Deuxième vague de persécutions contre la communauté LGBT en Tchétchénie

Le 14 janvier dernier, l’ONG Russia LGBT Network confirmait une nouvelle vague de persécutions envers les personnes LGBT en Tchétchénie : détentions illégales, tortures, humiliations, exécutions, appels aux meurtres – le tout orchestré par les forces de l’ordre. Les associations de défense des droits de l’homme dénoncent le manque d’action de la communauté internationale et appellent la Russie à prendre ses responsabilités.

Depuis décembre 2018, 40 personnes homosexuelles, ou perçues comme tel, ont été arrêtées en Tchétchénie selon la dernière mise en garde d’un comité d’experts des Nations гnies. Il ne s’agit pas du premier avertissement adressé au pays. En avril 2017, le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme exhortait la Russie à « clarifier » ce qu’avançait alors le journal russe Novaya Gazeta à propos de la purge qui avait débuté quelques mois plus tôt. Pour rappel, la Tchétchénie est une république constitutive de la Russie et son leader est un ami proche du président Poutine.

Ramzan Kadyrov, à la tête du pays, nie jusqu’à l’existence même de personnes homosexuelles parmi la population tchétchène. Cette réaction donne lieu à un dialogue de sourd avec la communauté internationale. Alvi Karimov, son porte-parole, a déclaré que « s’il existait de telles personnes en Tchétchénie, les forces de l’ordre n’auraient rien à faire car leurs proches les enverraient quelque part où aucun retour n’est possible ». En effet, quand les victimes ne sont pas torturées et/ou emprisonnées dans des prisons secrètes, après avoir été piégées par la police, elles sont tuées pour sauver l’honneur de la famille.

Visiblement mis en difficulté par David Scott, au cours d’une interview pour HBO Real Sports, le leader tchéchène se défend « d’avoir ce genre d’individus [dans son pays] ». « Si c’est le cas, emmenez-les au Canada […] pour purifier notre sang. […] Ce sont des démons. Ils sont à vendre. Ce ne sont pas des personnes » poursuit-il.

Un « climat d’impunité » qui s’installe

La première vague, en avril 2017, avait suscité l’indignation et avait profité d’une large couverture médiatique. Le sujet s’était même immiscé dans la campagne présidentielle française – malgré le silence des candidats Fillon et Le Pen. Il s’était invité dans le début public avec l’apparition du #Chechnya100, des pétitions, des rassemblements, la création de l’association Urgence Tchétchénie (devenue depuis Urgence Homophobie)…


Face à une situation qui se répète, la communauté internationale cherche à maintenir la pression sur la Russie. Le département des affaires étrangères américain, dans un communiqué, « appelle la Russie à se montrer à la hauteur de ses obligations et engagements internationaux, et de sa constitution ». Alan Duncan, chef de la diplomatie au sein du gouvernement britannique, estime quant à lui qu’il « ne devrait pas y avoir de climat d’impunité pour ceux qui commettent ces violences » et a déclaré que « [le Royaume-Uni] et la communauté internationale ont, à maintes reprises, exigé que le gouvernement russe demande des comptes à ceux qui sont responsables de violations des droits de l’homme ».

Une Russie peu encline à collaborer

Alors que justice n’a toujours pas été rendue pour les violences de 2017, les ONG déplorent l’absence d’enquête officielle. À la suite des nombreuses questions restées sans réponses, 15 états-membres de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont la France, ont déclenché le « Mécanisme de Moscou ». Ironie du sort. Il s’agit « d’une méthode permettant de renforcer le respect des droits de l’homme, des libertés fondamentales, de la démocratie et de l’État de droit par le dialogue et la coopération ». Concrètement, elle consiste à déployer une mission d’enquête dont l’objectif est de « rédiger un rapport sur des violations graves présumées des droits de l’homme ».

En parallèle, le président du réseau Russia LGBT, Igor Kochetkov, a déposé plainte auprès du Comité d’enquête de la Fédération de Russie. Il a pointé du doigt, nombreuses preuves à l’appui, la détention illégale d’au moins 14 personnes dans un commissariat et dans un bâtiment du ministère de l’Intérieur à Grozny, la capitale. « Les détenus ont été sévèrement battus, abusés sexuellement, torturés avec des courants électriques. On les a également forcés à signer des documents vierges ». Le réseau se charge également d’évacuer les victimes, mission de plus en plus difficile alors que leurs tortionnaires les privent désormais de leur passeport. Depuis avril 2017, le réseau a exfiltré 150 personnes, dont 130 ont trouvé refuge en Russie.

Faute de taper véritablement du poing sur la table, il est difficile d’imaginer une issue durable à ces persécutions. Surtout face à la rhétorique derrière laquelle se cache les officiels tchétchènes, tels que Dzhambulat Umarov, ministre de l’Intérieur: « En tenant compte du fait que les gays ont une imagination maladive de base, je ne suis pas surpris qu’ils puissent écrire des absurdités pareilles ».

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