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Gabon : ces défis qui attendent Ali Bongo pendant son septennat

Après son investiture mardi 27 septembre, Ali Bongo Ondimba, le président gabonais réélu pour un autre mandat de 7 ans, prône le dialogue national entre Gabonais, et au besoin avec les Africains. Avec un adversaire politique, Jean Ping, qui conteste toujours sa légitimité, le chef d’État gabonais est-il en mesure de réconcilier son peuple ?

Si de son côté, Jean Ping, le principal opposant gabonais lors de la dernière présidentielle, revendique toujours sa victoire, son principal concurrent, Ali Bongo Ondimba, candidat du Parti démocratique gabonais (PDG), principal parti politique du pays, a été officiellement investi pour un second mandat de sept ans, le 27 août dernier. Mais, cela ne semble pas pour autant réconcilier les Gabonais, dont une partie reste acquise à la cause de l’ancien président de la Commission de l’Union africaine. « Nous souhaitons fortement que la paix et la sérénité reviennent au Gabon et que le président Ali Bongo prenne en compte ceux qui ne l’ont pas voté. Le Gabon est comme divisé en deux, et son défi, est de rassembler à nouveau les gabonais pour qu’ils regardent tous dans la même direction », a affirmé Me Emmanuel Simh, leader politique au Cameroun.

Dialogue national

Rassembler 1,8 million d’habitants. C’est le principal défi qui attend le nouveau chef d’État de ce pays d’Afrique centrale toujours en proie à une crise post-électorale. Pour acquérir cette paix, Ali Bongo opte pour un dialogue national, et si possible africain, loin de toute médiation occidentale. « Je tends une fois de plus ma main à toutes les Gabonaises et à tous les Gabonais, pour qu’ensemble nous tirions les leçons du passé afin d’envisager un meilleur avenir à notre beau pays, qui a besoin de tous ses enfants et de toutes les compétences », dit-il lors son investiture. Visiblement, cette main tendue n’arrange aucunement Jean Ping, le candidat malheureux, qui se conforte dans sa position de victime, et appelle les Gabonais à la résistance.

« La croissance économique a fléchi »

Ce pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, selon la Banque mondiale, a impérativement besoin de cet apaisement pour atteindre l’émergence visée en 2025 par le gouvernement actuel. Les statistiques ne sont d’ailleurs pas reluisantes. La croissance économique a fléchi à 4 % en 2015, contre 5,6 % en 2013, indique la Banque mondiale. L’effondrement des cours du pétrole qui couvre 70 % des exportations, est la principale cause de cette chute. À cela, s’ajoute la baisse des investissements publics, réduits de moitié. Toujours en 2015, cette institution internationale souligne que plusieurs secteurs industriels ont enregistré un recul de l’activité, dont l’agro-alimentaire (-1 %) et la construction (-3 %). Les secteurs des services, le transport et le commerce de détail ont connu les baisses les plus importantes. La progression de la production de bois a fortement chuté en 2015, sous l’effet de la baisse de la demande des partenaires commerciaux du Gabon.

« Je crois que Bongo a les moyens d’engager le Gabon sur une autre dynamique. Ce qui doit compter en priorité, c’est les intérêts fondamentaux du Gabon. Son meilleur rempart dans ce genre de situation c’est le peuple gabonais », explique Anicet Ekanet, leader politique camerounais. Pour redonner vie à l’économie gabonaise, l’héritier d’Omar Bongo, doit forcement rassurer et garantir la paix et la sécurité à ses partenaires économiques nationaux et internationaux. Il a également besoin de gagner la confiance des jeunes, qui représentent plus de la moitié de la population, à qui il a promis pendant sa campagne une éducation et une formation adaptées aux réalités économiques, sociales et environnementales.

La réforme constitutionnelle

Si la paix aujourd’hui si chère au Gabon est un atout indispensable pour la relance de son économie, ce pays d’une superficie de 268 000 km², a aussi besoin de rassurer la communauté nationale et internationale de la crédibilité de sa constitution. En Afrique francophone, c’est le seul pays avec le Cameroun, explique Me Emmanuel Simh, qui garde encore une élection présidentielle à un tour, le seul pays où le mandat présidentiel est assez long (7 ans). Conscient de cette situation, en plus à un moment où il est isolé sur la scène internationale, Bongo fils annonce la réforme constitutionnelle. Elle porte sur les élections à deux tours, la limitation et la durée des mandats électifs. Cette reforme constitutionnelle permettra probablement au Gabon d’éviter une crise post-électorale comme c’est le cas en ce moment. Le calme n’est pas pour demain, encore moins avec la Cour pénale internationale qui entre dans la danse, pour procéder à un examen préliminaire de la situation de ce pays divisé par les violences post-électorales, à l’origine de nombreuses morts.

 

Photo : Crédit Gabon Matin

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