Crédit Marcelo Montecino (CC BY-SA 2.0).

Cuba : une histoire entre le marteau et l’enclume

TRADUIT PAR JUAN MANUEL HERNÁNDEZ

La révolution cubaine a été une réponse légitime vis-à-vis de la situation des années 1950 à Cuba. Les raisons sont-elles encore en vigueur ? Analyse suite à la mort de Fidel Castro.

La révolution cubaine, avant d’être socialiste, revendiquait une révolution nationale. « Le peuple cubain sait que le gouvernement révolutionnaire n’est pas communiste », affirmait Fidel Castro. La volonté d’autodétermination a marqué Cuba à partir du XIXème siècle dans chacune de ses sphères politiques. L’insurrection menée par Fidel Castro depuis la sierra Maestra contre le dictateur Fulgencio Batista, n’a pas échappé à cette tendance. Elle a mené à une deuxième indépendance, cette fois-ci par rapport aux États-Unis.

Les premiers pas du nouveau gouvernement, principalement à propos de la nationalisation et de l’exportation, se sont montrés rapidement incompatibles avec les intérêts des États-Unis. Dès 1959 et le triomphe de la révolution, des opérations militaires en vue d’envahir l’île avec le soutien de Washington ont débutées. On se souvient notamment de l’opération de la baie des Cochons.

Socialisme et indépendance, lutte similaire

Cuba a décidé dans ce contexte d’adopter pleinement le socialisme et s’est tourné vers l’Union soviétique. Se soumettre au soutien diplomatique, économique et militaire du bloc socialiste était l’alternative la plus simple à la disposition du pays caribéen pour maintenir son indépendance vis-à-vis des États-Unis. Ce choix se démarquait de ceux des régimes dictatoriaux de Porto Rico et la République dominicaine, qui se sont rangés derrière les États-Unis.

Fidel Castro et la révolution sont devenus garants du système politique socialiste : Fidel ou devenir une colonie des États-Unis… un choix entre le marteau et l’enclume. Washington a renforcée sa politique agressive, aboutissant à l’embargo commercial et au boycott diplomatique. 600 tentatives d’assassinat à l’encontre de Fidel Castro ont été recensées. L’opposition cubaine, conservatrice, s’est installée à Miami.

Pour entretenir l’esprit de la révolution, la résistance est devenue un récit accablant sur le rôle du géant étasunien dans les pénuries économiques qu’a subi l’île. Cet argument a permis de justifier le monopole du pouvoir par Fidel Castro. Même si cela semblait alors plus réellement nécessaire.

Le régime révolutionnaire est-il encore nécessaire ?

Les motivations d’origines du leader cubain peuvent paraître légitimes. Pour la plupart des Cubains, il s’agissait d’une question de justice. Ils voulaient s’émanciper en se débarrassant de Batista. Il y avait aussi la volonté d’améliorer les conditions sanitaires et le système éducatif. Une certaine reconnaissance de ces volontés est présente encore aujourd’hui dans les institutions politiques.

Ces 50 dernières années, des changements ont eu lieu, brouillant les origines de la révolution. L’avenir de Cuba appartient désormais à ceux qui ont vu le jour après la fin de la guerre froide. Le peuple cubain est sorti de l’analphabétisme et de l’extrême pauvreté. Les relations avec l’Occident progressent. Le phénomène de mondialisation a permis une ouverture touristique et un développement du commerce. Le protectionnisme semble alors perdre en légitimité, tout comme l’absence d’un véritable pouvoir populaire.

Le combat entre le marteau et l’enclume n’est plus d’actualité. Le peuple cubain semble prêt. Les conditions sont favorables pour un processus constituant. Un nouveau Cuba pourrait naître.

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