Honduras : le pays où les droits meurent

On y parle espagnol et on y trouve des plages paradisiaques. Honduras, pays d’Amérique centrale, bordé par les Caraïbes, le Nicaragua, le Salvador, le Guatemala, et constellé d’îles, aurait tout pour être la parfaite destination estivale. Pourtant, les drapeaux rouges sont nombreux. Les problèmes s’y amoncellent, et les titres disgracieux s’ajoutent les uns aux autres à la réputation de la République du Honduras. C’est là-bas, jeudi 21 janvier 2021, que les féministes et la communauté LGBT+ ont perdu un combat alors que le Parlement inscrivait dans la Constitution du Honduras l’interdiction absolue de l’IVG ainsi que l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe.

Des interdictions strictes et absolues

« Graver dans le marbre », « Bâillon juridique », « verrou constitutionnel »

Ce sont les expressions employées par différents médias pour qualifier l’ampleur des interdictions qui ont été adoptées au Honduras en janvier dernier.

L’actuelle Constitution du Honduras date de 1982, et a déjà été modifiée à de nombreuses reprises depuis (26 fois précisément). En 2009, alors que le président hondurien Manuel Zelaya tente d’organiser un référendum afin de former une assemblée constituante qui écrirait une nouvelle constitution, un coup d’État est perpétré. Manuel Zelaya est destitué et exilé, tandis qu’un certain Roberto Micheletti, alors président du Congrès du Honduras, prend sa place. C’est dans ce contexte de crise constitutionnelle et de coup d’État que le président du Costa Rica, Óscar Arias, appelé en renforts par le Département d’État américain pour arbitrer la crise, déclarera que la constitution hondurienne est à ses yeux la « pire du monde », et constitue une « invitation aux coups d’État ».

L’interruption volontaire de grossesse, ainsi que le mariage entre personnes de même sexe étaient déjà prohibés avant la révision constitutionnelle de janvier 2021, et ce depuis 1982. Dans un désir d’entériner ces interdictions, qui semble presque relever de l’acharnement à bafouer les droits des femmes et la liberté sexuelle, l’article 67 de la Constitution a été révisé en ces termes :

« La pratique de toute forme d’interruption de la vie de l’enfant à naître, dont il faut respecter la vie à tout moment, est considérée interdite et illégale. Les dispositions légales qui seraient créées après l’entrée en vigueur du présent article et qui établiraient le contraire seront nulles et non avenues. »

Cette révision constitutionnelle a été introduite par le député Mario Pérez, du Parti national au pouvoir, et a été adoptée via une procédure accélérée. Il aurait déjà été compliqué d’accorder ces droits avant la réforme puisqu’il fallait alors un vote des deux tiers du Congrès unicaméral pour passer d’une interdiction à un droit à l’IVG et au mariage homosexuel. Cela semble désormais presque impossible puisqu’il faut l’accord des trois quarts des membres du Parlement, c’est à dire 96 voix sur 128, d’autant plus que le Congrès du Honduras est dominé par les conservateurs.

Cette interdiction de l’avortement est absolue : les femmes n’ont le droit d’avorter sous aucun prétexte. L’IVG est ainsi définie dans le code pénal comme un crime, passible d’un maximum de 6 ans de prison pour les femmes et médecins qui la pratiqueraient, et ce, même en cas d’inceste, de viol, de malformation grave du fœtus, ou lorsque la grossesse met la santé de la mère en danger. Il s’agit de l’une des législations les plus strictes du monde en la matière. En Amérique du Sud, d’autres pays ont opté pour l’interdiction totale : le Salvador, le Nicaragua, la République dominicaine, Haïti et le Suriname. Notons finalement qu’au Honduras, depuis 2012, la prise ou la vente de pilules du lendemain est également définie dans le code pénal comme un crime passible de prison.

Un combat qui n’est pourtant pas terminé

Pour clôturer le processus, la réforme doit encore être ratifiée par au moins 86 parlementaires au cours de la prochaine législature. Cette élection est prévue en novembre 2021. En conséquence, le Mouvement des femmes pour la paix Visitación-Padilla a organisé des manifestations, et exhorte également le peuple à ne pas voter pour les députés qui ont soutenu ce décret lors des prochaines élections. Les organisations de défense des droits de la femme réclament à minima le droit à « l’avortement thérapeutique ». 

Ces politiques de répression sont également dénoncées par l’ONU et Amnesty International comme de graves atteintes et violations à l’encontre des droits fondamentaux des femmes et des droits sexuels et reproductifs. La situation, au regard des chiffres, est d’autant plus alarmante : l’ONU estime que le nombre d’avortements clandestins, et donc à risques, s’élèverait entre 51 000 et 82 000 par an. Ajoutons à cela que l’on recenserait au Honduras 30% de grossesses chez les adolescentes, ce qui constitue le deuxième taux le plus élevé d’Amérique latine et centrale. L’insécurité règne dans le pays : les femmes et les personnes homosexuelles sont les premières victimes de ces violences omniprésentes dans toutes les sphères de la société hondurienne.

Un contexte général tendu et inégalitaire

Ce qui est d’autant plus frappant est que la situation au Honduras est particulièrement critique, et ce, sur tous les fronts. On considérait qu’il s’agissait en 2016 du pays le plus inégalitaire d’Amérique Latine. Au niveau écologique, de grands projets, basés sur la surexploitation des ressources naturelles ont causé d’importantes sécheresses et la pollution des rivières. Parallèlement, 130 militants écologistes ont été tués entre 2009 et 2019. Au niveau économique, c’est une pauvreté extrême qui caractérise le pays. En 2019, le taux de développement du pays était le plus faible du continent américain et 39% des foyers vivaient dans l’extrême pauvreté.

Ajoutons à cela que le Honduras détient l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde : en 2015, les Nations unies estimaient que ce taux s’élevait à 63,8 homicides pour 100 000 habitants, taux qui est monté jusqu’à 93,2 en 2011 ! Le pays est classé 136/137 en matière de crime organisé selon le Global Competitiveness Report du Forum Economique Mondial. Des zones entières du pays sont contrôlées par les narco-trafiquants, qui menacent à la fois la population, les journalistes, les touristes, ainsi que les politiques. Tout le système s’en trouve ainsi violemment corrompu, en partant de la police, en passant par l’armée, pour en arriver aux plus hauts dirigeants du pays. Il semble alors clair que d’importantes réformes sont à espérer au Honduras, notamment à l’image de l’Argentine, où l’IVG a finalement été légalisée le 30 décembre 2020.

 

Sources

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