Denis Mukwege, portrait d’un homme dévoué

Depuis 1983, le docteur Mukwege est un défenseur des droits de l’Homme, mais surtout de ceux de la femme. Depuis trente ans, ce médecin et pasteur évangélique congolais vient en aide aux femmes  victimes de violences sexuelles. Son travail à l’hôpital de Panzi, situé à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) a été récompensé par plusieurs prix, dont un Prix Nobel de la Paix en 2018.

Le parcours de Denis Mukwege

Denis Mukwege a huit ans lorsqu’il voit son père prier pour un petit garçon malade. C’est là qu’il trouve sa vocation. En effet, il se spécialise en pédiatrie au cours de ses études. Il rédige d’ailleurs une thèse sur la vaccination des nouveaux-nés contre l’hépatite virale B. Il obtient son diplôme à la faculté de médecine du Burundi en 1976. Il commence à travailler dans l’hôpital de Lemera, puis en devient le directeur. Il y soigne principalement des enfants, et des femmes dans un état grave. Comprenant qu’il faut que les femmes soient en bonne santé pour limiter la mortalité infantile et maternelle, il part de la RDC pour aller en France. Grâce à une bourse, il passe plusieurs années à étudier la gynécologie obstétrique à Angers.

Par la suite, le docteur Mukwege revient en RDC où il ouvre une école de sages-femmes et d’infirmiers. Mais sept ans plus tard, lors de la première guerre civile en RDC, l’hôpital est détruit. Certains de ses collègues meurent. Cette situation le pousse à se réfugier à Nairobi, au Kenya.

Il mettra deux ans à recommencer à exercer ses fonctions. A son retour en RDC, il construit en 1999 l’hôpital de Panzi. Initialement  fondé pour aider les femmes à accoucher, la réalité devient tout autre. Suite à la deuxième guerre civile en RDC où des viols de masse se produisent, il s’occupe principalement de femmes qui subissent des viols ou des mutilations génitales. A ce jour, il a soigné plus de 50 000 femmes.

Qu’est ce qui a provoqué cette situation ?

Pour comprendre le travail de Denis Mukwege, il faut le replacer dans son contexte politique. La guerre qui sévit à Béni (nord-Kivu du Congo), met au centre les femmes congolaises. Les milices rebelles profitent du manque de contrôle politique du gouvernement dans cette guerre pour piller les ressources. De plus, au Sud-Kivu, les conflits inter-communautaires pullulent, ce qui renforce l’instabilité de cette région.

A cause du génocide au Rwanda de 1994, près de 1.2 million de Hutus rwandais fuient vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu (dont des participants au génocide). Deux années plus tard, l’AFDL, dirigée par Laurent- Désiré Kabila renverse l’ancien président du Zaïre (aujourd’hui la RDC), Mobutu, au terme de la première guerre de Congo. Cependant, une deuxième guerre sévit de 1998 à 2002, à cause du chaos causé par la première. C’est alors que le pillage des pays qui soutenaient Laurent-Désiré Kabila (le Rwanda, l’Ouganda et le  Burundi) commence vers la fin des années 1990.

Les ravages des conflits armés en République Démocratique du Congo. Permet de comprendre le contexte politique dans lequel le Docteur Mukwege exerce.

Par conséquent, depuis que les guerres ont envahi cette zone du pays, des groupes armés (militaires congolais, rebelles rwandais, ougandais etc.) profitent de l’insécurité de cette région. Ils y commettent des crimes de guerre, notamment des viols.

La communauté internationale n’a toujours pas réagi face à ce conflit, qui est le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. L’ONU a déployé la MONUSCO, en 2010 qui est une mission de protection pour les civils de Béni. Cependant, elle est critiquée pour son manque d’efficacité.

