a annoncé la numérisation de la plupart des journaux nationaux. Désormais plus de 100 titres se retrouveront sur Internet. Une inquiétante tendance mondiale qui conduira au licenciement de centaines de journalistes. Quel est l’avenir de la presse papier?

Face à la rapide évolution de la technologie, la presse papier subit depuis le début du siècle, d’énormes conséquences. News Corp avait déjà fait savoir la suspension temporaire d’une soixantaine de journaux. L’organisation a aussi annoncé la suppression de 35 titres, et la numérisation complète de 76 journaux régionaux et locaux. Une terrible annonce pour des centaines de journalistes. Ce métier devient de plus en plus difficile à gérer.

Ces annonces font suite à des problèmes financiers. Le PDG de News Corp, Michael Miller, l’explique dans un communiqué. “Les dépenses publicitaires pour la presse papier, qui constituent l’essentiel de nos revenus, ont continué de diminuer.” Ces dépenses se déplacent là où les investisseurs et le lectorat sont.

Le métier de journaliste subit depuis de décennies de grands changements. Il n’est plus aussi sûr et crédible qu’à son origine. De plus, les agressions et la censure augmentent ces dernières années. Récemment en Australie, une enquête contre une journaliste a été abandonné. Celle-ci affirmait que le gouvernement souhaitait développer ses pouvoirs en matière d’espionnage sur ses citoyens. Cet événement a causé beaucoup de débats dans le pays sur la liberté d’informer.

La liberté de la presse existe-t-elle au XXIe siècle?

Dans le classement mondial de la liberté de la presse fait par Reporters Sans Frontières, l’Australie est l’un des meilleurs pays. Elle est en effet classée en 26ème place sur 180. Cependant, un bon classement n’exclu pas les agressions subies par les journalistes. À ce jour, dans le monde, 233 journalistes sont emprisonnés, et 11 sont morts cette année.

Il reste un long chemin pour atteindre la liberté de presse mondiale. La profession de journaliste connait des difficultés mais elle ne s’arrête pas. La propagation de fake news dans les médias et les réseaux sociaux décrédibilisent énormément le métier. Une grande partie de la population se méfie des grands médias.

Il y a quelques mois, une campagne pour le droit à l’information a eu lieu. Celle-ci réclamait que les journalistes ne soient pas soumis à loi de sécurité nationale, qui selon eux, complique leur travail. Tous les journaux nationaux et régionaux avaient comme couverture, du texte recouvert d’encre noire. Ils dénonçaient l’arrestation d’une journaliste qui a publié des informations embarrassantes pour le gouvernement. “La culture du secret qui découle de ces dispositions légales restreint le droit de tout Australien d’être informé, et cela va bien au-delà de l’intention de départ qui était la préservation de la sécurité nationale” explique Paul Murphy, chef du syndicat Media Entertainment and Arts Alliance.

Presse web, l’avenir du journalisme?

Pour l’Australie, comme pour beaucoup d’autres pays, l’adaptabilité des médias dans d’autres supports est la clé de survie pour le journalisme. Google et Facebook sont devenus le support principal du lectorat, ce qui pousse les investisseurs à s’engager avec eux plutôt qu’avec les journaux. Un grand choc pour la presse papier qui a plus de pertes que des revenus.

Malgré la grande méfiance publique, l’audience de la presse web est en hausse. Ce nouveau support digital ne met pas en péril le métier, il le mute. L’objectif principal de la profession de journaliste étant d’informer, l’information doit être accessible à tous. Récemment, Google annonce vouloir rémunérer des rédacteurs web de certains journaux australiens, brésiliens et allemands. Cette rémunération aiderait aux médias partenaires ainsi qu’à des journalistes, à ne pas quitter leur travail. Cette nouvelle est critiquée par certains puisqu’ils doutent des réels intérêts de Google.

Selon David Chavern, PDG de la News Media Alliance, cette alliance aiderait à contrôler la propagation de fake news avec “un journalisme professionnel” selon lui, ceci serait “l’antidote”. Pour d’autres, comme Nikos Smyrnaios, enseignant-chercheur de Toulouse-III et spécialiste de la presse en ligne. Cette initiative se fait, au moins d’une partie, à cause de la pression législative et réglementaire croissante que Google subit dans certains pays. Selon Brad Bender, vice-président de Google en charge de contenus d’information, ceci serait “un programme de licence pour rémunérer les éditeurs pour un contenu de haute qualité via une nouvelle expérience de l’information.”

“C’est un accident de l’Histoire qu’ils ne l’aient pas fait plus tôt” indique David Chavern. Cette alliance serait une bonne nouvelle pour les médias partenaires australiens, qui n’auront plus à se préoccuper du financement de leur entreprise.

Le possible avenir du métier de journaliste conduit actuellement en Australie à la fermeture d’une trentaine de journaux papier, et à un destin incertain pour une centaines de journalistes.

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