Élections européennes : la Hongrie face au « système »

La formation souverainiste du Fidesz, récemment suspendue du Parti populaire européen (PPE) vient de lancer sa campagne pour les élections européennes qui se tiendront le 26 mai prochain. Un discours anti-migrants et anti-Bruxelles qui rejette les élites traditionnelles et la démocratie libérale.

Une droite qui se durcit

Ce lancement de campagne européenne fait écho au virage radical à droite qu’a pris la Hongrie cette année. Le 8 avril 2018, lors des élections législatives, la coalition de droite populiste et nationaliste qui dirige le pays est maintenue au pouvoir par une victoire (48,5%) du Premier ministre Viktor Orban et de son parti le Fidesz. Il devient le seul à remporter trois fois de suite des élections dans le pays en tant que chef de gouvernement.

Par cette large victoire, il obtient la majorité des deux tiers du parlement, mais confirme surtout l’inquiétude grandissante d’un électorat sur les questions d’immigration et d’islam. Le Fidesz avait en effet axé toute sa campagne sur ces deux thèmes en associant notamment migrants et terrorisme. Depuis, Orban a multiplié les réformes radicales à l’exemple de la loi travail autorisant les employeurs à exiger 400 heures supplémentaires à leurs salariés. En réponse, depuis le 12 décembre, des milliers de hongrois sortent dans la rue pour protester contre ce qu’ils désignent comme « loi d’esclavage ».

La culture et l’enseignement supérieur ont également été affectés de cette politique par l’interdiction des études de genre, considérant le féminisme et les droits des minorités sexuelles comme des courants de pensée contraires à la normalité. La politique sociale menée par Viktor Orban est en contradiction avec les valeurs chrétiennes qu’il pense défendre ; elle est impassible et s’est endurcie à l’encontre des plus fragiles et d’une partie de la population menacée par la misère. C’est  dans ce contexte que pour la première fois de son histoire, le 12 septembre dernier le Parlement européen a activé l’article 7 du traité sur l’Union européenne pour « risque clair de violation grave de l’État de droit », permettant de punir un État bafouant les valeurs de l’institution.

Voir aussi | Viktor Orban : divorce politique au Parlement européen

« Arrêter l’immigration et préserver notre culture chrétienne »

Le vendredi 5 avril, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a présenté la campagne du Fidesz pour les élections au Parlement européen. Dans son discours prononcé  lors du salon parlementaire, le Premier ministre s’est vivement attaqué à Bruxelles et à sa politique qu’il juge en dehors de la réalité.

Il s’appuie également sur la crise migratoire qu’il place au cœur de son argumentaire et qu’il expose dans sept mesures importantes. Un sujet logique dans une Union européenne qui n’est pas parvenue à mettre en place une politique commune d’accueil des migrants. Ces derniers constituent aussi bien une menace identitaire qu’économique pour le leader du Fidesz.

Dans une Europe où les inégalités se creusent et les difficultés économiques s’accentuent, le rejet du multiculturalisme et l’ultranationalisme trouvent leur place. « C’est la civilisation chrétienne qui est en jeu », déclare le chef du gouvernement en parlant du 26 mai. Dans son discours, il explique que les vagues migratoires sont soutenues par Bruxelles et qu’aucune mesure n’est prise pour faire face à cela. C’est dans ce sens que le prochain scrutin européen constitue une réelle préoccupation pour le gouvernement hongrois : celle de défendre ses propres intérêts.  « L’enjeu sera de déterminer si l’Union aura des dirigeants pro-immigration ou des dirigeants anti-immigration. »

Une Europe sans Bruxelles

Dénoncer « l’élite bruxelloise », celle vivant en dehors des réalités historiques, culturelles, démographiques et géographiques, c’est ce que Viktor Orban assume dans son discours. Il met en opposition l’attachement de son pays et de son peuple à l’Union européenne et cette « gouvernance » de Bruxelles qui s’en prend aux pays d’Europe centrale.

Jean-Claude Juncker, dirigeant de la Commission européenne, en prend pour son grade ; il est désigné comme le responsable de la crise du Brexit, de l’invasion migratoire et du conflit grandissant entre l’Europe centrale et l’Europe occidentale. Le chef du gouvernement regrette « la grande âme et le petit corps » que l’Union européenne avait au moment de sa formation. Un propos appuyé par une rhétorique anti-élite qu’il associe constamment aux problématiques auxquelles fait face l’Union européenne. La crise migratoire est simplement le reflet de l’intention bruxelloise ; tous les problèmes y sont présents à savoir « la crise identitaire, la crise de la gouvernance politique, les problèmes démographiques, le déclin de la compétitivité de l’Europe et aussi l’opposition entre l’Europe occidentale et l’Europe centrale ».

Avec un argumentaire nationaliste et conservateur s’appuyant sur les mêmes thèmes, Viktor Orban fait de ces élections européennes un enjeu décisif qui décidera de l’avenir de l’Union européenne, celle d’une Europe pro ou anti-migration.

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