Environnement et sports d’hiver : le ski est-il sur une pente glissante ? (1/2)

Bon nombre de skieurs croisent les doigts pour que la saison de ski puisse démarrer de nouveau, même dans ce contexte si particulier ! Nous rêvons tous de connaître une nouvelle fois la douce caresse d’un zéphyr glacial à nous en faire rougir le nez, de se féliciter d’une bonne journée de descentes effrénées le long de ces si belles courbes tantôt rocailleuses, tantôt sylvestres et de partager en famille ou entre amis une succulente croziflette arrosée de son vin de Savoie que nous aimons tant (ou pas).

C’est bien beau tout ça, mais pour combien de temps encore ? D’aucun s’en moquerait en défendant le fait que la neige sur les glaciers est éternelle et que le prix des forfaits risque fortement d’augmenter réduisant ainsi l’accessibilité de la montagne à la masse plébéienne. Mais, de toute façon, le ski est un sport de riches, il vaut mieux profiter et que le changement climatique, c’est la faute aux grandes industries et aux lobbies ! Facile de rejeter la faute sur les autres.

De plus, n’est-il pas courtois cet or blanc, gratuit et cyclique, toujours au rendez-vous depuis des centaines d’années ? Pourquoi cela changerait-il en quelques dizaines d’années seulement ? Attention breaking news, la corne d’abondance s’épuise et la neige se fait de plus en plus désirer. Il est temps de réagir pour que la neige continue de tomber, encore et encore, de la Cordillère des Andes aux Alpes japonaises, encore et encore, sans s’arrêter.

Dressons alors le bilan

Il vous sera épargné les flash info qui reviennent tous les ans, courant janvier ou février, attestant qu’il n’y a plus de neige en station, que la production de neige artificielle n’a jamais été aussi conséquente, que le cruel manque de neige nous oblige à devoir en charrier par hélicoptère, que les stations de skis ferment de plus en plus tôt et, pour certaines, sont au bord de la crise.

J’ai envie de dire stop, faisons table rase. Et comme une image vaut mille mots, voici deux graphiques.

Images : Groupe de travail intergouvernemental d’experts sur le climat

Vous n’apprennez rien, vous n’êtes pas sans savoir qu’il fait anormalement chaud, que la glace fond, que les ours polaires se noient et que le permafrost laissera peut-être échapper la prochaine pandémie. Inutile de rapporter des propos depuis longtemps rabâchés à toutes les sauces. Concentrons nous sur ce qui nous intéresse tous sans exception aucune (évidemment).

Qu’est-ce que le ski a à voir dans tout ça ?

Bien que le ski est un sport absolument extraordinaire, il n’est malheureusement pas sans incidence sur son environnement. Plusieurs points sont à aborder. Si j’en oublie, l’espace commentaire est là pour ça.

Premièrement, la faune et la flore

Oui, le Plan neige dans les années 1970 fut une idée plaisante de la part de l’Etat pour la relance de l’économie nationale, et la création d’emplois après-guerre. Mais qui dit action de l’humain sur la nature, dit possible dégradation et aménagement du territoire peu conscient de sa durabilité. Et à quoi cela a-t-il conduit aujourd’hui ? Je vous le donne en mille ! Entre déforestation et retard de l’arrivée du printemps à cause de l’enneigement prolongé, il est possible de douter que le tétras lyre soit bien contente de se retrouver également voisine d’une autoroute d’écoles de ski et autres amas de touristes émerveillés de la pureté de l’air, parce qu’on « respire quand même mieux ici ».

