Covid-19 : une crise pour changer

La crise du Covid-19 est une crise sanitaire mondiale qui se transforme en crise sociale et humanitaire. Elle est en partie due à la mondialisation et à l’ultra-libéralisme. L’humain et les bouleversements qu’il a provoqué sur l’écosystème en sont la cause. Le Covid-19 ne serait-il pas la chance de sensibiliser un peu plus les esprits et de changer notre modèle économique en raison de son impact sur le climat ? Le défi climatique est un des grands défis macroéconomiques auxquels nous devons faire face. Il est impératif de mettre en place des changements structurels pour une évolution de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais comment cela est-il réalisable dans un monde de surconsommation et de maximisation du profit ?

Le confinement : un espoir pour la planète ?

Durant la période de confinement, la pollution a baissé en raison du ralentissement de nos activités économiques. L’utilisation des énergies renouvelables est en hausse. En revanche, la tendance est inverse pour les énergies fossiles, notamment à cause de l’arrêt des centrales thermiques de charbon. Les déplacements, notamment professionnels, ont été prohibés, et ont donc été remplacés par des vidéos conférences. Cela a permis une baisse importante du trafic. De plus, la consommation a fortement baissé en raison du confinement, et la population achète plus de produits locaux.

Cette baisse d’activité et de consommation a eu des effets directs sur la planète et ses espèces. En effet, certaines espèces réapparaissent. C’est par exemple le cas des tortues géantes au large des îles Galápagos.

Manifestation pour le climat

La population et les jeunes générations sont plus sensibles à la lutte pour la protection de notre environnement. Il y a une véritable prise de conscience concernant la transition écologique. Pour autant, il faut changer tout un modèle économique mondial ultra-libéraliste. Mais aussi des comportements néfastes pour la planète et ses espèces. La réorganisation après la crise sanitaire sera décisive dans son impact contre le réchauffement climatique et la lutte pour l’environnement.

Est-ce suffisant ?

Il est évident que ce n’est pas suffisant. Des experts comme Jean Jouzel expliquent que la baisse des émissions de gaz à effet de serre pendant la période du confinement ne sont pas suffisantes. La pollution a chuté fortement pendant le confinement. Une baisse de 60% des oxydes d’azote qui sont néfastes pour la santé a notamment été enregistrée. Pour autant, pour qu’il y ait un réel impact sur le changement climatique sur du long terme, il faut une adaptation de nos modèles économiques.

Le retour à la vie active ne signifiera-t-elle pas une reprise forte des activités polluantes ? Pouvons-nous être optimiste alors que nous sommes prisonniers de notre modèle économique qui se veut comme une maximisation du profit ? Pour réussir il faut impérativement arrêter de se complaire dans l’attentisme, et agir maintenant pour une vraie justice environnementale.

Les Etats et leurs gouvernements vont-ils prendre conscience de l’urgence de la situation et saisir la crise sanitaire comme une opportunité de changement ?

Les Etats, en raison d’une relance économique, vont sûrement oublier quelques engagements pour la lutte contre le réchauffement climatique. Le risque d’un retour en arrière est donc avéré. Et il est connu qu’après chaque grande crise, la reprise économique compte plus que les enjeux climatiques. Selon François Gemenne, spécialiste en géopolitique de l’environnement, dans une interview de France Inter, de nombreux pays vont en profiter pour remettre à plus tard les mesures prises contre le changement climatique.

En France, le Medef a déjà demandé un assouplissement des mesures environnementales. Aux Etats-Unis, l’EPA (Environnemental Protection Agency) a suspendu toutes les mesures concernant les sanctions environnementales pour les entreprises durant la période de confinement. Les nations devraient arrêter de penser égoïstement, et subventionner des projets pertinents qui ne vont pas à l’encontre des impératifs écologiques.

Cependant, l’urgence sanitaire peut servir d’exemple pour l’urgence climatique. Les différents Etats ont su trouver de l’argent pour financer et sauver divers secteurs d’activités. Il est primordial que ceux-ci investissent dans des secteurs qui prennent en compte les défis écologiques et la transition écologique. Cette dernière doit concerner tous les secteurs et notamment les valeurs de nos modes de vies. Le coût de ces actions n’est pas une excuse, comme le dit Nicolas Hulot : « On meurt du Covid-19, de la canicule, pas de la dette ».

Il est nécessaire de passer par une relance économique intelligente qui privilégie les secteurs attentifs aux défis écologiques et qui nous permettront de changer notre modèle de production par une relance verte. Les Etats sont tenus de soutenir les agriculteurs locaux et développer une agriculture biologique. Ils ont aussi la charge de rééquilibrer la balance d’importation et d’exportation en passant par une indépendance aux produits extérieurs, notamment ceux qui sont en contradiction avec nos règles sociales et sanitaires. Les stratégies de développement de nos pays ont à prendre en considération les enjeux de la biodiversité, car nous subissons déjà des coûts économiques et géopolitiques de nos comportements néfastes.

