Bitcoin, un nouveau Dieu en Terre d’Israël ?

Devant la Bourse de Tel Aviv se dresse une « Bitcoin Embassy », un petit espace où la communauté crypto se réunit tous les dimanches soirs. Des affaires en vrac y sont entreposées : c’est un espace en partage, une véritable synagogue 3.0.

L’évangile selon Bitcoin

Israël est sans doute l’un des États au monde où l’écosystème crypto est le plus développé. Et pour cause, la « start-up nation » est à la pointe en matière d’innovation. Après la cybersécurité et les fintechs, l’« État juif » s’est ainsi emparé avec véhémence des technologies blockchain. Déjà, plusieurs centaines de bars et restaurants y acceptent les paiements en crypto-actifs et des dizaine d’entreprises se sont développées pour surfer ou servir la vague crypto.

Mais il suffit de discuter quelques heures avec ceux qui fréquentent l’ambassade Bitcoin de Tel Aviv pour comprendre que les vraies racines de l’engouement israélien pour les crypto-actifs sont plus profondes qu’il ne pourrait le sembler. Ces habitués sont jeunes et pour la plupart à peine sortis du service militaire. Ils sont triplement désabusés : d’abord par ce qu’ils ont vécu durant leurs deux années de service militaire ; ensuite par une situation politique qu’ils jugent délétère et, finalement, par la bulle immobilière cumulée à la situation financière du pays qu’ils ressentent de plus en plus au quotidien.

© Fabien Aufrechter

Leur ras-le-bol généralisé s’est donc cristallisé sur la source même de l’État d’Israël : la religion. Et comme si l’athéisme était une réponse impossible en Terre Promise, ces jeunes se sont créés leur propre Dieu pour se rebeller. Ce dernier est anonyme, global, transversal et sans frontière : Bitcoin.

Les success stories : nouveaux prophètes ?

Si Bitcoin est donc la nouvelle religion en vogue à Tel Aviv, les prophètes en sont certainement les entreprises qui parviennent à utiliser ces nouvelles valeurs pour réaliser des levées de fonds plus ou moins impressionnantes. En 2017, le projet Bankor levait ainsi 150 millions de dollars en moins de trois heures ! Mais au-delà de tels cas particuliers, c’est près de 600 millions de dollars en crypto-actifs qui ont été levées par les startups israéliennes en 2018 pour financer leurs développements.

Et cet essor, c’est sans doute dans le Quartier des Diamantaires (Ramat Gan) qu’il est le plus sensible : les grattes-ciels des consortiums d’entreprises crypto aux mains de quelques jeunes « milliardaires du Bitcoin » se dressent les uns contre les autres. S’agit-il de nouvelles tours de Babel ? Les risques de piratage sont réels (Bankor fut victime d’une telle attaque l’été dernier) et les cours des crypto-actifs restent très volatiles : c’est d’ailleurs probablement la limite la plus réel à l’idéologie Bitcoin.

Au-delà de l’idéologie

Mais l’idéologie sous-jacente à Bitcoin reste forte : elle est le ciment de la communauté crypto israélienne qui vit au gré des hausses et baisses des cours. Elle explique notamment l’essor des crypto-valeurs à Tel Aviv (distributeurs de Bitcoin, jetons digitaux permettant d’accéder à des prix réduits, etc). Mais dans le même temps, elle provoque l’inquiétude des autorités dans la mesure où les paiements en crypto-actifs permettent pour la première fois des échanges financiers importants – du moins théoriquement – entre la Palestine et Israël.

© Fabien Aufrechter

Les autorités israéliennes ne sont toutefois pas strictement opposée à cette innovation, comme elles ne le furent d’ailleurs pas pour internet : le 19 mars dernier, l’Autorité des titres israélienne (ATI) publiait ainsi un rapport intérimaire sur son plan de réglementation des crypto-actifs, recommandant que ceux-ci ne soient pas tous considérés comme des titres et que la question reste tranchée au cas par cas. Comme la plupart des pays en pointe en matière d’innovation, l’État d’Israël pousse à l’encadrement du secteur pour protéger les épargnants et limiter les escroqueries tout en ne bridant pas l’innovation. Cela serait de toute manière bien malvenu puisque la Banque Centrale d’Israël travaillerait actuellement sur un projet de crypto-Shekel pour favoriser les payements instantanés !

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