Un coursier chinois sur son scooter. Crédit Bie Hu.

Commerce O2O en Chine : facilite les clients et… ?

Les consommateurs chinois profitent aujourd’hui grandement du service O2O (« online to offline »). Derrière le lustre du développement du e-commerce, se trouvent des livreurs dont la situation précaire n’est pas connue du grand public.

O2O est destiné à toucher une vaste clientèle « connectée », surtout dans les grandes villes. Toutes les étapes qui précèdent la livraison au domicile du client peuvent être effectuées sur internet. Suite au succès considérable du service de livraison de colis, celui de livraison de repas s’impose parmi les secteurs émergents en pleine expansion. Le marché de la restauration à emporter pesait en 2015 plus de 230 milliards de yuans en Chine [chiffres : statistiques commerciales « iResearch »]. Cela représente 7,4 % de la consommation alimentaire totale.

Livraison de repas à domicile : secteur émergent

La concurrence entre les entreprises de livraison de colis et celles de livraisons de repas fait rage. Les recherches comme « livreur de colis ou de repas ? » sont très fréquentes sur Baidu, le moteur de recherche le plus utilisé par les Chinois.

Les livreurs de repas profitent de meilleures conditions de travail que les livreurs de colis, en termes de pénibilité, de temps de travail et de rémunération. Les offres d’emploi ne cessent de croître : il existe environ 910 000 résultats de recherche disponibles sur Baidu concernant le recrutement de livreurs de repas.

Situation précaire des coursiers

Les plateformes, considérées comme des outils de la « génération Uber », se développent de façon considérable. Des applications mobiles de mise en contact d’utilisateurs avec des livreurs ont également été créées. Les commandes sont soit distribuées par des livreurs assignés, soit récupérées par les livreurs indépendants. Les coursiers surveillent leur application mobile, et se précipitent dès qu’une commande est affichée.

La première sorte de livreurs est celle des employés déclarés à temps plein. La seconde est celle des travailleurs indépendants. Ceux-ci doivent inscrire nom et prénom sur l’une des plateformes de livraison pour effectuer des livraisons à temps partiel.

La rémunération varie du tout au tout. Le salaire des employés affiliés à une entreprise de livraison est stable. Celui des livreurs indépendants est bien plus précaire. Il dépend du nombre de commandes et de « j’aime » qu’ils ont gagné sur l’application mobile.

Le délai de livraison des commandes est évalué rigoureusement par les entreprises et ces livreurs seront condamnés à une pénalité financière en cas de plainte de l’un des clients. Un « j’aime » de leur part leur permet de prétendre à un petit supplément de rémunération. « N’oubliez pas de laisser un “j’aime” s’il vous plaît », c’est le refrain prononcé à chaque course. « Un “j’aime” signifie que j’aurai un yuan de prime, alors qu’un message ne me coûte que dix centimes » nous explique un livreur de repas sur un forum de discussion. Ceux-ci n’hésitent pas à relancer le client par message en cas d’oubli.

« Le temps, c’est de l’argent »

Le système entraîne des dérives. Les accidents de la route tendent à se multiplier et touchent particulièrement les coursiers indépendants. « Cela fait partie du quotidien, on a de petits accidents presque tous les jours. Le temps, c’est de l’argent. Je ne l’avais pas encore compris quand j’étais à l’école, mais là, c’est évident. Si je livre 10 commandes en une journée, on me donne 12 yuans de prime, si je livre 20 commandes, j’aurai 22 yuans en plus » explique un autre livreur interviewé par le journal en ligne Techweb.

Cette méthode de récompenses exponentielles les pousse à récupérer toujours plus de commandes et à conduire le plus rapidement possible. Ils actualisent la page où s’affichent les commandes sur leur smartphone tout en conduisant. Les yeux rivés sur leur écran, ils ignorent trop souvent les règles de sécurité routière.

Photo bannière : un coursier chinois sur son scooter. Crédit Bie Hu.

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