Les aides financières internationales ne devraient pas se contenter de donner aux pays pour qu’ils puissent effectuer une transition plus écologique. Les institutions ont la charge de les accompagner, et contrôler leurs investissements. Ces derniers doivent servir à la préservation de la biodiversité. Les gouvernements ont la responsabilité de mettre en place des réglementations, et des moyens pour contrôler celle-ci.

Les gouvernements devraient écouter les experts en biodiversité, et les organismes tels que l’IPBES (fondation intergouvernementale pour la recherche sur la biodiversité) et le GIEC. Il est aussi important que les gouvernements écoutent les spécialistes des sciences de l’évolution qui permettent l’anticipation de l’évolution des pathogènes.

Nous avons besoin que les politiques interdisent le tourisme lié aux espaces protégés, en raison de la destruction de la faune et la flore. L’augmentation des zones protégées est primordiale. Le commerce d’animaux sauvages doit aussi être stoppé. Par exemple, les cirques doivent être interdits et le commerce des tigres aux USA aussi. Rappelons qu’il existe plus de tigres en captivité aux Etats-Unis qu’en liberté dans le monde.

Enfin, les gouvernements ont l’obligation d’arrêter de prendre seulement des « mesures zéro ambition » comme les nomme l’économiste Robert Stavins, qui ne sont bien entendu pas suffisantes pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le Green Deal va-t-il survivre ?

Le Covid-19 est une opportunité à saisir pour relancer notre économie avec une « relance verte ». L’Union Européenne a adopté des mesures dont le montant s’élève à plus de 3 000 milliards d’euros pour aider les pays membres. De ce fait, cet argent peut être utilisé à bon escient dans des investissements “verts”.

L’Union européenne doit prouver son rôle, et ne pas donner raison aux pays comme la Pologne ou la République Tchèque qui demandent d’abandonner le Green Deal.

Comment changer notre mode de vie ?

La globalisation à outrance est un des facteurs qui mène à la pollution massive. En outre, il faut stopper la déforestation, le braconnage et l’élevage intensif. Il est donc nécessaire de penser un nouveau modèle pour produire et consommer de manière différente. Comme le dit l’expert Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC, il faut que les gouvernements relocalisent certains secteurs comme le textile. Pour cela, il convient de se doter de modes de productions alternatifs à nos pratiques, et nos activités économiques. A cet égard, la sauvegarde des espaces naturels et ruraux est primordial.

De surcroît, il faut renforcer les règles à l’international. Le protocole de Kyoto et le marché des droits d’émission négociables, au vu du faible prix du carbone, sont un échec. En conséquence, la mise en place d’une tarification internationale peut-être une solution. Sinon, il nous faut trouver des alternatives. Les engagements volontaires des pays, ratifiés durant la COP21, sont louables mais insuffisants. La pratique du greenwashing est beaucoup trop importante et les pays apparaissent moins pollueurs qu’ils ne le sont.

Les figures politiques comme Trump et Bolsonaro, climatosceptiques par arrangement, ne devraient pas être un frein aux autres Etats qui souhaitent mener des politiques vertes. La cohésion internationale doit faire face à des gouvernements comme celui de Trump. Ces gouvernements tiennent au marché du libre-échange, et doivent être sanctionnés par les taxes commerciales s’ils ne s’accordent pas pour l’écologie.

Enfin, les promesses que font les différents gouvernements devraient être tenues. Il est facile de s’engager et de paraître éco-responsable quand aucune contrepartie n’est demandée lorsque l’engagement n’est pas respecté.

Au bord d’une crise humanitaire et sociale

Le Covid-19 et le confinement ont provoqué une perte d’environ 300 millions d’emplois dans le monde. En conséquence, ces pertes d’emplois vont plonger le monde dans une crise humanitaire et sociale importante. A la fin du confinement, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pense que 5 à 25 millions de personnes ne retrouveront pas de travail.

Selon Oxfam, la crise sanitaire que nous vivons pourrait faire reculer de 10 à 30 ans le combat contre la pauvreté. Dans plusieurs pays, l’accès à l’eau, à l’électricité et à la nourriture n’est plus possible sans revenus. Par ailleurs, le Programme Alimentaire des Nations Unies (PAM) pense que le nombre de personnes touchées dans le monde par la famine va être doublé. Il atteindra donc 250 millions de personnes à la fin de l’année 2020.

Actuellement, les aides aux populations les plus pauvres du globe et aux migrants sont diminuées. Cette population va se voir impacter encore plus par la crise du Covid-19.

