CodePink : militantisme anti-guerre sur fond rose

Elles ont un style singulier, sont engagées, prêtes à se faire emprisonner pour défendre leurs idées. Rencontre avec les femmes de l’organisation américaine CodePink.  

L’association est née en 2002, en réaction aux politiques étrangères américaines qui ont déclenché la seconde guerre du Golf. Depuis, Code Pink continue de se battre contre l’impérialisme militaire américain et les injustices contemporaines. L’association, pacifiste, encourage le dialogue et la diplomatie pour résoudre les conflits.

Rencontre avec Ariel Gold, co-directrice nationale de l’organisation. 

Le Journal International : Tout d’abord, comment définiriez vous CodePink pour nos lecteurs français et internationaux ? 

Ariel Gold : Code Pink est une organisation dirigée par des femmes qui vise à s’opposer à l’impérialisme militaire américain et à rediriger les fonds qui servent à des activités entraînant mort et destruction vers des activités de promotion de la paix. 

Ces dernières semaines, votre communication sur Twitter était particulièrement concentrée sur l’ambassade du Venezuela à Washington. Pouvez vous nous dire ce qu’il s’y passe ? Quels sont vos objectifs ? 

Après que les membres de l’opposition vénézuélienne (Pro Guaido) ont pris possession du consulat à New York, puis de l’antenne militaire de l’ambassade à Washington, nous avons senti que l’ambassade elle-même serait la prochaine à tomber aux mains de l’opposition. C’est ainsi que nous avons décidé de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher cet épisode du coup d’état organisé par le gouvernement américain. 

Nous avons ensuite demandé et obtenu l’autorisation du gouvernement vénézuélien légitime d’emménager dans l’ambassade ou nous sommes restées pendant 37 jours, jusqu’à ce que les services secrets entrent illégalement dans le bâtiment et nous en déloge, en violation de la convention de Vienne.

La Palestine est une autre cause pour laquelle vous vous battez. Quel est votre engagement dans cette problématique ? Comment faites-vous pour faire entendre votre voix sur cette épineuse question ?

De façon personnelle mais également professionnelle, je suis très engagée sur la question des droits des palestiniens. Jusqu’à il y a 2 ans, je me rendais régulièrement en Palestine. Cependant, du fait de mon soutien personnel et celui de CodePink au mouvement BDS (Boycott – Divest – Sanction est une campagne internationale appelant à exercer un boycott et diverses pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur Israël afin d’aboutir – entre autres – à la fin de la colonisation israélienne),  ainsi qu’en raison de mon implication auprès des palestiniens pour les aider à mettre fin aux violations israéliennes des droits de l’homme, j’ai été interdite d’y retourner (par le gouvernent israélien). En outre, je suis juive pratiquante et cette partie du monde me touche particulièrement. 

Vous faites face à beaucoup de violences de la part de vos opposants, particulièrement au niveau de l’ambassade vénézuélienne mais également du fait de votre positionnement sur le conflit israélo-palestinien. Comment répondez vous à cette violence (physique et verbale) ? 

La violence, qu’elle soit physique, verbale ou étatique – dans le cas de mon interdiction à entrer sur le territoire israélien – est un acte désespéré essayant de maintenir le statu quo du militarisme et de l’occupation. La seule et la meilleure réponse est un dévouement d’autant plus important à la cause, en gardant toujours l’amour comme valeur essentielle.

Vous êtes très actives sur les problématiques internationales concernant le Venezuela, la Palestine, l’Arabie Saoudite ou encore l’Iran,. Quelles sont vos actions locales ? Quel est l’objectif de CodePink au niveau national ? 

Notre travail est concentré sur la politique étrangère des États-Unis. Nous ne menons pas de combats internes mais nous soutenons certaines luttes telles que la protection des droits des femmes, la lutte contre le racisme, l’ouverture des frontières, le développement de la sécurité social ou encore un accès à l’éducation de qualité pour tous. 

Récemment, un nouveau groupe de représentantes au Congrès a complètement changé les sujets de préoccupations des politiques, en particulier Ilhan Omar, Rachida Tlaib et Alexandria Ocacio Cortez. Que pensez-vous de cette nouvelle vague de femmes courageuses entrées au Congrès ? 

Nous sommes ravies que des femmes de couleur courageuses et pleine d’audace soient entrées au Congrès et mènent les discussions. Nous les soutenons et continuons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les défendre contre les ignobles attaques dont elles sont les cibles.

Ici, Ariel Gold en compagnie de Rachida Tlaib, Ilhan Omar et Alexandria Ocacio Cortez à l’occasion du premier Iftar organisé au congrès. Image du compte Twitter d’Ariel Gold

Quel est l’accomplissement dont CodePink est à l’origine et dont vous êtes le plus fière ? 

Nous avons travaillé très dur pour passer au Congrès la législation mettant fin à l’implication des États Unis dans la guerre saoudienne au Yémen. Malheureusement, Trump a mis son veto. 

CodePink en action

L’association s’est fait connaître par ses actions coups de poings. En effet, en plus des manifestations, sit in et autres forment de protestations « classiques », elles s’invitent également lors de conférences et font entendre leur voix, littéralement. 

Leur stratégie est simple: toutes de rose vêtues et munies de pancartes, elles interrompent l’intervenant(e) en question et perturbent l’évènement. Elles finissent très souvent par se faire évacuer de façon musclée par la sécurité.

Un exemple ici avec Ariel Gold, évacuée d’une conférence tenue par Eliot Abrams, représentant des USA concernant la situation au Venezuela. 

 

 

 

 

 

Ici, les militantes dénoncent l’installation de la marque LUSH Cosmetics en Arabie Saoudite, pays connu pour son non-respect des droits de l’Homme et sa participation à la guerre du Yémen, aux conséquences humanitaires catastrophiques.

Travailler pour un monde meilleur, voilà une phrase simple pouvant résumer l’objectif de CodePink. Medea Benjamin, l’une des cofondatrices de l’organisation explique l’importance du travail associatif:

« Le militantisme nous permet d’être en permanence en alerte quant aux évènements, il nous tient dans l’action. Mettre fin aux guerres prendra certainement du temps, mais nous pouvons utiliser ce temps pour s’inspirer les uns les autres avec des initiatives positives à l’image du monde que nous voulons voir. »

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