Xinjiang : Un résumé des camps de concentration chinois

TRADUIT DE L’ANGLAIS PAR CLAIRE SIRITO-OLIVIER

Le 6 novembre, à Genève, le Comité des Nations Unies pour les droits de l’Homme a examiné la situation des droits de l’homme en Chine. 17 pays dont l’Australie, le Canada, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis ont interrogé la Chine sur sa répression des minorités ethniques dans sa région autonome ouïghoure du Xinjiang et ont appelé la Chine à fermer ces camps de détention ethniques et religieux.

Xinjiang, “Nouveau Territoire” en Chinois compte une population de 24 millions de personnes. Elle a longtemps été une région du nord-ouest agitée de Chine. La majorité de ces 24 millions de personnes font parties d’ethnies turques comme les Ouïghoures, Kazakh et Kirghize. La région, aussi connue comme le Turkestan chinois ou de l’est, est riche en ressources naturelles. C’est aussi une passerelle stratégique pour beaucoup de pays voisins de la Chine et beaucoup de partenaire en Asie centrale – d’autant plus avec l’initiative chinoise de la « ceinture de sécurité ».

La région a été témoin de l’influence chinoise pendant plus de 2000 ans, sujette de temps en temps au contrôle du protectorat chinois. Elle vient de l’empire Mongol durant la conquête Mongol et est devenue une partie officielle de la Chine après avoir été conquise par Qing, la dernière dynastie impériale chinoise. Xinjiang a été la spectatrice de mouvements pour l’indépendance dans les années 1930 et 1940 mais est restée sous la domination de la République de Chine de Kuomintang. Elle est devenue une partie de la République populaire de Chine après que Kuomintang ait été évincée de Taiwan et que les communistes chinois aient envoyé des troupes à Xinjiang en 1949.

Le récit officiel de la République Populaire de Chine (RPC) était que Xinjiang est une partie « inséparable » de la Chine « depuis les anciens temps » et les Ouïghoures et autres ethnies de Xinjiang sont chinoises. Pourtant, autant le gouvernement chinois Han du centre et la majorité Han les ont traités avec défiance en tant qu’étrangers et non chinois, si ce n’est en tant que personnes inférieures et non-civilisés.

L’intensification des mesures de sécurité

Suivant l’incident meurtrier du 5 juillet 2009 à Urumchi, le gouvernement chinois a resserré sa prise sur Xinjiang. Les mesures de sécurité se sont intensifiées après plusieurs attaques durant les années 2010, que la RPC a qualifié de terroristes. Depuis 2014, après une campagne contre les “trois forces” ainsi dénommées, soit le « terrorisme, séparatisme et l’extrémisme religieux », la Chine a envoyé les personnes présumées comme actives et potentiellement « terroristes » et « extrémistes » dans des camps de rééducation or des centres de détentions.

La police armée ont commencé à patrouiller dans les rues. Les personnes devaient s’arrêter fréquemment dans les rues pour traverser les contrôles de sécurité et d’identité. Les caméras de surveillance sont omniprésentes. Les mosquées, les imams et les écoliers des milieux scolaires turques et musulmans sont étroitement surveillés. Les mouvements dans et hors de la région ont été de plus en plus restreints, tout comme la possibilité de voyager à l’étranger et l’obtention des passeports pour les Ouïghoures, Kazakh et d’autres minorités sont plus difficiles à obtenir.

Les mesures se sont accrues depuis 2016 quand Chen Quanguo est devenu le nouveau secrétaire du parti pour Xinjiang.

Les dépenses publiques à Xinjiang, les lieux de détention et le pouvoir judiciaire de 2016 à 2017 ont explosé, avec certaines régions spécifiques à niveau d’autant plus élevé, selon Adrian Zenz, un chercher en Chine à l’Ecole européenne de la technologie et de la culture à Korntal, Allemagne.

Les autorités ont mis en place plus de points de contrôle et de sécurité et ont intensifié les patrouilles de police dans les rues. Plus de caméras de surveillance, cette fois-ci équipées de la technologie de la reconnaissance faciale, ont été installées dans les rues. Les appels téléphoniques, les messages, et quelques activités internet que ce soient sont maintenant plus surveillées et enregistrées.

Les organismes de sécurité publique ont forcé les résidents de minorités ethniques à avoir leur ADN et autres données biologiques connectées et d’installer des applications de surveillance sur leurs téléphones.

