Brexit : démissions en chaîne au Royaume-Uni

Alors qu’un fragile équilibre semblait encore unir le gouvernement britannique face à la question du Brexit, deux ténors du parti conservateur ont annoncé leur démission.

Theresa May a fini par trancher, et privilégie une relation commerciale étroite avec l’UE, atténuant la rupture nette qu’espérait certains partisans du « Leave ».

Le Royaume-Uni quittera l’Union européenne le 29 mars prochain

Le 6 juillet dernier, Theresa May a réuni ses ministres à Chequers Court, résidence de villégiature de l’exécutif anglais située à 70 kilomètres au nord-ouest de Londres. Le but de la réunion ? Mettre fin aux hésitations et rétropédalages autour de sa vision du Brexit et faire front pour les négociations à venir. Alors que l’échéance approche dangereusement, la Première Ministre s’est voulue ferme, quitte à laisser la porte ouverte à ceux à qui le compromis ne conviendraient pas.

A la fin de la journée, un accord semblait être trouvé. Le Cabinet défendrait bel et bien un « deal » dont les principes – rien d’inattendu – sont les suivants : « fin de la libre circulation et reprise du contrôle des frontières », verrouillage du Parlement pour « toute nouvelle règle ou disposition », départ des politiques communes, garantie qu’il n’y aura « pas de frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande », « rétablissement de la suprématie des cours de justice britanniques en mettant fin à la juridiction de la Cour Européenne de Justice », etc.

Néanmoins, un des principes qui devaient être désormais collégialement défendus semble avoir ravivé l’amertume des membres les plus eurosceptiques du gouvernement. Au point de pousser à la démission plusieurs des partisans d’un Brexit « dur » ; il s’agit de la nouvelle zone de libre-échange entre l’Union Européenne et un pays tiers, sur le modèle norvégien, sur laquelle compte Theresa May et qui « sera bon pour l’emploi ».

Démissions en chaine

C’est David Davis, ministre chargé des négociations du Brexit, qui a annoncé en premier, le dimanche 8 juillet, sa démission. Dans une interview à la BBC, il explique qu’il estime ne plus être la personne la plus à même de représenter le plan voulu par Mme May. Par ailleurs, il explique que cette décision personnelle résulte de l’impression que le Royaume-Uni « faisait trop de cadeaux, et trop facilement » à Bruxelles.

Le lendemain, le lundi 9 juillet, c’est au tour de Boris Johnson de quitter son poste de ministre des affaires étrangères. Dans sa lettre publiée sur Twitter -voir ci-dessous-, il dénonce un « demi-Brexit » et regrette que cette « occasion de faire les choses différemment » s’avère être un « rêve en train de mourir ». Il était l’une des figures emblématiques du gouvernement après le référendum sur le Brexit, et un fervent défenseur de la souveraineté britannique, n’hésitant pas à régler ses différends – et ils sont nombreux – avec Theresa May par média interposé.

À noter qu’une autre démission, moins médiatisée, est à déplorer pour la cheffe des Tories. Steve Baker, secrétaire chargé de la sortie de l’Union Européenne auprès de M. Davis a également quitté ses fonctions le 9 juillet, suivant les pas de son ministre de tutelle et ce, pour les mêmes raisons.

Et maintenant ?

Alors que le gouvernement semble affiche une unité nouvelle, les tensions au Parlement se font toujours sentir, même au sein de la majorité. Boris Johnson, lors de son discours de démission, passage obligatoire devant la Chambre des Communes le 18 juillet dernier, a lancé un dernier appel au gouvernement. « Il n’est pas trop tard » leur a-t-il dit avant de se justifier : « Je pensais que c’était la bonne vision. Je le pense toujours aujourd’hui ».

C’est Dominic Raab, anciennement ministre du logement, qui a été choisi par Theresa May pour succéder à David Davis et mener les négociations cruciales à venir pour la sortie de l’Union Européenne. Alors que Jeremy Corbin, leader travailliste de l’opposition, l’exhorte à « intensifier les négociations », le nouveau ministre espère arriver à un « deal » d’ici le mois d’octobre.

Il faut dire que les deux hommes, et pas seulement, craignent que les lentes négociations mènent le pays à l’impasse, et à une sortie sauvage de l’Union. C’est pourtant le gouvernement britannique qui, pendant des mois, à la suite d’un discours de Mme May en Janvier 2017, défendait l’idée que « pas d’accord, c’est mieux qu’un mauvais accord ». Cette éventualité, depuis longtemps redoutée mais prise de plus en plus au sérieux, inquiète donc l’exécutif britannique. La Commission Européenne, le 19 juillet dernier, a d’ailleurs publié un rapport de 16 pages, qui explore la préparation à venir pour les institutions, les entreprises et les personnes dans le cadre du Brexit – explorant le scénario d’une sortie sans accord. Une hypothèse qui inquiète aujourd’hui.

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