La mission de Denis Mukwege

Denis Mukwege souhaite guérir intérieurement et extérieurement les femmes victimes de viol. Dans le documentaire Congo, un médecin pour sauver les femmes d’Angèle Diabang, il expose sont point de vue sociologique sur la question du viol, qui détruit la structure familiale : « Il est très difficile de comprendre comment le viol peut être utilisé comme une arme de guerre. Vous violez une femme en face de sa communauté ce n’est plus tout simplement un acte physique […] c’est aussi un acte mental pour les gens qui assistent à cet acte barbare de façon impuissante. Ces personnes perdent leur identité. Les enfants ne se sentent plus enfants ; le mari ne se sent plus homme, il n’est plus le mari de cette femme qui a été violée en public. La femme, a le sentiment qu’elle n’est plus la mère ».

Pour guérir ces femmes, Denis Mukwege leur apporte des soins holistiques. La thérapie holistique englobe toutes les particularités de l’être humain, le but étant d’apporter à la personne soignée un bien-être spirituel, mental, émotionnel et physique. De plus, il aide ces femmes à se réintégrer à la société après les épreuves qu’elles ont subies. Il soigne principalement des femmes mais il a déclaré avoir déjà soigné un bébé qu’il a trouvé, comme sa mère, violé.

Denis Mukwege est aussi à la tête de la Fondation Panzi, créée en 2018 pour soutenir les femmes victimes de crimes sexuels. Deux ans plus tard, il fonde La cité de la joie, refuge qui permettra à environ 100 femmes en convalescence de s’y installer afin de se reconstruire.

Denis Mukwege, une voix pour ceux qui sont dans l’ombre

Au niveau international, Denis Mukwege est salué pour son travail. Il a remporté plusieurs prix, dont le Prix Sakharov, le prix de l’ONU pour les droits humains, ainsi que le prix Nobel de la Paix en 2018. En 2009, il a été décoré Chevalier de la légion d’honneur par la France.

Denis Mukwege utilise aussi sa reconnaissance internationale pour dénoncer les crimes qui se déroulent en RDC. Cela a par exemple été le cas au Prix de la Fondation Chirac à Paris en 2013, ou lors de son discours pour l’obtention de son prix Nobel de la paix à Oslo en 2018. Il ne craint pas d’exposer ses positions politiques vis-à-vis de son pays. En 2018, il a appelé les congolais à lutter pacifiquement contre le régime de Joseph Kabila, ancien président de la RDC. Les thèmes que Denis Mukwege évoquent lorsqu’il prend la parole sont : la guerre qui se déroule en RDC, les viols à l’est de la RDC, les massacres qui sont passés sous silence dans certains villages congolais, ainsi que le manque de réaction internationale face à la situation. Son Twitter a d’ailleurs été créé pour dénoncer principalement ce qui se déroule en RDC.

Des réactions polarisées face à cet homme

Même si le docteur Mukwege est félicité pour son travail, il a subi à de nombreuses reprises des attaques de la part de ses opposants. En 2012, il subit une tentative d’assassinat à son domicile. En réaction à cette attaque, Denis Mukwege s’envole vers le Burundi avant de partir se réfugier en Belgique. Il revient quelques mois plus tard au Congo, en janvier 2013. Il vit alors dans son hôpital de Panzi qui sera pendant quelques temps protégé.

Le rayonnement international du docteur dérange les autorités congolaises. Au mois de juillet 2020, il déclare qu’après avoir dénoncé le massacre dans le village de Kipupu, il a reçu des menaces. C’est alors que certaines institutions tirent la sonnette d’alarme, et appellent à le protéger. Le 18 août, l’ONG Physician for Human Rights (PHR) a demandé à la MONUSCO d’assurer sa protection, et celle de l’hôpital Panzi à Bukavu.

De plus, le 21 août, Felix Tshisekedi, président de la RDC, a poussé le gouvernement à prendre des mesures draconiennes pour la protection de Denis Mukwege. Un jour plus tard, le gouvernement congolais a décidé d’ouvrir une enquête et de mettre en place des mesures pour sa sécurité. Peu à peu, son cas commence à prendre de l’ampleur.

Le 28 août, l’ONU réagit aux menaces de mort à l’encontre de Denis Mukwege. Depuis le 9 septembre, la MONUSCO assure la protection des malades et du personnel de l’hôpital de Panzi grâce à la signature d’une pétition. En espérant qu’une telle protection  permettra à Denis Mukwege de poursuivre son combat.

Vous aimerez aussi