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Côte d’Ivoire, la colère des soldats

Trois mutineries se sont déroulées à quelques jours d’intervalle en Côte d’Ivoire en ce début d’année. Le calme est revenu et les autorités s’efforcent d’apaiser la colère des soldats. L’enjeu : éviter que le pays ne sombre à nouveau.

Les Ivoiriens ont bien cru revivre les années de cauchemars et de violences qui avaient plongé le pays dans une crise sans précédent. Des tirs d’armes automatiques avaient secoué les villes de Bouaké, Korogho et Daloa. Ces localités étaient les fiefs des anciens rebelles à l’origine des divisions de 2002. Ces anciens rebelles ont désormais intégré l’armée. Ce sont justement eux qui tiraient en l’air, semant la panique.

Mutineries successives des différents corps de sécurités

Les mutineries avaient pour revendication le payement de leurs primes. À Abidjan, la capitale, le gouvernement n’a pas tardé à réagir. Le ministre de la Défense Alain Richard Donwhai a été dépêché à Bouaké, qui semblait en être l’épicentre. Sur place, les négociations avec les mutins ont duré plusieurs heures. Certaines informations ont fait état de la prise en otage du ministre et sa délégation, avant d’être démenties. La présidence ivoirienne a finalement annoncé la conclusion d’un accord avec les soldats pour mettre fin au mouvement. Les principales revendications seront satisfaites. Les 8 500 soldats concernés percevront au total 12 000 000 francs CFA, soit environ 18 000€.

L’État ivoirien pensait alors avoir définitivement clos cette page « mutinerie ». Sauf que l’accord n’a pas satisfait tout le monde, en particulier les autres corps de sécurités. Ces derniers, non-issus de la rébellion, n’étaient pas concernés par l’accord. Ils se sont sentis floués par les autorités. Cette frustration s’est manifestée par une autre mutinerie. Gendarmes, soldats, gardiens de prisons et douaniers ont à leur tour fait résonner les armes dans les principales villes ivoiriennes, y compris Abidjan et Yamoussoukro. Ils revendiquaient à leur tour une augmentation de soldes.

Cette contestation a fait une victime parmi les soldats mutins. Le gouvernement a lancé un appel à l’apaisement. Après quelques jours d’accalmie, le cycle des mouvements d’humeur des hommes en armes a repris. Début février, ce sont les forces spéciales, une unité d’élite, qui ont à leur tour exprimé leur mécontentement en se mutinant elles aussi.

Le ras le bol de la population

L’exaspération des Ivoiriens vis-à-vis de ces mutineries à répétition est croissante. Les mutins ont tenté d’apaiser la colère de la population en demandant pardon. Certains reprochent aux autorités d’avoir cédé trop vite aux revendications des ex-rebelles.

Ce sentiment est partagé par un doctorant ivoirien de l’Université Jean Moulin de Lyon. « En cédant aussi facilement face à cette pression des militaires, le gouvernement sait pertinemment qu’il vient d’ouvrir la boite de pandore », estime-t-il. Pour lui, il se devait d’être ferme et ne pas céder face aux hommes en uniformes. Pour cela, il faudrait une armée nationale effective. « Pour le moment, déplore-t-il, la composition de l’armée même pose un grave problème. Il y a d’un côté les ex-FDS [force de défense et de sécurité, ndlr] qui sont marginalisées pour avoir soutenu l’ancien président Laurent Gbagbo et de l’autre côté les ex-rebelles qui ont soutenu Alassane Ouattara. Les deux forces qui constituent un ensemble hétéroclite se regardent en chiens de faïence ».

Une loi de programmation militaire étalée jusqu’en 2020 a été initiée par les autorités l’an dernier pour une refonte totale de l’armée.

Photo de bannière : crédit ONU (Flickr).

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