Crédit Anton von Warner (1843-1915).

DOSSIER SPÉCIAL ALBANIE | De San Stefano à Berlin, l’infortune albanaise

Pendant deux semaines, notre journaliste albanais Leon Mollaj vous emmène à la découverte de son pays d’origine. Immergez-vous au cœur de cette nation méconnue des Balkans. Aujourd’hui, nous revenons sur un vieux contentieux entre l’Albanie vis-à-vis des puissances européennes : le traité de San Stefano et le congrès de Berlin.

Après la mort de Gjergj Kastriot en 1468, puis de Lek Dukagjin en 1481, l’Empire ottoman s’appropria les territoires albanais. Mais la région ne trouva pas la paix, à cause des nombreuses tentatives de révoltes contre l’armée ottomane.

Dans les années 1860, l’Albanie fut divisée en quatre vilayets [les divisions de l’Empire ottoman, ndlr] : Kosovo, Shkodra, Janina et Monastir. Cette division reflète la volonté ottomane de donner plus d’autonomie à ses régions dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

« une trahison des grandes puissances »

Dans cette même optique, le 3 mars 1878, les empires russe et ottoman s’accordèrent à San Stefano sur une nouvelle carte des Balkans. Dans celle-ci, des territoires albanais furent cédés à la Bulgarie, au Monténégro, à la Grèce et à la Serbie. Trois mois plus tard, des musulmans d’Albanie se réunirent pour former la ligue de Prizen [ville actuellement au Kosovo, ndlr]. Elle s’opposa à la décision de San Stefano et réclama la création d’un État albanais autonome. Une révolte d’émancipation contre l’Empire ottoman débuta.

Le territoire albanais s'étendait sur le Monténégro, la Serbie, le Kosovo, la Macédoine et la Grèce. Licence CC-BY-SA-3.

Le territoire albanais s’étendait sur le Monténégro, la Serbie, le Kosovo, la Macédoine et la Grèce. Licence CC-BY-SA-3.

Le congrès de Berlin du 13 juin 1878 avait vocation à examiner le traité de San Stefano. Six grandes puissances européennes y prirent part : l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche-Hongrie, la France, l’Italie et la Russie. Des nations des Balkans furent également convoquées : la Serbie, la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, le Monténégro, mais aussi la ligue de Prizren. Cette dernière envoya une délégation, plaçant un certain espoir de reconnaissance sur le congrès.

En dépit des revendications d’Abdul Frashëri, leader de la ligue, l’indépendance albanaise ne fut pas prise en compte. Le chancelier Bismarck, président du congrès, refusant d’inscrire la question à l’ordre du jour. Il se serait justifié brutalement par « il n’y a pas de nation albanaise ». Le traité de San Stefano de 1878 est perçu par les Albanais comme une trahison des grandes puissances de l’époque. Cette frustration est d’autant plus grande que l’Albanie bloquait depuis des siècles l’avancée ottomane en Europe.

35 ans pour obtenir la reconnaissance

Les intérêts spécifiques de chaque puissance ne s’accordaient pas avec la requête albanaise. La Grande-Bretagne et l’Autriche-Hongrie cherchaient à renforcer leurs positions en Europe orientale en diminuant au maximum les avantages de la Russie. Cette dernière au contraire souhaitait renégocier le traité pour des conditions plus favorables. L’Allemagne soutenait l’Autriche-Hongrie pour neutraliser la Russie. L’Italie voulait affaiblir les positions austro-hongroises dans les Balkans.

Le peuple albanais connut alors des guerres quasi-constantes contre ses voisins jusqu’en 1912. Le 28 novembre 1912, à Vlora, l’indépendance de l’Albanie fut autoproclamée. La Grèce attaqua par le sud, la Serbie par le nord et le Monténégro assiégea Shkodra. Ces conflits furent sanglant : de nombreux crimes contre la population civile eurent lieu, tuant beaucoup d’enfants et de femmes.

L’indépendance fut reconnue un an plus tard à l’international. Ses frontières furent définie lors de la conférence des ambassadeurs à Londres. Les frontières établies représentaient la moitié du territoire revendiqué. La zone fut placée sous protectorat de l’Italie et de l’Autriche-Hongrie.

Peinture en bannière par Anton von Warner (1843-1915).

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