Guy Ryder, directeur général de l’organisation du travail dans une interview de Le Monde, prévient que la prochaine pandémie sera celle de la famine.

En somme, il va falloir œuvrer collectivement vers une transition économique et sociale en faveur du climat et de la biodiversité.

Un système financier en partie en cause

L’économie mondiale est régie par la finance qui fonctionne par des intérêts et des crédits. Le crédit permet de consommer ce que l’on ne peut avoir. Une croissance de crédits équivaut à une croissance de l’activité économique. Comme le dit Anice Lajnef, le crédit est un accélérateur de la consommation, ce qui crée une dette écologique. Notre système bancaire repose sur les crédits. Les banques sont dans l’obligation d’augmenter les crédits pour gagner des intérêts bancaires. Le problème est tel que sans crédits, les intérêts ne peuvent pas être payés. C’est ainsi qu’est provoqué l’effondrement du système bancaire.

La solution comme Anice Lajnef le dit, serait d’interdire la création de la monnaie par les banques commerciales « au moment de l’octroi d’un crédit ». Ce serait alors seulement le rôle des banques centrales seules. La création de la monnaie par les banques centrales devra aussi être équivalente à une croissance économique soutenable. Il faut aussi pousser aux investissements.

La banque, un acteur centrale du monde financier

Une économie du bien commun

Le changement climatique est, en économie, un bien commun. Les pays pensent égoïstement : ils attendent que les autres agissent ou ne pensent qu’à leurs intérêts. Chaque pays va être bénéficiaire des actions pour l’écologie qu’un autre pays va entreprendre. Inversement, chaque pays sera touché à cause des inactions d’un autre. Le Covid-19 en est un exemple type. Nous pouvons donc parler de tragédie de bien commun posé par Garrett Hardin, dans le cas du changement climatique.

Jean Tirole dans son livre « Economie du bien commun » (prix Nobel de 2014) cite le politologue Elinor Ostrom (prix nobel d’Economie de 2009), pour montrer que des mécanismes informels d’incitation et de sanction ne peuvent pas limiter les passagers clandestins à l’échelle mondiale. Pourquoi ? Car il n’existe pas d’institutions supranationales aujourd’hui pour faire « respecter une approche classique d’internalisation des coûts comme le propose la théorie économique pour gérer ce bien commun » apporte Jean Tirole. Et le problème est bien là, l’absence d’institution qui obligerait et sanctionnerait les pays qui ne respectent pas les règles de non-respect au développement durable est une aberration. Cependant, il serait utopique de penser que les pays se joindraient à cet effort.

Il est impératif d’accéder à un accord global pour la sauvegarde de la planète. Mais comment y parvenir ? De plus, comme Jean Tirole le remarque, les pays les plus pollueurs et émetteurs de carbone se retrouvent en position de force lors d’accords pour exiger de meilleures compensations.

Le bien-être social et le progrès auquel nous croyons avoir droit n’est qu’illusoire. L’alimentation industrielle pauvre et polluée, mais aussi les perturbations qu’elle entraîne ne peuvent être synonymes de bien-être et de progrès comme le remarque le père Serge Martin Ainadou.

La crise sanitaire actuelle : un avertissement qui ne doit pas être écarté

Comme le disent certains spécialistes comme Paolo Guidetti, c’est l’Homme qui est responsable de la situation actuelle. « C’est le besoin de plus de ressources alimentaires qui a incité les humains à envahir et détruire de nombreux habitats naturels pour créer des surfaces destinées à l’agriculture et à l’élevage intensif et industriel. Cela a exposé les animaux d’élevage, puis les humains, à des agents pathogènes jusque-là inconnus » déclare Paolo Guidetti dans une interview de Franceinfo.

La crise du Covid-19 a révélé les faiblesses de notre système, auxquelles nous allons devoir faire face. Nous dépendons les uns et des autres pour des choses basiques, et non moins vitales, comme la nourriture ou la santé.

Mais il faut impérativement que l’humanité se remette elle aussi en question. Comme le dit l’écologiste de la santé Serge Morand dans une interview de France Inter, c’est l’homme par son mode de fonctionnement qui a créé des « nouvelles conditions écologiques propices aux épidémies ». N’est-il pas ironique qu’une espèce menacée d’extinction à cause de l’Homme soit la raison d’une crise sanitaire qui a bouleversé notre mode de vie et tué autant de nos semblables ? Il faut que nous prenions pleinement conscience que notre santé est liée avec l’écosystème et les espèces.

