Des milliers de morts pour rien ? Arménie VS Azerbaïdjan

« Après l’horreur, Après la peur, Dieu soignera ton sol meurtri, Pour toi Arménie » chantait le plus célèbre des Arméniens, Charles Aznavour. Les paroles rappellent les événements désastreux dont le monde a été témoin entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Tout cela… pour rien ? 

En regardant une carte d’un peu plus près, il est possible de remarquer que l’Azerbaïdjan possède un bout de territoire en Arménie.  La guerre entre les deux pays du Petit Caucase en Asie Occidentale a coûté la vie à des milliers de citoyens arméniens et azerbaïdjanais. Cette guerre n’a pas été déclenchée pour une différence de religion, d’ethnie ou de culture, mais principalement pour le contrôle d’une région… où il n’y a rien, et dont l’enjeu stratégique est minime.

La cause étrange du conflit

Ce conflit est l’un des problèmes les plus complexes de l’histoire politique internationale du XXe siècle. Les deux pays ont été sous le contrôle de l’URSS pendant la Guerre Froide. Ils sont assez proches l’un de l’autre, ce qui pourrait laisser penser qu’ils entretiennent de bonnes relations. Bien au contraire, Arméniens et Azerbaïdjanais, sans exagération, se haïssent. Se détestent-ils pour une question religieuse ? Culturelle ? Idéologique ? Ou encore à cause des ressources naturelles que l’un d’eux possède ? En réalité, aucune de ces raisons n’est à l’origine du conflit. Il existe bien une différence religieuse : l’Azerbaïdjan est à majorité musulmane alors que l’Arménie est chrétienne. Pourtant, ce n’est pas la raison de la haine entre les deux nations. 

La pomme de discorde est en réalité surprenante. Il s’agit d’un morceau de territoire situé à l’Ouest de l’Azerbaïdjan : le Nagorno-Karabakh. Il serait naturel de penser que cette région représente une importance stratégique notable, ou comporte des ressources naturelles convoitées par les pays voisins. Pourtant, la région Nagorno-Karabakh, de 140.000 habitants dont 90% parlent arménien, n’est qu’une vaste étendue sans intérêt majeur. Du point de vue géopolitique, l’Arménie revendique ce territoire, mais officiellement il appartient à l’Azerbaïdjan. Aujourd’hui le conflit perdure encore. Cependant, la possibilité d’un accord de paix a été entrevue en février 2020 à la Conférence de Munich sur la Sécurité. Existe-t-il finalement une solution au conflit ? 

Une histoire de guerre 

A qui appartient le Nagorno-Karabakh à l’origine ? En réalité, cela dépend à qui vous le demandez. Dans les années 1920, le petit Caucase était habité majoritairement par des Arméniens. L’arrivée de Staline a divisé la région en trois Républiques socialistes sous le contrôle de l’URSS : la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il a décidé de donner le Nagorno-Karabakh à l’Azerbaïdjan, sans se référer aux groupes ethniques ou aux revendications nationalistes des habitants. Lors de l’effondrement du bloc soviétique en 1991, un référendum arménien sur la question du Nagorno-Karabakh a eu lieu. Cet événement marque les débuts de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie qui s’est terminée en 1994. 

Le conflit a coûté la vie à plus de 30.000 hommes et a entraîné la déportation d’un million de personnes. La guerre est, dans les faits, remportée par l’Arménie. Cependant, la région du Nagorno-Karabakh, qui sera aussi appelée République de l’Artshak, revient officiellement à l’Azerbaïdjan. Pourtant, la langue, la monnaie et même les banques demeurent les mêmes qu’en Arménie. 800.000 Azerbaïdjanais qui y vive doivent quitter la région après la victoire de l’Arménie.

Les relations entre les deux pays se sont détériorées, jusqu’à porter des discours comparables à ceux des Nazis envers les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, en 2005, le Maire de Baku – capitale de l’Azerbaïdjan – Hajibala Abutalybov, a fait la déclaration suivante : « Notre objectif est l’élimination complète des Arméniens. Vous les Nazis, vous avez bien éliminé les Juifs dans les années 1930 et 1940, n’est-ce-pas ? Vous devriez nous comprendre ». Le président actuel de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, n’est guère plus modéré dans ses propos. Il a effectivement déclaré : « Nos principaux ennemis sont tous les Arméniens du monde ainsi que les hypocrites et les politiciens corrompus sous leur contrôle. »

 

Ilham Aliyev, le Président de la République d’Azerbaïdjan depuis 2003 

Résoudre le conflit ?

L’Arménie est l’un des rares pays dont le nombre de citoyens à l’étranger est supérieur au nombre de citoyens arméniens dans le pays : 10 millions contre 3 millions. Ce phénomène est en partie dû à la très forte corruption politique et à la situation économique désastreuse en Arménie. Le Premier ministre Arménien, Nikol Pashinyan, appelle à une réunification entre l’Arménie et le Karabakh. Sa position politique n’est pas surprenante. En revanche, il est le seul Premier Ministre à ne pas être né dans la région Karabakh et à être un véritable outsider dans l’élite arménienne. Sa popularité marque un moment opportun pour une négociation de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

 

Nikol Pashinyan, le Premier Ministre de l’Arménie depuis 2018

En février 2020, la Conférence de Munich sur la Sécurité devient une étape importante de résolution du conflit. Pour la première fois, le Premier ministre arménien et le président de l’Azerbaïdjan se sont rencontrés, de quoi symboliser un nouveau rapport pacifiste entre les deux nations. 

La discussion publique entre Nikol Pashinyan et Ilham Aliyev n’a pas été la plus chaleureuse que l’histoire des relations diplomatiques ait connue. De même, le conflit ne s’est pas totalement résolu lors de la conférence. En revanche, cette discussion a été le point de départ d’un nouveau rapport, qui laisse entendre qu’une paix est possible entre les deux pays. Après des décennies de guerre et d’affrontement, la seule voie possible pour la paix était celle d’un échange en face-à-face, assis autour de la même table.

Nikol Pashinyan (à gauche) et Ilham Aliyev (à droite), discutant du Nagorno-Karabakh lors de la Conférence sur la Sécurité de Munich en février 2020

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