Bolivie : un pays en détresse

Bolivie, pays d’Amérique Latine, traverse une crise sociale, politique et sanitaire sans précédent depuis octobre 2019. En effet, les élections présidentielles de 2019 ont amené la démission forcée du président élu, Evo Morales, par un coup d’Etat. Sa baisse de popularité était en partie due à ses méthodes politiques frauduleuses, qui ne faisaient pas l’unanimité au sein du peuple bolivien. Depuis ces élections au résultat mitigé, le pays est en train de sombrer dans le chaos, à l’aube des élections qui arrivent dans quelques semaines. Faisons un retour sur les événements qui plongent la Bolivie dans une crise politique qui rend le pays instable…

Une crise qui a bouleversé le climat politique de la Bolivie en 2019

Evo Morales, ancien président de la Bolivie, destitué en novembre 2019

Evo Morales, un ancien chef d’Etat au pouvoir contesté en Bolivie (Source : Flickr – @ministeriodehidrocarbus)

Les manifestations ont commencées le 20 octobre 2019, suite à l’élection d’Evo Morales, ancien président de la Bolivie depuis 2002. Les Boliviens appréciaient beaucoup Evo Morales depuis sa première élection, qui était le premier dirigeant d’origine indigène. Effectivement, il avait réussi à faire baisser la courbe du chômage en Bolivie (4,5% en treize ans de présidence). Aussi, il a fait progresser la croissance économique (4,2 % en 2017) grâce à des politiques de réduction des inégalités.

Néanmoins, l’année 2016 marque un premier échec. Cette année-là, il organise un référendum qui peut lui permettre de se présenter une nouvelle fois. Le peuple bolivien critique vivement Evo Morales, ce qui entraîne l’insuccès de cette proposition de référendum. Certains ont pensé qu’il fallait mieux qu’Evo Morales laisse sa place à d’autres candidats. D’autres l’ont accusé de corruption. Il aurait notamment utilisé son influence en faveur de son ex-compagne, Gabriela Zapata qui a faussement déclaré avoir eu un enfant avec lui.

Mais tout cela ne l’a pas empêché de saisir le Conseil Constitutionnel qui a annulé le référendum de 2016 et lui a permis d’être réélu pour un quatrième mandat en 2019. Evo Morales (du parti MAS = mouvement vers le socialisme) gagne les élections à 47,1% tandis que Carlos Mesa, son opposant, perd à 36,5%. L’opposition s’indigne face au résultat de ces élections, appelant à la fraude électorale. Dès l’annonce des résultats, le 20 octobre, Washington conteste les élections, ayant des doutes sur la véracité des résultats. Le résultat, critiqué, pousse les Boliviens à manifester.

Des élections critiquées

Durant les manifestations qui se sont déroulées durant les premières semaines après la réélection d’Evo Morales, il y avait deux clans : les pro-Morales et le parti politique de l’ancien président. Mineurs, ouvriers et paysans composent ce groupe de manifestants. D’un autre côté, les Anti-Morales contestaient la réélection. Une trentaine de personnes meurent dans les manifestations sur la période du 30 octobre 2019 au 28 novembre 2019. En novembre 2019, l’Organisation des Etats américains (OEA), qui n’a pas fait confiance aux scrutins d’octobre 2019, estime qu’il faut organiser de nouvelles élections plus justes et plus équitables. Le 10 novembre 2019, l’armée met alors la pression à Evo Morales pour qu’il démissionne. De plus, l’extrême-droite est de plus en plus menaçante envers lui.

Alors lâché par l’armée et la police, il démissionne sous la pression du peuple, par peur de représailles. D’ailleurs, des maisons de ministres sont dégradées (en outre, la maison de la sœur d’Evo Morales est incendiée). Deux jours plus tard, Evo Morales s’enfuit de la Bolivie. Il part s’exiler au Mexique puis en Argentine. C’est alors que Jeanine Áñez, sénatrice bolivienne de droite, devient la Présidente par intérim de l’Etat plurinational de la Bolivie.

Jeanine Anez, au centre, s'adressant à la foule, sur le balcon du palace présidentiel à La Paz, en Bolivie le 12 novembre 2019.

Source : Flickr – @agreatreckoning

Selon un rapport de l’OEA (décembre 2019), elle a interdit à Evo Morales de se présenter une nouvelle fois. De plus, la justice a ordonné un mandat d’arrêt international contre Evo Morales. Egalement, début décembre 2019, ce rapport confirme la fraude électorale. Il y est écrit que « compte tenu des preuves accablantes recueillies, il est possible d’affirmer l’existence d’une série d’opérations délibérées destinées à altérer la volonté exprimée dans les urnes ».