Pangolins braconnés

Comme le CNRS (centre national de recherche scientifique) le fait remarquer, c’est la baisse de diversités des espèces et donc de la biodiversité qui rend la transmission des pathogènes et des maladies de plus en plus fortes. Ce sont les comportements humains intégrés à notre culture qui détruisent la nature. Le braconnage du pangolin n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

La crise actuelle n’est qu’un début pour certains scientifiques. D’autres épidémies vont apparaître si nous ne changeons pas notre façon de vivre, et si les gouvernements ne changent pas leurs politiques. Nous détruisons notre environnement, ce qui provoque des zoonoses. L’extinction de la biodiversité par la déforestation, la surpopulation, le changement climatique sont en cause. Il est établi que la déforestation entraîne des formes du paludisme en Asie. La diminution de la diversité génétique, en raison de l’extinction de certaines espèces et de la standardisation des espèces d’élevages, est aussi une des raisons de la multiplication des zoonoses.

Les deux tiers des maladies sont des zoonoses. Cela signifie que les pathogènes se transmettent des animaux aux humains et inversement. La plupart de ces zoonoses proviennent d’animaux sauvages braconnés. Depuis ces dernières années, le nombre de maladies est en forte hausse. En témoignent les maladies comme Ebola, le VIH, le H1N1… Ce n’est pourtant qu’une partie du problème puisqu’il existe aussi des perturbations climatiques.

Une anticipation insuffisante

Le monde globalisé dans lequel nous vivons favorise la transmission des pathogènes. Nous sommes en réaction aux épidémies. Une équipe de chercheurs chinois en 2007 avait déjà prévenu du danger de la consommation d’espèces exotiques comme le pangolin et des maladies respiratoires qu’elle entraînait.

C’est pourquoi la prévention en amont, avec la mise en place d’institutions écologiques de la santé, est primordiale. Il nous faut mettre en place des stratégies qui œuvreront à long terme. Il est impératif de développer notre savoir en biologie évolutive en finançant les programmes des scientifiques. Mais aussi d’ouvrir de nouveaux postes à la recherche et aux enseignants.

« One Health » : « un monde, une santé »

Notre santé est étroitement liée avec la biodiversité et l’environnement. L’initiative mondiale “One Health” contient trois objectifs principaux : une sécurité sanitaire alimentaire, la lutte contre les zoonoses et la lutte contre la résistance aux antibiotiques (antibiorésistance).

Il faut créer des circuits alimentaires sains et empêcher le braconnage des espèces, mais aussi l’utilisation de produits nocifs au sein des élevages. Il nous faut modifier nos modes de productions et de relations aux espèces. Nous devons arrêter de détruire les habitats naturels des autres êtres vivants.

La sauvegarde et la sécurité des dernières espèces sauvages et des espaces protégées est primordiale pour la biodiversité et la diminution des zoonoses.

La solution de planter 1200 milliards d’arbres n’est pas si simple et il ne faut pas négliger le microbiome.

Représentation graphique de “One Health”

Quels petits gestes pouvons-nous faire ?

Chacun d’entre nous produit en moyenne 600 kg de déchets par an. Nous devons arrêter de penser que les autres vont agir à notre place et d’être des passagers clandestins face aux défis climatiques. Notre régime doit devenir plus durable.

La sensibilisation des jeunes générations reste un enjeu important pour la sauvegarde de l’environnement.

Investir dans des actions vertes peut-être un moyen d’aider à la préservation de la biodiversité.

Nous devons nous questionner sur nos achats et notre surconsommation . Sont-ils véritablement nécessaires ? Devons-nous réellement acheter ou pouvons-nous passer par d’autres alternatives ? Nous pouvons louer les objets que nous n’utiliserons qu’une seule fois ou acheter d’occasion, par exemple.

L’achat en vrac est un des nombreux moyens pour en finir avec ces tonnes d’emballages. Les bouteilles en plastiques sont connues pour être très polluantes. Privilégier les bouteilles d’eau en verre ou utiliser une carafe d’eau à filtre est une très bonne alternative.

Pollution sur une plage

Nous pouvons éviter de jeter le papier après sa première utilisation pour s’en servir de brouillon mais également le recycler. Il est impératif de ne plus jeter ses déchets, mégots, gants et masques sur la voie publique.

Nos stocks d’emails polluent aussi. Supprimer les mails qui ne sont plus utiles serait un petit pas en avant.

De plus, privilégier les circuits courts serait bénéfique pour l’environnement, mais aussi pour l’économie. Acheter local et non plus dans les supermarchés pour les fruits et légumes serait aussi œuvrer pour la planète. Ou tout du moins, acheter français permettrait de moins polluer.

Il faudrait aussi manger moins de viande venue d’élevages intensifs et privilégier le charcutier de proximité.

Enfin, les moyens de déplacements sont aussi importants et nous devons utiliser des moyens de mobilités durables. Pourquoi ne pas faire un effort en ne prenant pas notre voiture pour aller chercher le pain qui est à 5 min de chez nous ?

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