Australie : le programme d’accueil des réfugiés en question

Face aux pressions des Nations-Unies et de la rue, Canberra a annoncé l’évacuation des migrants mineurs et de leur famille de l’île de Nauru, où se situe un des centres de détentions de l’Australie. Le pays dispose d’une politique migratoire très stricte dont certains, en Europe ou aux Etats-Unis, aimeraient s’inspirer – malgré des réalités différentes.

Des milliers de personnes ont défilé samedi 21 octobre dernier dans les rues de Sydney et de Melbourne pour dénoncer les conditions de détention du dernier centre « offshore » – le seul qui accepte des enfants – et ce qu’il s’y passe : dépressions, tentatives de mutilations, suicides… Une situation alarmante dénoncée par Médecins sans Frontières : « Comment le gouvernement australien peut-il décrire la détention à l’étranger comme une politique humanitaire ? Qu’y a-t-il d’humanitaire à abandonner les personnes dans une prison à ciel ouvert à Nauru ? ». L’organisation a récemment été expulsée de l’île par les autorités.

L’idée de sous-traiter la gestion des flux migratoires n’est pas nouvelle. Le 27 Juillet 2017, le Président français Emmanuel Macron annonçait sa volonté de créer des « hotspots » aux frontières des pays africains, et notamment en Libye, pour y examiner les demandes d’asile avant que les migrants n’atteignent le continent européen. Le projet a depuis été enterré.

Jusque très récemment, l’Australie comptait deux centres de détention de ce type. Un situé sur l’île de Manus (en Papouasie Nouvelle-Guinée) et l’autre situé sur l’île de l’état insulaire de Nauru. Ces deux établissements voient le jour en 2001, alors que l’Australie cherche un moyen de dissuader l’immigration par la mer – on appellera ça la « Solution du Pacifique ».

En échange d’importantes sommes d’argent, les deux voisins de l’Australie acceptent d’accueillir les demandeurs d’asile interceptés en route vers celui que l’on surnomme le pays de la chance. Cette dernière décennie, il s’agit surtout de populations indiennes et chinoises. Fermés un temps, ces centres rouvrent en 2012. Centre Manus fermera quant à lui de nouveau en octobre 2017 , après que la Cour Suprême du pays eût jugé qu’il allait à l’encontre des droits fondamentaux humains.

Une immigration stricte et sélective

Cette politique permet de s’assurer que les migrants recueillis dans les centres « offshore » ne fouleront jamais le sol australien. Ils sont soit retenus dans le pays d’accueil, soit renvoyés dans leur pays d’origine. « Une fois que les gens ont reçu de l’aide, alors on s’attend à ce qu’ils rentrent dans leur pays d’origine » a déclaré Peter Dutton, actuel ministre de l’Intérieur. Une aide qui est depuis longtemps contestée.

Kieran Gair, journaliste australien pour la chaîne d’information Sky News, assure que le « programme d’immigration est généreux en termes du nombre de personnes accueillies chaque année, immigrants qualifiés ou réfugiés, si on le compare à d’autres pays de taille similaire ». Pour la période 2018-2019, le pays s’est fixé un seuil de 190 000 migrants (68,9% des places pour les personnes dites qualifiées, et 30,8% pour les familles) – sachant qu’il compte aujourd’hui 25 140 000 habitants.

Des chiffres à mettre en perspective avec la prise en charge des réfugiés à proprement parler (c’est-à-dire, selon les personnes persécutées du fait de leur religion, leur nationalité, leurs opinions politiques, etc). Selon le Rapport 2017 de l’Agence des Nations Unis pour les réfugiés, sur les 3,5 millions de réfugiés accueillis ou installés (vers un troisième pays, différent de celui d’origine ou de celui d’accueil) en 2017 dans le monde, seuls 23 111 l’ont été par l’Australie. Ce qui classe l’Australie à la vingtième position du classement, mais à la quarante cinquième si l’on intègre le produit intérieur brut à l’équation. L’Australie se démarque surtout par la proportion de réfugiés qu’elle réoriente dans un pays tiers.

Les dérapages populistes

À l’image de l’Europe, la question migratoire ne laisse personne indifférent et passionne les débats en Australie – quitte à assister à une radicalisation du discours, voire à une libération de la parole haineuse. Alan Tudge, ministre des Villes et de la Population préconise par exemple que les immigrés n’habitent plus dans les métropoles pour éviter les embouteillages. L’ancien premier Ministre Tony Abbott parle quant à lui de « gangs africains » qui sont « difficiles à intégrer ». Pire encore, le sénateur Fraser Anning emploie l’expression « solution finale » dans un débat autour de l’immigration et d’un vote populaire.

Kieran Gair reconnaît qu’il y a « des problèmes de racisme et de xénophobie qui teintent le débat ». Pour autant, Australiens ne sont pas « obsédés » par l’immigration et, de manière générale, voient cela comme « une bonne chose qui contribue à l’économie et à la construction de la nation ».

Il n’empêche qu’en août 2017, le Washington Post publiait les transcriptions obtenues d’une conversation téléphonique entre Donald Trump et Malcolm Turnbull, l’ancien premier Ministre australien. « Vous êtes pire que moi » avait alors glissé le Président américain à son homologue.

Photo de bannière : Manifestation du 9 Juillet 2011 organisée par le collectif Refugee Action à Melbourne (© Takver)

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