Coronavirus : la troisième vague qui déstabilise la Corée du Sud

Après avoir fait ses preuves face aux deux premières vagues de l’épidémie grâce à une stratégie millimétrée, la Corée du Sud semble aujourd’hui confrontée à une vague d’une forme nouvelle qui menace son modèle de lutte contre l’épidémie. Si les deux premières vagues étaient liées à des regroupements de masse très localisés, alors plus facile à pister, la troisième vague est caractérisée par une multitude de clusters familiaux ou communautaires éparpillés sur l’ensemble de la péninsule.

Centre de test en extérieur accessible sans rendez-vous (Crédits : Jung Yeon-je, AFP Getty Images sur Sciences et avenir)

Une stratégie d’anticipation dépassée

La gestion de la crise sanitaire en Corée du Sud repose sur la flexibilité et la réactivité du gouvernement et de l’Agence de contrôle et de prévention des maladies (KDCA) dès l’apparition des premiers cas. L’objectif est de préserver l’intégrité du pays en protégeant sa population ainsi que la structure de la société sud-coréenne. Le gouvernement accorde également une grande importance à la transparence des mesures prises dans ce cadre, de manière à ce que chaque citoyen se sente impliqué et soutienne les mesures. Ainsi, l’ensemble du pays crée une réponse unifiée face au virus, offrant ainsi de plus grande chance de réussite.

Dès le début de l’épidémie, trois grandes séries de mesures sont prises, donnant le cap de la méthode sud-coréenne. La spécificité de cette méthode tient dans l’idée qu’elle exclue un quelconque confinement imposé à sa population. Au contraire, elle tend à vouloir maintenir un maximum de normalité dans la vie quotidienne. Pour cela le gouvernement développe la stratégie des 3T : tester, tracer, traiter. Grâce à la collaboration des secteurs privés et publics ainsi qu’à des mesures prises à la suite de l’épidémie de MERS de 2015, le pays possède des capacités de tests atteignant 20 000 tests par jour dès février. Les tests sont alors proposés à l’ensemble de la population, dans les laboratoires mais également dans des drive-in ou encore des centres de tests éphémères dans chaque quartiers. Une fois les cas positifs détectés, ces derniers sont tracés et soumis à une quarantaine pour être soignés. A l’aide de différentes données collectées grâce à la vidéo-surveillance, les opérateurs téléphoniques et les données GPS, les cas contacts sont retrouvés et testés à leur tour.

Si le système de traçage coréen s’est avéré presque infaillible lors des premiers mois de l’épidémie, il se trouve désormais mis à rude épreuve. Grâce au traçage des données, il est possible, lors de regroupement massif de cas, d’anticiper sur la propagation du virus en isolant préventivement un maximum de personnes présentent. Or, aujourd’hui, la propagation du virus se fait sur l’ensemble du pays dans des cercles très restreint. La clé du traçage des données étant dans sa rapidité de détection, son utilité se retrouve donc limitée. De plus, elle multiplie la charge de travail du personnel en charge du regroupement des données. Son efficacité globale au sein de la stratégie sanitaire n’est toutefois pas remise en question car, couplé aux autres outils à disposition du gouvernement, le traçage des données reste très efficace.

De nouvelles mesures de distanciation

Dans la vie quotidienne, les règles de distanciation sociale sont appliquées en continu mais modifiables en fonction du taux de propagation du virus. Le système de distanciation sociale déployé par le KDCA est d’abord sur 3 niveaux puis passe sur 5 niveau à partir du 7 novembre 2020 pour permettre plus de flexibilité. La population participe activement à ce processus. En effet, dès l’augmentation du niveau de distanciation, les coréens vont d’eux-mêmes limiter leur déplacements. Par exemple, cette année les coréens ne se sont pas déplacés dans tout le pays pour célébrer Chuseok -l’équivalent coréen de Thanksgiving- évitant une nouvelle vague du virus. C’est pourtant l’un des événements les plus importants en Corée, qui entraîne d’ordinaire de grand déplacements de population dus aux rassemblement familiaux pour l’occasion. De plus le port du masque a très vite été systématique dans tout l’espace public et est devenu obligatoire dans tout lieux publics intérieurs comme extérieurs le 13 novembre 2020.

Des lycéens sud-coréens passant l’examen d’entrée à l’université dans le respect des mesures sanitaires (Crédits : Chung Sung-jun, Getty Images sur American Online News)

Malgré le soutien populaire face aux mesures contre le Covid-19, cela ne semble plus suffisant pour ralentir le virus. La ville de Séoul passe alors en alerte de niveau 1,5 le 19 novembre 2020 puis au niveau 2 quelque jours plus tard espérant endiguer une propagation qui ne fait que s’accélérer. Le reste du pays suit le même mouvement et augmente son niveau d’alerte globale le 1er décembre. Le gouvernement de la ville de Seoul, où se situe la grande majorité des cas, implante de nouvelles mesures limitant drastiquement les activités collectives et la vie nocturne. Depuis le 5 décembre 2020 l’ensemble des établissement ouverts au public doivent fermer leurs portes après 21h.

La rapidité d’augmentation de niveau de distanciation laisse percevoir une réelle inquiétude de ne plus être en mesure de contrôler le virus. En effet, deux éléments laissent craindre un nouveau rebond de l’épidémie dans les semaines à venir. D’abord, le 3 décembre tout les lycéens coréens ont passé l’examen d’entrée à l’université (Suneung). Même si les mesures de distanciations ont été respectés, le rassemblement de centaines d’étudiants dans des lieux clos risque de favoriser la propagation du virus. De plus, le gouvernement ainsi que la population craint que l’arrivée des températures négatives et des maladies hivernales favorise la diffusion du virus.

Toutefois, l’adoption de mesures trop contraignantes pour la population pourrait fragiliser cette relation de confiance entre les citoyens et leur gouvernement qui, jusqu’ici, a permis à la stratégie sud-coréenne de porter ses fruits. Les semaines à venir vont être décisives et détermineront si la gestion de la crise qui a fait la réputation internationale de la Corée du Sud est encore viable ou non.

Image de couverture : @marjan_blan

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