États-Unis et Israël : jeu d’alliance et de pouvoir en Palestine

Si les États-Unis ont joué un rôle ambigu dans le conflit israélo-palestinien, oscillant entre médiateurs du conflit et soutien à Israël, aujourd’hui, le gouvernement de Donald Trump revendique clairement une position pro-Israël. La Palestine tente de s’élever face à ce conflit asymétrique, fruit notamment d’enjeux politiques et financiers. 

Mardi 11 mars 2019, le sénateur républicain américain Lindsey Graham et l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, visitent les tunnels du Hamas, situés à la frontière entre Israël et la bande de Gaza. Sur Twitter, Lindsay Graham déclare que ces tunnels sont utilisés par « des groupes comme le Hamas pour faire passer illégalement des armes et terroriser les citoyens israéliens ». Cette visite témoigne de l’interventionnisme des États-Unis en Palestine et illustre les rapports de forces qui s’exercent dans la région entre les différents acteurs. 

Les États-Unis allouent des fonds et subventions à la Palestine

La décision du gouvernement de Trump de déplacer l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem met fin au double jeu perpétué par les États-Unis depuis des années dans le conflit israélo-palestinien. Pour Joan Deas, doctorante à l’Institut d’études politiques de Grenoble, l’influence américaine en Palestine continue de se manifeste sur le plan économique : « Les États-Unis versent des allocation de fonds à l’autorité Palestinienne et aux ONG internationales et locales dans le but d’assurer sa gouvernance et ses institutions démocratiques ».

Cette mesure, prise lors des accords d’Oslo en 1993, est gérée par l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) qui fixe chaque année le montant des allocations. En 2017, l’aide financière s’élevait à plus de 267 millions de dollars. Les États-Unis tentent également de maintenir l’ordre en Palestine. Une coordination sécuritaire et des agents de sécurité palestiniens sont formés par les américains et les israéliens, « ce qui n’empêche pas Israël de faire des incursions militaires pour récupérer des activistes politiques en Palestine ». 

AIPAC : de l’intérêt des lobbys israéliens lors des élections américaines 

L’alliance entre les États-Unis et Israël suscite régulièrement des polémiques sur la scène politique internationale. Cette alliance trouve ses origines dans le financement des campagnes électorales américaines. Les États-Unis n’imposent pas de limite de frais de campagne. Ce fonctionnement laisse place à des investissements divers et variés, dont ceux de lobbys israéliens en échange de faveurs politiques. L’AIPAC est « le lobby israélien le plus influent au Congrès aux Etats-Unis », précise Joan Deas. Le lobby récolte plus de 100 millions de dollars par an, qu’il investit dans la vie politique américaine, notamment en envoyant des membres du Congrès en Israël tels que Lindsay Graham en mars dernier. 

Janvier 2019 : la Palestine renforce sa position à l’ONU

Ces dernières années, la Palestine cherche une reconnaissance au niveau international pour mettre fin à cette soumission qui l’isole depuis des décennies. En 2019, le groupe des 77 à l’ONU sera présidé par la Palestine. Cette reconnaissance est le fruit d’un parcours non sans embûches. Présente à l’Organisation des nations unies (ONU) depuis 2012 en tant que membre observateur – ce qui prive l’État de Palestine d’un droit de vote –, la Palestine doit affronter des attaques virulentes venant principalement des États-Unis, soutenus par l’Australie et Israël.

En décembre 2018, Nikki Haley, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, a tenté de faire condamner le Hamas pour des « tirs répétés de roquettes en Israël ». Bien que la requête ait échoué, elle attise des relations déjà tendues entre les deux États. Si la Palestine gagne du terrain sur l’échiquier politique international, elle risque de se retrouver paralysée par son manque de moyens et le peu de représentants du pays à l’ONU. Pour Joan Deas, le risque c’est « un effet contre productif pour leur diplomatie ». Si la Palestine échoue à remplir son rôle de présidente des 77, elle pourrait perdre sa crédibilité de nouvelle puissance. 

Les BRICS, nouveaux acteurs du conflit ? 

Les BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud) cherchent à s’imposer dans le jeu des stratégies internationales. Spécialiste de la question, Joan Deas explique que pour être crédible diplomatiquement : « il faut être capable d’intervenir dans des territoires extérieurs, et prendre part à des conflits ». Au Moyen-Orient, seule la Russie a réussi à s’imposer grâce à ses relations avec la Syrie. Mais jusqu’ici, pas de stratégie homogène de la part de tous les BRICS. C’est même plutôt un échec selon Joan Deas puisqu’aucun de ces pays n’a réussi à renverser la domination étasunienne dans la région. 

L’Union européenne, de son côté, finance des programmes d’aide pour la Palestine. La Commission européenne a adopté en janvier 2018 un projet de financement de 42,5 millions d’euros, principalement investis dans l’éducation, l’accès à l’eau potable à Gaza et la formation de la santé. Pour Johannes Hahn, commissaire européen chargé de la politique européenne de voisinage et des négociations d’élargissement : « l’UE continue de soutenir les Palestiniens pour les accompagner sur la voie de la création de leur propre État dans le cadre de la solution fondée sur la coexistence de deux États. »

Vous aimerez aussi