Les retombées de cette crise en 2020 : le contexte sanitaire bolivien

L’arrivée du Coronavirus sur le territoire bolivien au début de l’année 2020, plonge la Bolivie dans une crise sanitaire. Car il faut savoir que la Covid-19 vient aggraver cette crise politique. Effectivement, le gouvernement n’a pas acheté de respirateurs et a oublié d’informer les populations autochtones de la pandémie. Il y a donc eu un effondrement du système de santé, qui s’est retrouvé dépassé par les événements. De plus, le Coronavirus a touché plusieurs membres de l’exécutif. Jeanine Áñez, qui a été vivement critiquée pour sa mauvaise gestion du Covid-19 et du climat politique ambiant, a elle aussi été déclarée positive. Toutefois, au milieu de l’année 2020, le pays a remonté la pente. En effet, la France a attribué un million de dollars à la Bolivie pour récompenser les efforts réalisés pour lutter contre la pandémie.

De plus, les manifestations du mois d’août ont empêché l’entrée des bouteilles d’oxygène sur le territoire bolivien pour les malades contaminés par la Covid-19. Au milieu du mois d’août, une pénurie d’aliments et de médicaments s’est développée suite au barrage réalisé par les protestataires. D’ailleurs, la vente du plasma est devenu un véritable business en Bolivie. Néanmoins, la science n’a pas prouvé l’efficacité du plasma. En résumé, dans un pays de 11 millions d’habitants, près de 120,000 personnes ont été contaminées et plus de 7,000 personnes sont décédées.

Le climat politique en Bolivie

Au début de l’année 2020, la pandémie a amené le report des élections présidentielles. L’élection, prévue en mai 2020, a été repoussée deux fois (en septembre 2020 puis en octobre 2020). Néanmoins, pour les Boliviens, cela n’est qu’un stratagème de la part de Jeanine Añez pour prolonger son mandat politique. D’ailleurs, elle s’est présentée aux élections présidentielles de 2020. A partir du 3 août 2020, des milliers de Boliviens ont manifesté à la suite de l’ajournement des élections. Effectivement, des marches de mineurs, paysans et ouvriers ont été recensées à Santa Cruz, La Paz, Cochabamba etc. En outre, ils désirent la démission de Jeanine Áñez. Les Boliviens ont bloqué les routes du pays durant douze jours pour exiger de nouvelles élections.  De plus, Evo Morales est devenu l’ennemi public n°1 à abattre pour la justice bolivienne.

En Juillet 2020, le parquet bolivien l’a accusé de terrorisme. Selon eux, il aurait perpétré un «blocus alimentaire et l’encerclement des capitales (chefs-lieux des régions boliviennes) pendant les conflits de 2019». Mais, en septembre 2020, l’organisation Human Rights Watch dénonce une persécution politique contre Evo Morales. Césor Muñoz dénonce dans son rapport des abus de pouvoir de la justice bolivienne, qui cible Evo Morales et les personnes qui ont été un soutien pour lui.

En rapport avec l’accusation du parquet bolivien contre Evo Morales, l’ONG a déclaré que les coupures de routes sont souvent utilisées dans le cadre de manifestations en Bolivie. Il faut savoir que le parquet bolivien avait déjà demandé son arrestation pour le même motif en décembre 2019 , puis en février 2020 pour fraude électorale présumée. Le parquet avait aussi déclaré qu’il demanderait à Interpol de l’arrêter mais il n’ y a pas eu de suite.

Conclusion

Aujourd’hui, le pays est en plein bouleversement politique, en proie à des conflits qui opposent le peuple bolivien et le gouvernement. Le 20 août, l’ONG Amnesty International dénonce dans un rapport «l’impunité des auteurs des violations des droits humains commises pendant la crise post électorale» durant le gouvernement de Jeanine Áñez. Sur la période du 24 octobre et le 21 novembre, 832 personnes ont été blessées. Ensuite, les critiques fusent contre le gouvernement de Jeanine Áñez. Fin 2019, un décret est mis en place. Ce décret permet aux forces armées de ne pas être inculpées lorsqu’elles prennent leurs fonctions (ex : lors des manifestations). De plus, le cercle proche d’Evo Morales est menacé, notamment les femmes. Maintenant, il ne reste plus qu’à savoir si les élections prévues en octobre 2020 vont avoir lieu.

 

Crédit photo : Flickr – @santiagosuburbano

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