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Chili : débats autour de la nouvelle Constitution

Le mois dernier, la présidente Michelle Bachelet a annoncé qu’une nouvelle Constitution serait prochainement proposée aux Chiliens, et entérinerait ainsi le processus de démocratisation du pays en marche depuis les années 1990. Cette annonce relance le débat sur la Constitution chilienne, héritage de la dictature de Pinochet. La présidente chilienne a déclaré à propos de la Constitution : « [elle] trouve ses origines dans la dictature et ne reflète pas les besoins de notre temps, ni ne promeut notre démocratie ». Après une première vague de réformes lancée en 2005, Michelle Bachelet souhaite aller plus loin dans la cassure avec l’héritage autoritaire, un sentiment non partagé par l’aile droite de la classe politique chilienne. Retour sur les enjeux derrière cette réforme.

Il est important de rappeler que la Constitution actuelle a été mise en place en 1980 sous Pinochet, et avait pour but de protéger l’État de toute organisation qui pourrait lui nuire. Ainsi il était donné beaucoup de pouvoirs à l’exécutif, comme par exemple celui de dissoudre la Chambre des députés. En 2005, sous la présidence de Ricardo Lagos Escobar, des réformes ont pour la première fois vu le jour, notamment : la réduction du mandat présidentiel de six à quatre ans, l’habilitation du président pour mettre à la retraite les commandants en chef des forces armées, l’élimination des sénateurs désignés à vie et non élus, ce qui engendre une réduction du Sénat à trente-huit membres depuis mars 2006.

UNE PARTICIPATION CITOYENNE

La présidente a annoncé qu’une campagne « d’éducation civique » commencerait sur-le-champ, et serait suivie « d’un processus de dialogue avec les citoyens dans lequel chacun pourra prendre part ». Elle souhaite rendre les résultats de ce dialogue d’ici octobre 2016, et la proposition sera présentée devant le Congrès en 2017. L’ancien président Ricardo Lagos a quant à lui lancé le site “Tu Constitución”  avec sa Fundación Democracia y Desarrollo(Fondation Démocratie et Développement) en mars dernier, sur lequel les citoyens peuvent proposer leurs idées et concepts qui pourront être incorporés à la nouvelle Constitution.

LA RÉTICENCE DE LA DROITE

La présidente socialiste désire entre autre réformer les lois du travail en restaurant notamment le droit de grève, et l’éducation, dont le modèle 100 % privé et inégalitaire est un héritage direct de la dictature. La nouvelle Constitution a cependant généré quelques réticences de l’opposition, qui s’est déclarée contre une quelconque modification de cette dernière, car ils ne considèrent pas cela comme une priorité pour le Chili. Un sentiment non partagé par la population : d’après un récent sondage CADEM (l’équivalent chilien de l’INSEE), 77 % des Chiliens pensent que le pays a besoin d’une nouvelle Constitution.

L’ÉDUCATION : ENJEU DE DISCORDE

Un des enjeux principaux de cette réforme est l’éducation, sujet de discorde entre la gauche et la droite. L’éducation est un des héritages les plus flagrants du néolibéralisme, très assumé des Chicago Boys, des économistes inspirés par Milton Friedman et formés à l’Université de Chicago qui ont façonné l’économie chilienne sous Pinochet. Elle est un important facteur d’inégalités au Chili à cause de son caractère privé similaire au système américain. Après de nombreuses manifestions estudiantines – notamment en 2011 –, Michelle Bachelet a annoncé vouloir un « système plus juste ». C’est à ce propos que la gauche et la droite ont les plus gros désaccords, la droite ne souhaitant en aucun cas déprivatiser les écoles.

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