Festival cinéma Nador : un froid politique s’abat entre le Maroc et les Pays-Bas

Le message moderne, pacifique et culturel véhiculé par la 7ème édition du Festival du Cinéma de Nador a été entaché par les effluves de crise diplomatique suscitées par la destitution des Pays-Bas de leur titre d’invité d’honneur. Un retour sur des réactions internationales ternies à plusieurs échelles, par l’indignation d’un peuple passé sous silence.

Un Festival d’Union et de paix

Le rendez-vous cinématographique annuel de Nador, mettant en avant des principes démocratiques, culturels et artistiques, s’est tenu cette année du 6 au 11 octobre 2018.

Organisé par le Centre de la mémoire commune pour la démocratie et la paix, ce festival se place dans la lignée des institutions pour la défense des droits de l’Homme et a pour but de réunir peuples, cultures et religions autour de l’art. La présence de personnalités influentes, de militantes et de passionnés fut encore une fois attendue.

Le président du festival, Abdeslam Seddiki, définit le concept spécifique de cette année, « La mémoire des femmes africaines », comme « un questionnement de la mémoire des femmes qui regorge de secrets à livrer, de récits à dérouler, de sagesse à professer ». Un message moderne croisant plusieurs films et court-métrages, qui a pourtant divisé plutôt que réuni.

Un invité d’honneur partageant des racines communes

Prenant comme socle les propos du précédent roi Hassan II, qui décrivait le Maroc comme « un arbre dont les racines sont en Afrique et les branches en Europe », ce festival met en avant la diversité culturelle, et établit par ailleurs des relations de dialogues et d’échanges entre cinéastes de différents pays. Pour cela, de nombreuses invitations symboliques telles que celles d’artistes, ou d’ordre politique, comme celle de l’ex-chef du gouvernement espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, furent distribuées.

Les Pays-Bas, connus pour leur importante diaspora marocaine, composée d’environ 500 000 individus, ont été ornés du titre d’invité d’honneur. Un choix justifié, d’après le directeur du festival, par cette démographie importante, mais aussi par le fait que les Pays-Bas sont, selon lui, « un pays duquel on peut déceler un développement intelligent, moderne et rapide d’un point de vue cinématographique ». Les hommes de culture et cinéastes hollandais ont ainsi pu mettre en avant leurs productions.  Parmi les invités, la présence Najib Amhali, comédien hollandais originaire du Rif, région qui s’étend au nord du Maroc, était centrale.

Une décision hâtive

Cependant, deux semaines avant le lancement du festival, le directeur prend une décision irrévocable : destituer les Pays-Bas de leur titre de pays mis à l’honneur. Les raisons sont politiques. En cause, la présumée « ingérence des Pays-Bas dans les révoltes d’Al Hoceima ». Cet événement a ravivé les flammes autour du sujet d’El Hirak, ce mouvement contestataire qui a embrasé le Rif, ainsi que d’autres régions autour de revendications et lassitudes communes contre le gouvernement marocain.

Le directeur du Festival International de cinéma et mémoire commune, Abdessalam Boutayeb, s’est exprimé quant à cette destitution de dernière minute, énumérant les différentes raisons ayant entraîné cette décision hâtive, tout en renouvelant le message pacifique et artistique qu’une telle occasion cherche à transmettre.

« Nous avions certaines attentes envers les Pays-Bas… » dit-il dans une interview accordée à la télévision nationale. D’autant plus, accentue-t-il, que le retrait de ce titre symbolique a eu lieu à la suite des propos du ministre des Affaires étrangères néerlandais, Stef Block, qui a souligné la situation des leaders du Hirak condamnés à de lourdes peines de prison. Ses déclarations sont pointés du doigt par le directeur du Festival comme « portant atteinte à l’intégrité et à l’indépendance de la justice marocaine (…) et remettant en cause la légitimité de l’appareil judiciaire».

Il explicite sa décision encore une fois : « En tant qu’organisme à portée humaniste et pacifique, nous souhaitons que ce festival reste éloigné de toute connotation politique ».

Il adresse par la même occasion des excuses au peuple marocain et promet de « joindre les mains avec ceux qui veulent répandre la culture uniquement », et cela dans le respect de la légitimité du gouvernement et de la justice marocaine.

L’ambassade des Pays-Bas réclame 400 000 euros

Les Pays-Bas, ayant insufflé une somme importante dans ce festival, réclame réparation au plus vite.

« On nous a dit: soit vous remboursez, soit rendez-vous à la Cour internationale de justice de la Haye », atteste Abdesslam Boutayeb. De manière plus dramatique, le directeur du festival a déclaré lors d’une interview qu’il sera « dans l’obligation de vendre une partie de sa maison» pour rembourser une partie des frais, compte-tenu des circonstances. La somme, déjà déboursée, devait servir au financement d’un stand cinématographique et couvrir les frais de prise en charge de la délégation du pays mis à l’honneur.

Une remise en question des relations maroco-néerlandaises est soulignée par cette demande de l’ambassade, qui, à travers son investissement souhaitait renforcer ses liens diplomatiques avec le Royaume marocain. Une tentative, qui semble bien avoir pris les proportions inverses.

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