L’on pourrait légitimement penser que ne pas skier sur les pistes damées à cet effet pourrait, en toute logique, réduire l’affluence, la pollution sonore et l’érosion de la montagne ? Attention, spoiler (il vous est prié de lire l’article jusqu’au bout), non, ça ne fonctionne pas comme ça. De plus, pour continuer sur un autre effet néfaste pour la faune et la flore, la prolongation de l’enneigement grâce aux canons à neige artificiels principalement, retarde l’arrivée du printemps. « Au cours des dix dernières années, le taux de couverture des domaines skiables en neige de culture a progressé de 16 points, passant de 19 % à 35 % (graphique 4), soit près de 9 000 hectares susceptibles d’être enneigés artificiellement pendant la saison touristique, au gré des conditions climatiques. Ces chiffres restent inférieurs à ceux des autres domaines skiables européens : 48 % en Suisse, 60 % en Autriche, 70 % en Italie. »

Retard de saison, qu’est-ce que cela signifie ? Une re-végétalisation tardive de la montagne, entraînant avec elle un décalage saisonnier pour tous les êtres vivants. Concernant l’activité humaine, ce retard engendre des pâturages tardifs, ce que entraîne moins de reblochon ! Et ça c’est grave ! Par cet exemple simpliste, il est question ici de démontrer que le climat est un équilibre cyclique et l’altérer à des conséquences importantes. Notamment sur le point qui suit…

Deuxièmement, la problématique de l’eau

Alors non, l’usage des canons à neige ne favorise pas l’apparition des bourgeons au printemps. Mais ils ont également un revers sur le long terme : l’imperméabilisation des sols. Pour traduire en langage barbare, l’imperméabilisation des sols signifie que l’eau ne pénètre plus dans la terre. Cela engendre notamment deux problèmes : les nappes phréatiques ne se remplissent plus et l’eau, qui n’est plus absorbée par la terre, mais qui doit bien aller quelque part quand même, s’écoule le long de la montagne participant alors grandement à son érosion.

En plus d’altérer l’environnement montagneux, les résidents peuvent également pâtir de cet usage excessif de l’eau douce et des conflits d’usage peuvent être engendrés. Ce manque d’eau est également le résultat de nombreux pompages effectués en amont de la montagne pour approvisionner tous les logements construits au pied des pistes. « Il faut 1 m3 d’eau pour produire 2 m3 de neige de culture (source : Observatoire de la Savoie). Les prélèvements en eau pour alimenter les enneigeurs proviennent principalement de trois types de sources : le prélèvement direct sur la ressource en eau superficielle ou souterraine, le prélèvement via le réseau d’alimentation en eau potable et le pompage dans les retenues d’eau, ces dernières pouvant également être alimentées par prélèvement direct, via le réseau d’alimentation en eau potable. »

Sans parler des services s’occupant du traitement de l’eau qui, par les fortes périodes touristiques en hiver, se retrouvent débordés (sans mauvais jeu de mots), l’assainissement de l’eau se voit donc être une problématique de plus à traiter (bon, en toute franchise, oui ce sont des jeux de mots).

Troisièmement, les pollutions

Jamais deux sans trois me direz vous. Tout d’abord, abordons le sujet de la pollution lumineuse. En plus de ne pas pouvoir voir correctement les étoiles, ce qui est déjà un gros inconvénient, la pollution lumineuse affecte le comportement des êtres vivants (humains y compris évidemment). Elle est en effet suspectée d’impacter les fonctions physiologiques et biologiques de ces mêmes êtres vivants et ainsi participe grandement à la dérégulation des écosystèmes et à la sélection forcée de certaines espèces, notamment celles nocturnes si vous suivez bien.

La Clusaz, station de ski en Haute-Savoie, 2020 par Maxime Pereira

Ensuite, la pollution sonore. Oui, les remontées mécaniques, ça fait du bruit, mais les voix humaines et les différents types de transports qui nous permettent de gravir sans effort un environnement à l’origine hostile à l’Homme également. Cette pollution a pour principal effet de causer un grand stress aux espèces vivant en montagne, espèces qui chercheront donc à fuir ces espaces trop fréquentés ou bien qui subiront une diminution de leur population car qui dit stress, dit faible taux de reproduction. Pollution sonore et bruits en tout genre souvent amplifiés par la montagne elle-même, le son se propage plus loin et tout aussi intensément dans ce milieu composé principalement de parois facilitant la réverbération.

