Vétuste mais historique stade Maracana. Crédit photo : Pierre-Alix Pajot.

Belgrade : Étoile Rouge – Partizan, un derby éternel

Deux fois par saison, la capitale serbe est le théâtre d’un match qui n’a que peu d’équivalents en Europe. Spectacle pyrotechnique, ambiance incomparable dans les Balkans, le match de football entre l’Étoile Rouge et le Partizan déchaîne les passions. Si à de nombreuses reprises la ligne rouge a été franchie, ce match reste un événement « hors normes » pour tout amoureux du football. Le Journal International s’est rendu au stade du Maracana à Belgrade.

Le stade du Maracana à Belgrade. Crédit photo Pierre-Alix Pajot.

Le stade du Maracana à Belgrade. Crédit photo Pierre-Alix Pajot.

C’est un samedi de mars ensoleillé. Après un hiver rugueux, le printemps arrive doucement sur les bords du Danube de la capitale Serbe. Un samedi ordinaire en apparence. Pourtant, dans quelques heures, la ville sera déserte. Les habitants quitteront progressivement la place de la République à Stari Grad, ou les remparts de la forteresse Kalemegdan pour se rendre au stade ou derrière un écran. Dans quelques heures, le match des deux clubs de football les plus titrés de Serbie prendra place au stade Maracana.

Les deux clubs les plus titrés de Serbie et de Yougoslavie

Les deux clubs sont fondés en 1945. L’Étoile Rouge pour représenter le parti communiste de Yougoslavie et le Partizan, l’armée populaire yougoslave. Si le Partizan est le premier club des Balkans à atteindre la finale de la ligue des champions en 1966, c’est bien L’Étoile rouge qui reste le premier et seul des Balkans occidentaux vainqueur de la compétition, en 1991.

L’implosion de la Yougoslavie deux plus tard, après les indépendances slovènes et croates de 1993, puis les guerres de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo et les frappes de l’OTAN sur Belgrade ont plongé le football serbe et balkanique dans une profonde léthargie.

« Le match du titre »

Ce samedi 4 mars 2017, l’enjeu était une nouvelle fois de taille pour quiconque supporte l’une des deux équipes ou suit avec un peu d’attention le championnat. « C’est le match du titre », s’enthousiasme Goran, supporter de l’Étoile Rouge. Avec six points d’avance à quatre journées de la fin du championnat, une victoire de l’Étoile Rouge scellerait tout suspense. Vladimir et Nicolaï sont venus spécialement de Saint-Pétersbourg pour voir ce match. « En Russie aussi nous avons des derbys, notamment à Moscou avec le CSKA, le Lokomotiv et le Spartak. Mais ce match reste un cran au dessus au niveau de l’ambiance ».

Une ambiance lourde, pesante, règne sur la ville. Tandis qu’un hélicoptère survole la ville dès 15 heures, soit trois heures avant le début du match, les policiers et militaires bouclent la capitale serbe. Les autorités semblent avoir retenues les leçons des matchs de 2015 et 2016 entachés par des affrontements entre supporters et policiers.

Le spectacle est avant tout en tribune

À une heure du coup d’envoi, le Maracana est quasiment plein. Les supporters des deux camps s’invectivent de part et d’autre. Les camions de pompiers et ambulances sont parqués à l’intérieur du stade. Aucune mesure de sécurité ne doit être sous-estimée. En 2013, les supporters du Partizan avaient mis le feu à leur tribune.

À l’entrée des deux équipes sur la pelouse, les tifos et fumigènes illuminent le stade de part et d’autre. Aux fumigènes rouges des supporters de l’Étoile répondent ceux du Partizan, de couleur noire. Le derby est bel et bien lancé. Sur le terrain, le spectacle est moins impressionnant qu’en tribune. Les deux équipes n’ont plus le niveau qui ont fait leur prestige lorsque Serbie et Yougoslavie ne faisaient qu’un. Pour tout supporter ayant connu cette époque, ce match n’a plus la même saveur.

À deux minutes près…

Peu avant la mi-temps, l’Étoile Rouge ouvrait le score après une grossière erreur d’arbitrage, l’arbitre n’ayant pas sifflé « sortie de but » alors que le ballon avait clairement franchie la ligne. Il n’en fallait pas plus pour que l’image soit à la « une » des journaux de Serbie le lendemain. À la 87ème minute, l’Étoile Rouge possédait virtuellement 9 points d’avance sur le Partizan, autrement dit, le « Red Star » était champion. C’était sans compter sur les noirs et blancs qui venait égaliser à la 88ème minute.

S’en suivie une vague de sièges projetés par leurs supporters sur la piste d’athlétisme qui encercle le terrain. Un partout, score final. Un but à la dernière minute qui maintenait le suspense à quatre journées de la fin. Une égalisation inespérée. Les suporters des deux équipes ne le savaient pas encore, mais c’est sans doute ce but qui a permis, un mois après le derby, aux Partizan de remporter la « superliga » pour la neuvième fois depuis 2006.

À l’image de la Serbie, le football serbe se reconstruit

Après des années sombres, souvent minés par la violence lors de matchs internationaux, européens et nationaux. Le football serbe se relève petit à petit. Si l’équipe nationale a quasiment validé sa place pour la coupe du monde en Russie en juin prochain, les deux clubs de Belgrade, eux, sont engagés en ligue Europa. Ce jeudi, le Partizan recevra un autre club historique d’Europe, le Dynamo Kiev. Quant à l’Étoile Rouge, elle se rendra en Allemagne, du côté de Cologne, dernier de « Bundesliga » et qui a déjà perdu six matchs en autant de rencontres jouées.

Photo de bannière : vétuste mais historique stade Maracana. Crédit photo : Pierre-Alix Pajot.

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