Capitalisme : la fin de l’Histoire ?

Dix ans après la crise financière qui a touché le monde globalisé, Thomas Porcher, membre du collectif des Économistes Atterrés et auteur du livre à succès « Traité d’économie hérétique » et Thomas Guénolé, politiste, membre du parti politique français la France Insoumise, étaient invités à débattre à l’université Paris-Sorbonne autour du thème « Capitalisme : la fin de l’Histoire ? ».

Si les deux intervenants ont pointé l’urgence de changer de modèle, les deux s’accordent pour dire que cela sera « très compliqué ».

« Le capitalisme recycle très bien les critiques »

Dans un amphithéâtre de la Sorbonne plein à craquer, les deux intervenants étaient attendus. S’ils s’entendent sur la condamnation du système capitalisme, les moyens d’y parvenir divergent. Thomas Porcher défend un « capitalisme vert », tandis que Thomas Guénolé se veut plus radical, voulant « changer un système d’exploitation des gens qui travaillent pour le capital » tout en admettant que ce qui avait été testé avant – le communisme – « ne fonctionne pas ». Alors comment changer de modèle ?

« C’est compliqué » reconnaît Thomas Porcher « le capitalisme recycle très bien les critiques. Il a une plasticité énorme. Il n’y a qu’à prendre l’exemple du droit à polluer : aujourd’hui la question environnementale est devenue un marché. Oui, la Chine est le plus gros pollueur aujourd’hui. Mais qui pollue ? Pour une grande partie, les entreprises occidentales qui sont installées là-bas. Il y a une vraie hypocrisie là dessus. Dix ans après la crise financière nous sommes plus que jamais dedans. Il n’y a qu’a voir qui est président chez nous. »

« Le changement ne viendra pas du consommateur »

Le dernier rapport du GIEC -Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat- est on ne peut plus inquiétant. «  Chaque fois les années se rapprochent » constate l’économiste. «  Le problème c’est que le mode de vie américain reste la référence. Si tout le monde vivait ainsi, il faudrait cinq planètes. D’ailleurs, il y a peu j’étais avec cinq experts, chargés de répondre à la questionpensez vous que la COP21 sera réalisée ?”. Les cinq étaient unanimes : « non ! ». Toujours selon le membre des Économistes Atterrés, « le changement ne viendra pas du consommateur. Tout est fait pour faire croire que le consommateur peut changer les choses mais l’ajustement par le consommateur est hyper faible. Pour le moment, seule force de la nature, peut l’arrêter… »

« Sortir du capitalisme libéral »

Thomas Guénolé, insiste sur le fait que « ce n’est pas la planète qui est en danger, mais la vie des espèces qui y vivent ». Pour y remédier, le politiste s’appuie sur les tentatives de modèle alternatif testé à Totnes en Angleterre ou à la ZAD -Zone à défendre- de Notre Dame des Landes. Le politiste entend remplacer la loi du marché par la planification écologique, remplacer le libre échange par un protectionnisme social, sortir des des traités internationaux ou encore « sortir de l’esclavage de la dette » : « avec cela on sortirait du capitalisme », affirme-t-il.

Un constat que ne partage pas Thomas Porcher. «  Je partage les idées de Thomas Guénolé, on reverdirait le capitalisme en le rendant plus social, plus régulé, keynésien. Mais on ne sortirait pas du capitalisme, on sortirait du capitalisme libéral, on le penserait sous une nouvelle forme. »

«  Il y aura de la vie sur terre, mais sans nous »

L’activité humaine engendrant, entre autres, la fonte du pergélisol, ces étendues de terres gelées qui relâchent d’immenses quantités de CO2 dans l’atmosphère et accélèrent le processus de réchauffement climatique. Thomas Guénolé prévient : « il y aura toujours de la vie sur terre, mais sans nous ».

Un constat partagé par Thomas Porcher. « Même si l’on continu avec des taux de croissance médiocre, de l’ordre de 0,5% ou 1% sur un siècle, la consommation d’énergie, de matières premières sera telle, qui plus à huit voir neuf milliards d’êtres humains, que ce n’est pas tenable. À ce rythme we are dead  ».

Pour que les choses changent, ces derniers appellent à « être dans le combat, à être partout » car « tout le monde peut comprendre l’urgence . Il y a une faim pour ce type de sujets ».

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