Et finalement, en terme de pollution plus “classique”, deux exemples ont été choisis arbitrairement :

-Le fart : pour les novices, le fart est un produit, appliqué sous les skis, les snowboards, etc, afin de non seulement protéger la semelle, et par extension son matériel, mais également de favoriser soit l’adhérence de la semelle à la neige, soit favoriser son glissement, au choix. Jusqu’à cet été, le fart fluoré était utilisé, et avait un impact important sur l’environnement et la santé humaine. L’Union Européenne a interdit l’usage de ce fart le 4 juillet 2020.

-L’équipement : sans parler de l’industrie du textile en général, les vêtements de ski, par leur technologie à la fois respirante et imperméable, renferment bien des vices. Connaissez-vous le PFC ? Le PerFluoroCarbure ou des petites molécules pas très gentilles qui en plus d’être toxiques, sont bioaccumulatives et persistantes. Ce PFC affecte l’Homme en causant “[des] cancers, mortalité néonatale, perturbateurs endocriniens, retard de développement, changements comportementaux, etc…” et l’environnement entier finalement parce que l’on en retrouve absolument partout, que ce soit dans le sang des ours polaires, au fond des rivières et même dans l’air. Greenpeace a publié un rapport en 2015 pour alerter les consommateurs et les marques sur leur utilisation du PFC, disponible en ligne si vous souhaitez en savoir plus.

Ne sont pas à oublier non plus les véhicules polluants individuels utilisés pour les loisirs comme les motoneiges ou encore les camions d’approvisonnement pour les restaurants et magasins en station. Les stations de ski sont-elles des endroits propices à faire du shopping ? Est-il réellement utile de venir implanter un magasin de prêt-à-porter ou des parfumeries à plus de 2000m d’altitude ? Ce serait juger que de dire que c’est d’une absurdité sans nom.

Quatrièmement, et dernièrement, l’érosion des sols

Mais comment sont construites ces pistes de ski ? Ne vous êtes vous jamais posés la question ? Effectivement, elle ne sont pas là à l’état naturel. Pour cela, vous pouvez consulter l’article de RedBull qui, pour ceux qui ne le savent pas, sont très investis dans les sports extrêmes et notamment la glisse. Comme quoi RedBull donne littéralement des ailes pour certains, mais nous nous égarons.

Lionel May explique dans leur article : “Pour créer une nouvelle piste, on la dessine tout d’abord dans nos bureaux. Ensuite, on va sur la montagne et on regarde concrètement ce qu’elle pourrait donner sur le terrain. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur un tracé, on utilise alors le “Plan de zone” qui référence l’ensemble des remontées mécaniques et des pistes de la station.[…] Ça nous donne donc une ligne directrice pour les 15 prochaines années en ce qui concerne les modifications ou créations des remontées mécaniques et des pistes. Ensuite, on débute par une importante étude de la zone sur laquelle on veut créer une piste. On doit répondre à plusieurs questions : La piste va-t-elle être enneigée mécaniquement ou non ? Faut-il niveler le terrain (si oui dans quel volume) ? Comment sont traités les matériaux excavés ? Touche-t-on à des zones sensibles sur le plan environnemental ? Que donnent les études géologiques sur ce terrain ? Existe-t-il des zones de protection de source sur place ?”

En d’autres termes, il faut aplatir la montagne et l’aménager de sorte à ce que le tracé de la piste soit réalisable. Donc en plus de l’eau qui s’écoule le long de la montagne au lieu d’aller dans les nappes phréatiques, comme nous avons vu plus tôt, l’action de l’Homme est aussi responsable et crée une érosion totalement artificielle. Il est dommage de réduire à un tas de terre malléable un environnement si unique et majestueux. Préservons nos montagnes.

Reportage de France 3 concernant l’impact de l’exploitation du domaine skiable sur l’environnement montagneux :

Mon but ici n’est pas de crier sur tous les toits que construire des pistes ça fait mal à la planète, évidemment que non. Le but de cet article est de chercher ensemble si des alternatives plus responsables de l’environnement et de la santé humaine sont envisageables, voire possibles. Mais pour cela, il va falloir attendre l’article de lundi prochain.

Photo de : @kowalikus

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