Canada : la part manquante du gâteau d’anniversaire

Le Canada fête cette année l’anniversaire de sa confédération datant de 1867. À Ottawa, capitale et scène politique du pays, la promotion de l’événement est visible. Pourtant, le sujet porte à controverse, notamment pour les premières nations, dont l’histoire est tue. Décryptage.

Afin de promouvoir les 150 ans, divers canaux de communication sont utilisés par le gouvernement canadiens. Le divertissement permet de rassembler citoyens et touristes autour du pays et de son histoire. Sur le site des visiteurs de la ville d’Ottawa, on peut lire que « Ottawa 2017 a pour mandat de concevoir de grandes expériences à la fois audacieuses, émouvantes et immersives qui viendront compléter les célébrations nationales, les événements annuels et les festivals. […] Le résultat final sera une année exceptionnelle sous le signe de la fierté nationale pour tous les Canadiens ».

« 150 ans de quoi ? »

Dans un amphithéâtre de l’université d’Ottawa, une canadienne travaillant au bureau international des étudiants en échange pose la question qui gêne : « que fête-on réellement cette année ? ». Le questionnement dérange au-delà des murs de l’amphithéâtre. Si on fête cette année le sesquicentenaire du Canada, les autochtones, eux, habitaient cette terre bien avant que les colons européens n’arrivent. La feuille d’érable multicolore, effigie de la célébration des 150 ans, frémit à l’idée d’évoquer cela.

Les premiers concernés sont divisés en trois groupes. Il y a les premières nations -ou Amérindiens-, qui représentent près de 65 % des autochtones. Les deux autres groupes sont les Métis et les Inuits. Un événement était organisé le 6 septembre à l’université d’Ottawa par une organisation d’étudiants indigènes. Même s’il comprend « pourquoi les gens célèbrent cet anniversaire », pour Nathaniel, Français, Irlandais et Autochtone, l’anniversaire des 150 ans de colonisation n’est pas une fierté. Selon lui, le gouvernement sait qu’Ottawa fait partie d’un territoire qui appartient aux Algonquins, un des nombreux peuples Amérindiens. Malgré une volonté de la part des autorités de faire des autochtones un groupe homogène, la diversité des tribus est très grande.

Nathaniel se dit quant à lui « universel », n’ayant pas développé de sentiment national. D’origine mixte, il s’attache à comprendre le point de vue de ses ancêtres qui sont venus au Canada. Il précise que les danses auxquelles ont pu assister les passants de l’université d’Ottawa sont une manière pour les autochtones de communiquer leur culture. En tant que communauté, chacun a son individualité, « mais c’est interdépendant, précise-t-il, tout le monde a un rôle et tout le monde prend soin de chacun ».

« Célébrer un génocide »

Jusqu’en 1960, les premières nations n’avaient pas le droit de vote, à moins de renoncer à leur statut indien. Ils étaient parqués dans des réserves et sous contrôle du gouvernement canadien. Beverley McLachlin, juge en chef de la cour suprême, avait dénoncé une tentative de « génocide culturel » de la part du Canada.  Jason Gullo Mulins, appartenant au peuple Tsalagi, interviewé par Le Journal International, affirme que les autochtones sont aujourd’hui toujours esclaves du gouvernement. Pour cet originaire des États-unis, célébrer « le génocide, la misère et l’oppression » subis par les autochtones n’est pas approprié.

L’Histoire du massacre et de la maltraitance des peuples autochtones est récente. Jason ajoute que le gouvernement canadien a obligé les peuples autochtones à signer des traités. De 1871 à 1921, les autochtones ont en effet dû céder leurs territoires en échange de places dans des réserves et d’une promesse de biens matériels. Kevin Annett, auteur du documentaire Unrepentant, dit dans son documentaire : « quand vous avez un crime de cet ampleur, il n’y a pas de solution. Nous avons détruit des gens qui ont vécu en harmonie avec la Terre pendant des dizaines de milliers d’années ».

Prendre part de manière collective à la décolonisation

S’il semble difficile de revenir en arrière, au-delà du gouvernement, « on doit tous prendre part à la décolonisation », affirme Jason. Pour ce dernier, c’est une question d’étapes et le retour au respect de la nature en fait partie. Avant la colonisation, la nature était respectée car les autochtones étaient producteurs. Aujourd’hui, la colonisation des terres rime avec pollution, gaspillage et société de consommation. Jason montre les bouteilles en plastiques en grand nombre posées sur un muret : « regarde ».

Jason Gullo Mullins, appartenant à la tribu Tsalagi (ou Cherokee) lors d’un événement de l’organisation des étudiants indigènes d’Ottawa. Crédit Shérazade Faÿnel.

Jason Gullo Mullins, appartenant à la tribu Tsalagi (ou Cherokee) lors d’un événement de l’organisation des étudiants indigènes d’Ottawa. Crédit Shérazade Faÿnel.

Photo de bannière : le Parlement canadien lors du spectacle « Lumières du Nord ». Ce spectacle de sons et lumières raconte l’Histoire du Canada. Crédit Shérazade Faÿnel.

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