Félicité, personnage interprété par Véronique Beya Mputu. Capture d'écran de la bande-annonce du film.

« Félicité » : la convalescence de Kinshasa

Lauréat de la Berlinale 2017, le film « Félicité » d’Alain Gomis est sorti en salle ce mercredi 29 mars. À travers le combat quotidien d’une Congolaise, le spectateur prend de plein fouet la réalité de la capitale de RDC. Un chef-d’œuvre technique qui décrit une véritable catastrophe sociale.

Trouver assez d’argent pour payer l’opération de son fils, blessé dans un grave accident. Telle est la lourde mission de Félicité. Une course contre la montre s’enclenche dans les rues de Kinshasa. Jusqu’où la jeune mère ira-t-elle pour que son enfant puisse recevoir les soins nécessaires ? Si la solidarité n’est pas absente du long-métrage, elle se retrouve violemment mise à l’épreuve par la réalité misérable d’une société délaissée. Félicité fait face ; elle reste fière et ne flanche pas.

Malgré son drame, elle continue de donner, avec son groupe, des concerts dans un bar de la ville. Parfois elle ne trouve plus la voix, l’air pensive. Les paroles ne viennent pas, mais la musique continue ; la fête aussi. Le rythme de ses chants est saccadé, tout comme le scénario. La musique fait office de pause neutre mais puissante dans la cruauté du quotidien. Le principal chamboulement n’est pourtant pas émotionnel, mais technique. Alors que le schéma cinématographique classique laisserait croire que l’œuvre touche à sa fin, voilà le public embarqué pour une seconde partie encore plus percutante. La première était rude ; celle-ci est vicieuse. Le drame s’estompe, mais le quotidien continue, avec son lot de questionnements. Soudainement, il n’est plus possible de s’identifier aux protagonistes sans entendre la détresse de Kinshasa.

Une docu-fiction sur une société qui lutte

Dans ce tableau de la capitale, la violence peut surgir n’importe quand et n’épargne personne. Cette omniprésence est liée étroitement à celle de l’alcool. Mais ce dernier offre parfois de beaux moments, comme des répits dans une société dont toute perspective d’amélioration semble à des années lumières. Derrière la « petite histoire » se cache un véritable documentaire imagé et exempt de tout commentaire sur une société qui lutte pour sa reconstruction. Les plans s’attardent sur les décors et les ambiances de la ville. L’arrière-plan en dit souvent bien plus que les conversations en lingala. Les plans resserrés sur les visages rappellent brutalement qu’il s’agit bien d’une réalité pour ces hommes et femmes congolais(es).

Kinshasa en décembre 2007. Crédit Irene2005 (Flickr).

Kinshasa en décembre 2007. Crédit Irene2005 (Flickr).

Quinze ans après la fin officielle de la guerre avec le Rwanda, la République démocratique du Congo est toujours meurtrie. La pauvreté et les inégalités sociales plongent le pays, du moins son chef-lieu, dans un quotidien terrible. En deux heures de projection, on se retrouve avec Félicité confrontée au problème de l’accès au soin, à l’insalubrité, la violence, le sexisme, la corruption… et tente d’alarmer le monde sur l’urgence d’un drame qui ne dit pas son nom.

Photo de bannière : Félicité, personnage interprété par Véronique Beya Mputu. Capture d’écran de la bande-annonce du film.

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