EndSars, le mouvement social qui a secoué le Nigéria

#EndSars, un cri de colère suscité par l’injustice

La brigade anti-braquage Special Anti-Robbery Squad, plus communément appelée SARS, est une unité des forces armées nigérianes controversée. A travers les années, des données publiques officielles ont révélé de la part de cette unité des actes de corruption et de faute professionnelle. Malgré toutes ces accusations, le gouvernement nigérian a eu du mal à rétablir la paix à travers les réformes mises en place. Les unités SARS à travers le Nigéria ont illégalement arrêté et détenu des jeunes gens dans le pays. Leurs méthodes, contestées, sont les suivantes : enlèvement, meurtre, vol, extorsion de fonds des détenus et des membres de leur famille. Depuis le début du mois d’octobre 2020, la jeunesse nigériane milite pour le démantèlement de cette unité controversée. Dans cet article, nous allons revenir sur le mouvement, qui appelle à un changement radical et permanent des forces armées nigérianes.

La genèse des événements

En 2018, de nombreux nigérians dénoncent les attaques violentes effectuées par cette unité controversée. Mais celle de Bernard Oyabevwe, un avocat nigérian, marque les esprits. Pour avoir défendu son client, des officiers de cette unité l’attaquent. Alors qu’il se rendait au QG de la police d’Etat du Delta à Warri pour savoir pourquoi son client est retenu par la police, il se fait arrêté. Les officiers qui le passent à tabac sont des membres de l’unité SARS. Sa photo, qui fait le tour des médias nigérians, choque. Ensuite, en juillet 2018, alors que l’unité est condamnée et que beaucoup demandent sa dissolution, sept officiers de police sont tués à Abuja. Jimoh Moshood, l’officier des relations publiques de la police nigériane, déclare que ce genre d’événements montre que la demande de dissolution de l’unité SARS n’est pas justifiée.

Laolu Akande, le porte-parole de Yemi Osinbajo, alors président par intérim, déclare dans la revue nigériane The Punch que «Le président par intérim a demandé à l’IGP [ndlr : l’inspecteur général de police] de veiller à ce que tous les agents de l’unité mènent leurs opérations dans le strict respect de l’Etat de droit et dans le respect du droit international des droits de l’Homme et des droits constitutionnellement garantis des suspects. ». Malgré les demandes de l’ancien vice-président Yemi Osinbajo, l’application de ces mesures n’a pas eu l’effet escompté : l’unité SARS a continué à faire preuve de violence envers la population nigériane. En août 2018, le gouvernement a formé un comité judiciaire afin d’enquêter sur les activités de la SARS et aussi pour qu’ils puissent donner des mesures pour entamer une éventuelle réforme. Néanmoins, alors que les membres ont fait part de leurs conclusions au gouvernement, il n’y a pas eu de rapport.

2020, une année au climat électrique

Segun Awosanya, activiste nigérian, est l’initiateur du mouvement, il a commencé à militer contre l’unité controversée en 2016. Il n’y a pas un seul mois sans que l’unité SARS ne déclenche la controverse, du à des meurtres qui suscitent l’émoi. La cause ? Les arrestations musclées ainsi que les actions illégales qu’ils effectuent. Aujourd’hui, #EndSARS a gagné en popularité, c’est un hashtag régulièrement utilisé par les nigérians sur les réseaux sociaux.

En février 2020, le meurtre de l’espoir du football nigérian, Tiamiyu Kazeem, choque au Nigéria. L’unité controversée tue le jeune joueur. A la suite de ce meurtre, des manifestants descendent les rues de Sagamu, ville natale de Kazeem. Cinq personnes perdent la vie dans ces protestations. A la suite de cette affaire, la police nigériane démet simplement de ses fonctions l’officier impliqué dans la mort du joueur. Quelques mois plus tard, la colère des nigérians renaît.

Le 3 octobre 2020, le meurtre d’un homme provoque l’indignation sur les réseaux sociaux. Cet événement produit la montée du mouvement #EndSARS sur les réseaux sociaux et le commencement des protestations. Les langues se délient et beaucoup racontent ce qu’ils ont subi aux mains des officiers SARS. De nombreux nigérians utilisent ce hashtag afin de partager leurs expériences avec l’unité. Que ce soit extorsion, torture, disparitions et meurtres, tout est dénoncé.

Le 7 octobre 2020, des jeunes sont descendus dans les rues de Lagos et ont commencé à manifester pour la fin de SARS, contre l’injustice régnant dans le pays et les décès aux mains de la police nigériane. La jeunesse nigériane à Abuja, Benin City, Delta et plusieurs villes à travers le pays, arpentent les rues afin de demander un changement, et principalement la dissolution de l’unité policière SARS, malgré la répression à laquelle ils font face.

Les réactions face au mouvement #EndSars 

En juin 2020, un rapport d’Amnesty International intitulé Nigeria : Time to end impunity accuse des officiers de l’unité policière SARS de tenir des méthodes professionnelles douteuses. Selon le rapport, les membres de l’unité ont torturés des détenus en détention et demandé des pots-de-vin pour les libérer. Ce rapport révèle aussi que ces détenus ont été affamés, brutalisés et sujets à des moqueries par les officiers de l’unité. De plus, l’ONG a accusé la police nigériane de couvrir les crimes de l’unité. En effet, les officiers n’ont jamais été traduits en justice ou inculpés sur une quelconque affaire, pour avoir torturé des détenus. A la suite de ce rapport, la police a nié les allégations d’Amnesty, disant qu’aucune torture ne s’était produite.

Le 4 octobre 2020, Yemi Osinbajo, révèle aux correspondants de la chambre des représentants être en colère que les policiers harcèlent, torturent et tuent des jeunes. Il a déclaré que de telles actions perpétrées par ceux qui avaient la responsabilité de protéger les citoyens était inacceptables. Deux jours plus tard, le ministre des Affaires de la police a décidé d’ouvrir une enquête sur cette brigade controversée. Ensuite, plusieurs artistes nigérians telles que Tiwa Savage, Wizkid ou Davido ont rejoints les protestataires. Cette action de la part des personnalités de la musique nigériane a motivé la jeunesse nigériane à continuer les protestations.

Le 11 octobre 2020, la présidence annonce la dissolution de cette unité. Après plusieurs jours de protestations, sous la pression populaire, l’inspecteur général de police Mohammed Adamu annonce la dissolution de l’unité anti-braquage SARS. « L’unité au cœur de toutes les critiques, la brigade spéciale contre les vols, est démantelée à effet immédiat, dans toutes ses formations », a-t-il déclaré.

Conclusion

La jeunesse nigériane a pu obtenir ce qu’elle souhaitait mais la dissolution de l’unité SARS est une victoire amère pour les nigérians car le déploiement des agents de la brigade SARS inquiète. Sur les réseaux sociaux, la jeunesse nigériane appelle à ne pas tomber dans le panneau et à rester vigilant. En effet, le 20 octobre 2020, les soldats de l’armée nigériane ont tués des protestataires à Lekki, au Nigéria. Cet événement suscite l’indignation générale et de nombreuses personnalités à travers le monde se sont exprimées face à la situation. Le 23 octobre 2020, le président Buhari a exigé la fin des manifestations. Il déclare qu’il “n’autoriserait personne, ni aucun groupe à mettre en péril la paix et la sécurité nationale”. D’ailleurs, il ne s’est pas exprimé sur la répression policière.

La situation au Nigéria demeure alors incertaine.

 

Source Photo : Kachura Oleg

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