Image d'illustration. Crédit Glen Carrie.

Le crowdfunding pour l’accès à l’eau

En Afrique, 90 % de la population mondiale détient l’accès à l’eau potable. Les 10 % restants sont majoritairement répartis au sud du Sahara. Le crowdfunding s’impose progressivement comme nouvelle solution face à ce problème. Décryptage.

De la Mauritanie à Port Elizabeth, les proportions d’individus n’ayant accès à l’eau potable sont très élevées. Illustration en infographie :

850 millions d’individus coupés de l’eau potable, 300 millions d’Africains

Depuis 1990, le continent a connu une véritable explosion démographique avec 400 millions d’habitants supplémentaires. Si cet accroissement peut être un atout, il s’est accompagné d’une augmentation du problème d’accès à l’eau. 612 millions d’Africains sont toujours dans la difficulté de se procurer de l’eau potable. Les problèmes sanitaires qui en découlent relèguent au second plan la volonté d’émergence sur la sphère internationale.

Les institutions internationales tentent d’apporter leur pierre à l’édifice de reconstruction. En 2010, le droit à l’eau potable est reconnu comme fondamental par l’Assemblée générale de l’ONU. Adoptés à New York en 2000, les huit « Objectifs du Millénaire » (Millenium Development Goals, MDG) avaient omis d’inscrire la problématique hydrique à la liste des questions majeures. Les MDG se substituent finalement en 2015 aux objectifs de développement durable, qui ne manquent pas de cibler le problème de l’eau. Si en Europe, les objectifs de résorption du stress hydrique ont largement été atteints, ce n’est pas le cas pour l’Afrique. Les résultats mitigés des politiques publiques insufflent le doute quant à l’efficacité de celles-ci. Thomas Kacou a choisi de creuser dans une voie bien différente…

« Proportion de la population mondiale avec un accès à l'eau potable, 2015 ». Crédit : données infographiques Google 2016 (http://www.wssinfo.org/data-estimates/maps/).

« Proportion de la population mondiale avec un accès à l’eau potable, 2015 ». Crédit : données infographiques Google 2016 (http://www.wssinfo.org/data-estimates/maps/).

It’s About My Africa, Sunwaterlife et un projet d’eau potable en Afrique

Ivoirien, titulaire d’un master en sciences politiques, et ancien lobbyiste, il a décidé d’allier numérisation et aide humanitaire. Les pays précédemment cités constituent les premiers bastions de son idée. Le pilier de sa stratégie est le crowdfunding, via sa plateforme It’s About My Africa. Le financement participatif est une façon de collecter des fonds afin de faire émerger un projet. Une opération radicalement opposée aux modes de financement classique.

Les contributeurs, via des dons plus ou moins conséquents, permettront de lever les fonds nécessaires. Au micro de France24, les ambitions de M. Kacou sont claires : « nous avons décidé, chaque année, de lancer un projet d’envergure qui répond à un grand problème de notre continent. Cette année, nous nous sommes penchés sur le cas de l’accès à l’eau potable ».

Très vite, la start-up Sunwaterlife, fournisseur d’équipements d’énergie solaire, rejoint le projet. Aqualink, son système de purification des eaux polluées, semble prometteur. Ses capacités seraient susceptibles de fournir 800 litres d’eau potable par jour en moins de 5 minutes. Cela pourrait profiter à une cinquantaine de familles. À la disposition d’hôpitaux de campagnes ou de régions reculées, il pourrait améliorer le niveau de vie dans les zones rurales.

S’il vise le milliard de dollars, M. Kacou fonctionne « par paliers ». Les 11 000 € récoltés ont permis des interventions dans 2 pays et un accès permanent à de l’eau potable à 1 000 personnes. Le palier de 100 000 € franchis, six pays et 10 000 personnes seront concernés. Les bénéfices sont ainsi d’ores et déjà palpables et concrets, ce qui incite à la poursuite du projet.

Le crowdfunding, démocratisation et outil d’avenir

It’s About My Africa n’est pas la seule initiative de ce genre. Plus ancien, KissKissBankBank, né en mars 2010, est à présent l’un des sites majeurs de financement participatif en Europe. Au Maghreb, Smala & Co entend être « un catalyseur d’énergie positive ». Fonctionnant sur le modèle du non-profit, il constitue, avec Cotizi, l’unique plateforme de ce type au Maroc.

Le crowdfunding semble vecteur de progrès, permettant à la fois de concrétiser, d’impliquer et de fédérer une communauté. Le continent africain devrait être peuplé de 2 à 3 milliards de personnes à la fin du siècle. Le financement participatif pourrait devenir un enjeu clé à ce défi démographique. La lutte de Thomas Kacou ne se limite pas à faciliter l’accès à l’eau. Elle veut également diffuser un état d’esprit. Pour introduire son teaser, la plateforme a d’ailleurs choisi de citer Nelson Mandela. « Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse ».

Photo de bannière : image d’illustration. Crédit Glen Carrie.

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