Entre sarcasme et philosophie : les ingrédients du succès de la série BoJack Horseman

Série de plus en plus populaire sur Netflix, BoJack Horseman nous livre un monde où humains et animaux anthropomorphiques cohabitent et tentent, comme ils le peuvent, de traverser les différentes épreuves que la vie leur réserve. La cinquième saison, sortie le 14 septembre dernier, a été un véritable succès et a renforcé le statut d’incontournable de la série sur la plateforme.

Un héros éponyme, cheval de surcroît, passé de star à has-been, devenu alcoolique et déprimé, qui tente de renouer avec la célébrité. Des amis à la fois fidèles et encombrants, à l’image de Todd Chavez, colocataire plus ou moins désiré, de Diane NGuyen, nègre littéraire qui le pousse à se confier et Mister Peanutbutter, labrador qui jouait dans une série rivale et qui n’a pas perdu sa popularité. À première vue, cette série animée pourrait être assimilée à n’importe quelle autre du même genre. Cependant, force est de constater qu’elle a su fédérer une forte communauté de fans à travers le monde et s’est attirée d’excellentes critiques. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène.

Des épisodes décomplexés et sarcastiques

L’un des premiers éléments pouvant expliquer le succès de la série est sans doute le sarcasme, omniprésent, et les critiques ou constats souvent acerbes de notre société. L’élevage intensif où les animaux sont gavés de médicaments et cloîtrés, les sectes et leurs méthodes d’endoctrinement, l’addiction aux réseaux sociaux, les coulisses de la vie politique : les thèmes abordés ne manquent pas et sont, pour la plupart, traités avec une finesse qui convainc le public. La drogue et la dépression sont également énormément abordées, sans filtre, dans des dialogues souvent étonnant, qui sonnent assez justes et ne paraissent pas surfaits. C’est peut-être là un des secrets de la série : BoJack est un alcoolique déprimé, qui n’hésite pas à se droguer pour faire face à sa tristesse et à sa recherche de reconnaissance. Il n’est pas un être parfait, n’est pas particulièrement intelligent ni gentil.

©Netflix

Par ailleurs, les scénaristes n’hésitent pas, par moment, à glisser de petites attaques contre des personnalités publiques, quelles soient célébrités de télé-réalité ou bien actrices et acteurs, producteurs de cinéma ou chanteurs. Des clins d’œil sont régulièrement visibles, dans les dialogues, mais aussi dans les décors de la série. L’humour noir est omniprésent, mais toujours utilisé intelligemment, afin par exemple de dénoncer sexisme ou xénophobie. Malgré cela, le créateur de la série, Raphael Bob-Waksberg, a dû répondre en janvier dernier à des accusations de racisme ordinaire. En effet de nombreuses personnes questionnait le choix de l’actrice blanche Alison Brie pour doubler Diane NGuyen, personnage aux origines vietnamiennes. Plus largement, le casting presque exclusivement blanc était pointé du doigt. Dans une interview donnée à Uproxx, le créateur a reconnu ses erreurs, expliquant notamment que si c’était à refaire il choisirait une actrice aux origines asiatiques.

Des choix artistiques audacieux

La série s’illustre également par des choix artistiques assez audacieux et inattendus. Le générique, qui s’adapte à chaque épisode, en est un exemple. Cependant, les scénaristes ont poussé cette originalité plus loin, jusqu’à l’échelle d’épisodes entiers. Dans la saison 3, sortie en 2016, l’épisode « Comme un poisson hors de l’eau » (Fish out of Water) a ainsi énormément fait parler de lui. En effet, hormis la scène pré-générique, la totalité de l’épisode se déroule sous l’eau et est muet. BoJack n’y communique que par signes. Quant aux poissons et autres mammifères marins, leurs échanges s’effectuent dans une langue incompréhensible à la fois pour le cheval et pour nous. Ce choix est particulièrement intéressant et très bien maîtrisé, le manque de dialogue créant au plus un léger malaise et une sensation d’isolement, mais ne gênant en rien au visionnage de cet épisode, consacré en 2016 comme le Meilleur épisode télévisé de l’année par Time Magazine et Variety.

Un autre épisode particulièrement étonnant se cache dans la saison 5. Intitulé « Le churro gratuit » (Free churro), il nous présente BoJack qui donne un éloge funèbre pour sa mère. Hormis la scène pré-générique, encore une fois, l’épisode se résume à un unique monologue de vingt-deux minutes. Il n’en demeure pas moins touchant et saisissant, BoJack tentant de découvrir la signification des derniers mots de sa mère, « Je te vois », tout en revenant sur sa relation chaotique avec elle, de même qu’avec son père. L’épisode se conclut par un aveu touchant où BoJack confie qu’il n’avait jamais perdu l’espoir d’avoir une mère aimante, mais que cet espoir était balayé par son décès, avant de déclarer « Aujourd’hui ma mère est morte, et tout est pire maintenant. »

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La philosophie derrière la série

Ce qui touche peut-être dans cette série, enfin, c’est le rapport très humain et philosophique qu’elle entretient. Elle nous présente en effet des personnages en quête de bonheur et qui, bien souvent, se sabordent eux-mêmes. Ils ne sont les victimes que de leurs propres peurs, de leur incapacité marquante d’accepter d’être heureux, de leur tendance presque autodestructrice. La nécessité de se distraire pour échapper aux dures vérités de l’existence, que Blaise Pascal avait théorisée, l’existentialisme de Sartre, l’Absurde de Camus, tous ses thèmes peuvent être retrouvés dans la série. Par ailleurs, un fil directeur semble conduire la vie de BoJack : la peur de se noyer, au sens propre comme métaphorique. L’eau joue un rôle très important, visible dès le générique et à travers les cinq saisons. Aux funérailles de sa mère, le cheval avoue cette impression quasi-incessante de noyade mais explique qu’il y a des moments dans la vie, de courts moments, où soudain il se rappelle qu’il sait nager. Pour en savoir davantage, une analyse plus profonde et poussée est disponible sur la chaîne YouTube anglophone Wisecrack. Ce qui semble certain, c’est que BoJack Horseman n’a pas fini de faire parler de lui puisqu’une sixième saison serait en chantier…

Photo de bannière. Crédits : © Netflix

Étudiant en psychologie, en philosophie et en lettres modernes, également jeune écrivain et curieux de nature, je suis passionné par le comportement humain, que ce soit à l’échelle de l’individu ou de la société.

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