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Système éducatif chinois : rigueur, patriotisme et sélectivité

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La Chine a une conception et une vision de l’éducation parfois très différente du reste du monde. Le Journal International a rencontré deux étudiants chinois pour décortiquer ce système éducatif fondé sur la rigueur, le patriotisme et la sélectivité.

Comme dans beaucoup de pays, les enfants peuvent intégrer l’école maternelle dès l’âge de trois ans, bien que cela ne soit pas obligatoire. Certaines familles aisées sont prêtes à investir énormément pour que leur progéniture – leur unique enfant – bénéficie de la meilleure scolarité. Il existe ainsi des écoles maternelles privées et payantes, où les chérubins commencent déjà à apprendre l’anglais. Grâce à cela, Chang [le nom a été modifié par soucis d’anonymat], étudiant à Nankin, maîtrise aujourd’hui parfaitement trois langues : chinois, anglais et français.

École obligatoire de 6 à 15 ans

L’école primaire accueille les enfants de six à onze ans. Pour entrer au collège, les élèves passent un examen, le xiaokao (小考), sans réelle importance. Après trois années au collège, certains s’orientent vers une école professionnelle, qui leur délivrera rapidement un travail. Cependant, ils ne sont pas nombreux à prendre cette décision.

La majorité des élèves passe un concours d’entrée au lycée, le zhōngkao (中考). « C’est quand vous intégrez le lycée que les choses se compliquent, nous explique Xujie, étudiant en ingénierie industrielle à Shanghai, ce sont trois années très intenses ». C’est le concours national d’entrée à l’université, le gāokao (高考), qui se joue à la fin.

Pas le temps de se reposer

Dès la primaire, les écoliers suivent tous les jours des cours de chinois, de mathématiques et d’anglais. Chaque lundi matin, ils assistent au lever du drapeau et chantent l’hymne national. Les élèves se mettent ensuite en rang pour rejoindre la classe. Ils ont également une séance quotidienne d’exercices sportifs. Les cours de chant ont aussi une place importante dès l’école primaire. Ces jeunes se retrouvent souvent en sureffectif : « 54 élèves par classe en primaire et 40 au collège », nous confie Xujie.

Il ajoute que « les salles restent silencieuses et [que] personne ne conteste ce que le professeur dit ». Les enfants doivent un grand respect à l’instituteur. Il peut être mal vu de poser une question, car cela risque d’être perçu comme une remise en cause des connaissances du professeur. Un élève doit être poli et également très persévérant, car la concurrence est rude.

« Le bonheur issu du bonheur n’est pas le vrai bonheur, le bonheur né de la souffrance est le vrai bonheur » (proverbe chinois)

De ses années lycée, Xujie se souvient avant tout des heures passées à étudier. Les lycéens travaillent dur pour réussir l’examen de fin de scolarité, le fameux gāokao. Dans la plupart des pays, le résultat du baccalauréat – ou équivalent – importe peu. Pour intégrer une université, il suffit d’obtenir la moyenne. Pour les étudiants chinois, c’est différent : plus le résultat au gāokao est bon, plus prestigieuse est l’université intégrée par la suite.

Le gāokao se divise en quatre épreuves. Trois sont imposées : chinois, mathématiques et anglais. Les élèves choisissent leur quatrième matière. Il peut s’agir d’une discipline « scientifique » (physique, chimie ou sciences naturelles) ou d’une discipline « littéraire » (histoire, géographie ou politique).

La vie étudiante après le gāokao

À la suite des résultats du gāokao, les élèves sont répartis dans les universités. En général, les étudiants dorment dans des dortoirs collectifs sur le campus. Xujie, par exemple, y vit la semaine et peut rentrer voir sa famille le week-end. Chang, en revanche, étudie trop loin de la Mongolie intérieure où résident ses parents. Il ne rentre que deux fois par an, lors des vacances d’été et d’hiver.

Tous les deux partagent un dortoir avec trois autres étudiants. « Les douches et les toilettes sont en commun pour l’étage, décrit Xujie, ce ne sont pas de bonnes conditions pour travailler ». Chang partage lui aussi un dortoir à quatre et rappelle que la plupart des dortoirs sont bien plus nombreux. « Ceux qui ont moins d’argent sont parfois à vingt dans le même dortoir » explique-t-il.

Parmi les étudiants, on trouve différents profils. Les plus studieux continuent à travailler avec beaucoup de rigueur, tandis que les autres relâchent la pression à la suite des années lycée. Xujie dit se contenter d’une heure de travail scolaire par jour pour pouvoir s’adonner à différentes activités en parallèle : « en général les parents mettent une grande pression à leur enfant mais finissent par accepter les choix d’études de ce dernier ». Chang reconnait ne pas assister à tous les cours pour sortir avec ses amis, profitant certainement de l’éloignement avec sa famille.

Un accès à l’éducation inégalitaire

En Chine, l’école est gratuite jusqu’à la fin du lycée. Très peu d’enfants issus des campagnes parviennent jusque-là. Cela représente souvent une perte de main-d’œuvre importante pour la famille. Peu nombreux sont les parents qui se sacrifient pour que leur enfant aille au lycée. L’année universitaire coûte entre 5000 et 10000 yuans [650 à 1 400€]. Une somme considérable dans un pays où le salaire minimum est en moyenne – il varie selon les régions – de 200€.

« Je ne sais pas si le système éducatif de mon pays est le meilleur, mais je n’ai pas le choix, je fais simplement ce qu’on me demande pour avoir un métier plus tard », remarque Xujie. Il avoue qu’au lycée, avec ce qu’il lisait dans les journaux, il aurait bien échangé sa place avec un étudiant américain ou européen. Néanmoins, depuis qu’il est entré à l’université, il ne trouve plus rien à envier aux autres pays. Amusé, il nous confie : « Je vais bien maintenant, ne vous en faites pas, je suis en vie ».

Crédit photo : CC0 Public Domain.

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