État-Unis d’Amérique : les minorités ont désormais une voix au Congrès

Depuis le 3 janvier dernier, le Congrès américain a retrouvé une majorité démocrate et compte désormais parmi ses membres des femmes issues de minorités qui n’avaient encore jamais été représentées à un tel niveau. Rashida Tlaib et Ilhan Omar sont ainsi les premières femmes musulmanes à être élues dans l’histoire de l’institution, Sherice Davids et Deb Haaland les premières femmes issues de la communauté amérindienne, Alexandria Ocasio-Cortez la première femme de moins de 30 ans et Rashida Tlaib la première femme d’origine palestinienne.

Aujourd’hui l’Amérique qui a élu Donald Trump a également élu à la chambre des représentants des femmes musulmanes, des femmes noires, des femmes d’origines latine ou encore amérindienne. À un moment ou la suprématie blanche regagne du terrain sur le continent, ces femmes sont-elles l’espoir d’un changement ?

Un vent de fraîcheur au sein du Congrès

Ces nouvelles élues portent la voix de minorités souvent pas ou peu représentées au Congrès. En incarnant une politique où ce sont leurs convictions qui dictent les axes de travail et non les lobbys économiques, elles redonnent un sens à la politique. Elles viennent des quatre coins du pays: New York, Kansas, Michigan, Massachussets, Minnesota … et ont pour objectif de faire bouger les choses et de dépoussiérer la façon de gouverner.

Ces femmes ne se connaissaient pas avant d’arriver à Washington, et, pourtant, un véritable groupe de solidarité s’est rapidement formé. Issues de milieux différents, elles se battent toutes pour une Amérique plus juste envers ses citoyens, pour une Amérique consciente de son impact sur l’environnement et enfin pour une Amérique dirigée avec intégrité, respect et tolérance.

Dans leur valise pour la capitale, elles ont ainsi amené avec elles des sujets délaissés par le président mais d’une importance capitale pour la majorité de la population : réchauffement climatique, accès aux soins pour tous, problématique des prêts étudiants, etc.

Réseaux sociaux et politique

Ces élues sont en train de changer les règles du jeu politique par leur franc parler et par leur usage des nouvelles technologies. Les réseaux sociaux ont par exemple constitués de véritables plateformes leur permettant de  se faire connaître, à la fois dans leur circonscription mais aussi à travers le monde. Avec 2,6 millions de followers sur Twitter, Alexandre Ocasio-Cortez (AOC) est sans aucun doute la plus influente de toutes. Chacune de ses publications est aimée et retweetée des milliers de fois. Sur le réseau social Instagram, ce sont 2 millions de personnes abonnées à son compte. Ainsi, à plusieurs reprises, elle a réalisé des insta-lives (diffusion en direct)au cours desquels on pouvait la voir s’activer dans sa cuisine tout en répondant aux questions des internautes. Elle incarne une façon de faire de la politique 2.0.

Le jour de leur prestation de serment, chacune est venue habillée d’une tenue à la signification aussi politique que leur engagement. Ainsi, Rachida Tlaib portait une thobe, une robe traditionnelle palestinienne. Hommage à sa mère, mais également à sa double culture américano-palestinienne. Dans la foulée de l’annonce de sa tenue, un hashtag s’est mis en place #tweetyourthobe. Des femmes de tout le pays montraient ainsi leur soutient à l’élue en arborant l’habit traditionnel. Ilhan Omar, la seule voilée de la chambre des représentants, portait elle un traditionnel ruban somalien. Les deux ont prêté serment sur un Coran, une première dans l’histoire du Congrès américain.

Alexandra Ocasio-Cortez, quant à elle, était vêtue d’un tailleur blanc. Loin d’être un hasard, la couleur faisait référence aux suffragettes qui portaient du blanc lors de leur manifestation pour l’obtention du droit de vote, en Grande-Bretagne puis aux États-Unis. Le 3 janvier est donc, à bien des égards, une journée historique dans l’agenda américain.

Des prises de position iconoclastes pour l’administration Trump

Alexandra Ocasio-Cortez a notamment contribué à remettre sur le devant de la scène le Green New Deal, sujet largement abandonné par l’administration Trump et le reste de la classe politique américaine. Elle fédère ainsi toute une nouvelle génération autour de la question du climat. L’objectif du Green New Deal est d’enclencher un processus de mutation de la société vers un système plus équitable tout en réduisant les émissions de CO2. Il avait été écarté par l’administration Trump à la sortie des États-Unis de l’accord sur le climat de Paris. Le message de ces nouvelles élues œuvrant en faveur de l’environnement est simple : le temps nous est compté, nous devons agir maintenant avant que la situation ne soit irrémédiable.

Plus récemment encore, Alexandra Ocasio-Cortez a fait la une de beaucoup de médias lorsqu’elle a proposé une taxe de 70% sur les revenus supérieurs à dix millions de dollars. La proposition intervenait au même moment que le forum économique de Davos. Elle a rapidement fait la Une des médias. Les grands patrons de Davos n’ont pas manqué de critiquer, voire de se moquer, de cette mesure. Dans une interview du magazine 60 minutes, l’élue défend sa position. Selon elle, les ultra-riches, se doivent de contribuer davantage à l’effort commun, et ce, à hauteur de leurs revenus. Que l’on soit d’accord ou non avec sa position, son intervention a le mérite de relancer le débat sur la justice fiscale.

Lors du Shutdown, le plus long de l’histoire des États-Unis, Alexandre Ocasio-Cortez ainsi que d’autres élus démocrates ont montré leur soutien envers les familles de fonctionnaires touchées par la retenue de salaire, conséquence de la fermeture du gouvernement. Toutes et tous se sont battus pour une réouvertures du gouvernement et se sont ainsi placées derrière la position de Nancy Pelosi, la leader des démocrates au Congrès.

Des convictions qui ne font pas consensus

Ces femmes n’ont pas été élues pour suivre le consensus, elles ont été élues pour des valeurs, des idées, des projets et elles ont bien l’intention de respecter leurs électeurs en les appliquant. Ainsi, dès leur arrivée au congrès, Rashida Tlaib et Ilhan Omar sont les premières femmes politiques qui soutiennent publiquement le mouvement de boycott désinvestissement et sanctions (BDS) ; boycott visant à faire pression sur Israël pour que cesse les politiques d’oppression contre la Palestine et les Palestiniens.

Leur position fait scandale au pays de l’oncle Sam. BDS est décrié par certains, qui l’associent à de l’antisémitisme. Ce qui n’empêche pas Rashida Tlaib de refuser de participer au voyage organisé en Israël par l’AIPAC, le puissant lobby israélien pour les nouveaux élus. La représentante du Michigan n’est pas du genre à oublier ses idéaux ou à renier ses racines.

Finalement, et c’est peut être l’élément le plus important, toutes ces femmes sont une bouffée d’air frais à l’heure de la politique sous l’administration Trump. Pour le redire une nouvelle fois, elles sont issues de milieux très divers : du Bronx à New York à un camp de réfugié au Kenya ; des profils qui manquaient à un congrès majoritairement blanc et masculin.

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