Corée du Sud : la délation comme remède contre le Covid-19 ?

Traquer toute incivilité, espionner son voisin, dénoncer des infractions : la délation est une pratique courante en Corée du Sud. Encouragée au quotidien depuis le début des années 2000, elle n’a pas été ralentie par la crise du Covid-19, au contraire. Cette pratique se développe également dans d’autres pays, dans un contexte mondial d’extrême vigilance et d’inquiétudes.

Pour lutter contre la pandémie, la Corée du Sud met en place des méthodes bien connues dans le monde: stratégie de tests massifs, distanciation sociale, port du masque obligatoire, etc. Une mesure se distingue en particulier : la dénonciation entre citoyens.

Une méthode efficace ?

Avec plus de mille cas de Covid-19 par jour, la Corée du Sud emploie les grands moyens.

D’après le quotidien sud coréen Chosun Ilbo le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité encourage la population à signaler toute violation des règles sanitaires. Il « promet des bons d’achat d’une valeur de 100 000 wons aux cent personnes les plus actives dans ce domaine ». Surnommés « paparazzis » dans le pays, ces citoyens dénonciateurs se multiplient, motivés à participer à la lutte contre le Covid-19, mais aussi par la récompense promise. Certaines villes ont même augmenté la contrepartie financière : Daejon consacre un budget de 12 200 euros pour les 116 meilleurs délateurs de la ville.

Comment dénoncer ? Beaucoup de sud-coréens utilisent l’application Safety Report comme outil de délation. Initialement créée pour alerter de tout comportement ou situation dangereuse, elle s’est imposée pour faire face à la situation sanitaire. Le quotidien Maeil Kyongje rapporte que  l’application aurait enregistré 31 312 déclarations relatives au Covid-19 durant le mois de décembre, un chiffre en constante augmentation. Photo ou vidéo à l’appui, les signalements d’infractions doivent permettre d’identifier l’auteur.

Cette incitation à la surveillance de l’autre n’est pas une nouvelle politique en Corée du Sud. La délation est ancrée dans la société depuis très longtemps.

Dénoncer : une pratique ancrée dans la culture

Ce pays d’Asie est suréquipé en matière de surveillance. Récemment, Le district de Seocho et l’Institut de recherche en électronique et en télécommunications ont ainsi déclaré leur souhait d’installer 3 000 caméras dans la capitale d’ici juillet 2020. Elles seront équipées d’intelligence artificielle « qui traite l’emplacement, l’heure et le comportement des passants pour mesurer la probabilité qu’un crime soit commis. », d’après ZDnet.

Pour compléter cette multitude de systèmes de surveillance, le pays compte sur la vigilance active de la population, d’autant plus en période de pandémie.

Depuis les années 2000, le gouvernement a mis en place un système de prime incitant à la délation pour soutenir la police en sous-effectif. Une liste de 336 infractions donne ainsi droit à une prime de l’État en cas de signalement, photo ou vidéo à l’appui. Le montant de cette prime est calculé selon un pourcentage de l’amende payée par le coupable.

Ce système est tellement efficace qu’il existe des écoles de la délation dans le pays. Comme toute formation classique, on y apprend à utiliser une caméra, remplir des formulaires de dénonciation, ou faire une filature.

Ces pays qui suivent le modèle sud-coréen

Une tendance générale à la délation est observée dans un monde encadré de mesures barrières ou d’autres contraintes privatives de libertés. Respecter un couvre-feu strict tous les jours mais voir ses voisins sortir à toute heure peut mener à la dénonciation entre citoyens. Ce sentiment général est accentué par le fait que la lutte contre la pandémie nécessite un effort commun.

Comme en Corée du Sud, cette tendance est initiée dans certains pays, qui ont créé des sites dédiés aux signalements de non respect des règles sanitaires : en Chine, au Québec, en Nouvelle Zélande, mais aussi en Irlande du Nord et en Italie.

Historiquement ancrée dans la société sud-coréenne, cette pratique alimentée par un climat de méfiance, pose des questions d’éthique et de respect de la vie privée.

 

Sources

À lire pour en savoir plus sur la situation sanitaire en Corée du Sud http://www.lejournalinternational.info/coronavirus-la-troisieme-vague-qui-destabilise-la-coree-du-sud/

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