Data : ce que l’on ne devrait pas donner

« Accepter les cookies », « accepter les conditions générales d’utilisation ». Tous les jours, nous les acceptons mais rares sont ceux qui les lisent, ou qui s’interrogent sur ces fameux cookies ou conditions. Pourtant en regardant de plus près, vous seriez étonnés de voir à quel point nos petits appareils technologiques récoltent nos données.

A votre avis, combien de données sont échangées en une seconde dans le monde ? Le nombre est de 29 000 Gigaoctets (Go) ce qui équivaut au téléchargement de 5 saisons de Breaking Bad. Un flux continu de données est échangé en permanence dans le monde sans qu’il soit visible à l’œil nu. Mais la quantité et l’usage qui en est fait n’est pas négligeable, à tel point que nos données instaurent une nouvelle économie.

Les Data

Ces données, qualifiées en anglais de « Data », sont utilisées « dans le secteur des télécommunications pour qualifier les données qui peuvent circuler par un réseau téléphonique ou un réseau informatique, hormis les données vocales ». La télécommunication suppose l’usage des nouvelles technologies : réseaux sociaux, internet, smartphones, … Le nombre impressionnant de données échangées en une seconde explique donc pourquoi les firmes transnationales les plus puissantes sont les GAFAM (Google, Apple, FaceBook, Amazon et Microsoft). Ainsi dans une vie de plus en plus dématérialisée, un nouvel espace a été créé, parfois plus utilisé que l’espace terrestre : c’est le cyberespace, l’espace numérique ou encore l’espace virtuel.

Nos données, le pétrole du XXIe siècle ?

Les sites internet, les réseaux sociaux … nombreuses sont les plateformes qui collectent nos données personnelles. Mais elles ne font pas que les collecter, elles les exploitent et les revendent parce que nos données valent chères, de 6$ pour une carte bancaire française à 220 $ pour un compte personnel twitter.

Ce sont donc les grandes entreprises technologiques et notamment les réseaux sociaux comme Facebook qui s’enrichissent en vendant nos données. Les algorithmes des réseaux sociaux sont prévus afin qu’il nous soit difficile de nous passer de ces derniers en nous proposant un contenu toujours plus ciblé en fonction de ce que l’on consulte. Le film, Derrière nos écrans de fumés, explique ce processus, grâce au témoignage d’anciens employés de réseaux sociaux. Il est très difficile de retirer les données partagées : c’est une action quasiment irréversible. Le professeur David Carroll a demandé qu’on lui rende ses données personnelles. Cette demande a abouti à un échec. La liste est longue des types de données récupérées, de votre filtres préférés à vos croyances religieuses, en passant par les évènements auxquels vous participez. Même vos opinions politiques sont récoltés!

Nos droits en danger ?

Le scandale Cambridge Analytica en est le plus bel exemple. Cette entreprise qui collaborait avec Facebook est soupçonnée d’avoir influencé des électeurs lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 afin de discréditer Hillary Clinton. Facebook permettait de connaître les personnes indécises dans leurs choix politiques, et qui étaient donc susceptibles d’être influencées. Par la suite, des fake news leur étaient proposées sur les réseaux sociaux afin d’influencer leur choix. Il en aurait été de même avant le référendum sur le Brexit en Grande Bretagne en 2016. Cambridge Analytica aurait donc influencé une partie de la population grâce à leurs données personnelles. Comme l’a souligné Carole Cadwalladr, journaliste d’investigation britannique, la question ne relève plus du clivage politique droite/gauche mais du maintien même de nos démocraties « Est-il possible d’avoir à nouveau des élections libres et justes ? ». Une solution ? L’instauration de normes pour protéger nos données personnelles pourrait en être une.

Un nouvel espace à réglementer

Selon Thierry Breton, commissaire européen, comme tout espace nouvellement exploité par l’humain, le cyberespace n’est pas encore réglementé. Cela demande un certain temps. En décembre 2020, l’Union européenne (UE) a présenté deux projets de règlementation afin d’organiser, de prévenir et de réprimer l’espace économique pour les grandes plateformes en ligne. Le règlement sur les marchés numériques et le règlement sur les services numériques ont pour objectif de donner des obligations de moyens et de résultat aux firmes numériques transnationales. L’UE a donc une volonté de contrôler davantage les activités des puissants du numérique afin de protéger nos données et la concurrence économique. Cependant, le processus législatif est long par rapport à la vitesse des innovations technologiques. Cet espace reste encore une « zone de non droit » selon Thierry Breton.

Alors c’est à toi, lecteur informé de réfléchir à deux fois avant d’accepter les cookies ou de traîner trop longtemps sur les réseaux sociaux !

Crédit images : site Canva

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