Un contrôle discret et sans interruptions

Les autorités ont désigné des « informateurs » au sein des personnes pour dénoncer leurs voisins, collègues, amis et même leur famille. Ils ont aussi imposé un système de classement sur les résidents de Xinjiang basés sur l’ethnie, la religion et d’autres informations personnelles. Les minorités musulmanes et celles qui ont voyagé à l’étranger ou ont des amis ou des contacts au-delà de la mer ont des scores plus bas par défaut. Plus le score est bas, plus l’individu est dangereux et moins il est digne de confiance aux yeux de la RPC – et plus il est désigné pour la surveillance et la détention.

Bien que les autorités de Xinjiang n’aient pas officiellement banni le langage et la culture des Ouïghoures, Kazakh et d’autres ethnies non-Han, ils ont effectivement fait des langues ethniques et des pratiques des cultures ethniques incriminantes – déloyales et sont alors « minimisées ».

Sous les lois anti-extrémisme de Xinjiang en 2017, toutes les actions qui ne satisfont pas les autorités peuvent être arbitrairement catégorisées comme « montrant des signes d’extrémisme », un terme générique ambigu, ou comme beaucoup de personnes en Chine disent, un « crime de poche ».

Les lois chinoises sont connues pour leur « crimes de poche », qui sont intentionnellement ambigus, exploités pour inventer des charges contre les personnes ou les comportements que le gouvernement désapprouve. Le plus contesté est celui de “provoquer des disputes et le trouble », que Beijing a souvent utilisé pour accuser les dissidents.

Avec les lois anti-extrémistes en place, le gouvernement chinois a aussi légitimé ses interdictions du hijab, des jupes longues et même de la barbe à Xinjiang, les considérant comme des signes d’extrémisme religieux. Pour la même raison, il a mis fin à tout type de pratique de la foi musulmane. Dans un lieu où la majorité est musulmane, les mosquées sont presque sans vie et vides.

Un signe de réticence à se plier aux autorités locales ou encore faux pas signe de négligence peut être vu comme un « signe d’extrémisme ».

Tanner Greer, un chercheur sur les pensées stratégiques d’Asie de l’est, ont résumé 48 façons être détenus dans un camp d’internement à Xinjiang, à partir de rapports, interview avec des ex-détenus et des documents gouvernementaux. La plus-part des “48 façons” sont ce que des personnes considéreraient humain, normal ou même trivial. Montrer de la douleur publiquement après avoir perdu un parent, ou s’abstenir d’une forme d’alcool ou de tabac par exemple sont des critères pour la détention.

Les expériences, les connaissances ou les contacts à l’étranger – vus comme des signes de déloyauté – sont suffisant pour vous envoyer dans un camp de rééducation. En réalité, la plus-part de ceux qui ont voyagé au-delà de la mère avaient le choix entre rentrer ou rentrer parce que les autorités menacent de mettre leurs familles dans les camps. Lors de leurs retours, en revanche, les mettent en détention, eux et leurs familles.

Aucun des détenues n’a été accusé, assigné en procès ou condamné pour une infraction légitime. Dans les camps de rééducation, les individus sont forcés de suivre la politique d’endoctrinement, apprennent le Chinois, les chants politiques et doivent dénoncer leurs langues, cultures et foies. Les survivants dénoncent des conditions de vie déplorables dans les camps et la torture.

Les rapports de l’ONU estiment à environ au moins un million le chiffre de personnes détenues. C’est environ 10% de la population Ouïghoure à Xinjiang.

Avant cette nomination à Xinjiang, Chen Quanguo était le chef du parti au Tibet où il a imposé sa fameuse dure loi aux tibétains, un autre groupe ethnique réprimé en Chine. Les mesures mises en place par Chen incluent l’endoctrinement politique, les camps de rééducation, la relocalisation forcée et l’oppression des langues, cultures et identités locales.

Il est évident que Chen a apporté sa politique en béton avec lui à Xinjiang.

Ce dernier mois, le 9 octobre 2018, le Comité permanent du Congrès des personnes de Xinjiang, la législature régionale, a passé un amendement à la loi contre l’extrémisme de 2017. L’amendement officiel a fait des camps de rééducation, ou, selon les mots de Beijing, « centres de transformation et d’éducation » et « centres de formation professionnelle », des mesures contre l’extrémisme et un devoir pour les gouvernements locaux.

L’amendement sera effectif immédiatement après son annonce.

 

Photo de couverture, crédits : Tea Rose.

Vous aimerez aussi