Hongrie : Orbán ne renonce pas à sa politique anti-migrants

Dimanche, 8,3 millions de citoyens hongrois étaient appelés aux urnes dans le cadre d’un référendum sur la question des réfugiés. Accepter ou non le plan européen de répartition des réfugiés ? Tel était le défi lancé par Viktor Orbán à l’Union européenne. Un défi perdu après l’invalidation du résultat que le Premier ministre tente de relativiser tout en poursuivant sa politique anti-migrants coûte que coûte.

« T'iras loin, Orban » par Lucie (tous droits réservés).

« T’iras loin, Orban » par Lucie (tous droits réservés).

Viktor Orbán rêvait d’un rejet massif du dispositif européen de répartition des demandeurs d’asile entre les pays de l’Union européenne proposé par la Commission européenne, qui prévoit l’accueil par la Hongrie d’au moins 1 294 demandeurs d’asile lors du référendum du 2 octobre , et auquel le gouvernement Orban est vivement opposé. Avec 98,3 % de “non” obtenus, il l’a eu.

Mais Viktor Orbán n’a pas réussi à mobiliser suffisamment de Hongrois dans son bras de fer contre l’Union européenne. Seulement 39,8 % des électeurs hongrois se sont rendus aux urnes, dimanche 2 octobre, pour le référendum qu’il avait organisé contre l’accueil des réfugiés en Hongrie.

Un chiffre en dessous du quorum légal de 50 % de participation, qui était nécessaire pour valider la consultation. Mais ce demi-revers n’a pas douché la détermination de Viktor Orbán, qui a déclaré que l’Europe ne pourrait « pas ignorer la volonté de 99,2 % des électeurs » et « imposer sa volonté à la Hongrie ».

Une campagne agressive

Tout au long de la campagne, Fidesz, le parti d’Orbán, a utilisé tous les moyens de communication à sa disposition pour tenter de convaincre les électeurs d’aller voter. Une campagne agressive qui pouvait parfois se rapprocher du harcèlement : « Tant que je ne répondais pas aux appels, Fidesz m’appelait continuellement », rapporte Beata, chargée de projets culturels à Budapest. « Dans les derniers jours de la campagne, je pouvais recevoir jusqu’à 6 ou 7 SMS et c’était la même chose pour les appels ».

Mais selon Ildikó Gáll-Pelcz, vice-présidente de Fidesz, interviewée par Le Journal International, même des électeurs du parti du Premier ministre font certainement parti des abstentionnistes « en raison de cette campagne trop biaisée ». À Budapest, Roland, étudiant, expliquait ainsi avoir refusé de prendre part au scrutin pour ne pas être « un pion sur l’échiquier d’Orban ».

Plusieurs ONG et un parti satirique avaient appelé à invalider les bulletins. La majorité de l’opposition avait appelé à boycotter le scrutin. C’est le cas de trois partis de centre-droit et de centre-gauche réunis dimanche soir dans un bar de Budapest. Députés et militants affichaient un large sourire devant les caméras de télévision.

Pour Zsuzsanna Szelenyi, députée du petit parti de centre-gauche Ensemblen ce résultat est une bonne nouvelle. « Le gouvernement hongrois était en campagne depuis plus d’un an. Ça a été une campagne de haine. Nous étions très inquiets que la plupart des Hongrois ne se mettent à croire à tous les mensonges que le gouvernement a proférés durant cette campagne dans tout le pays, explique-t-elle. Ça été une campagne absolument injuste. Les ressources du gouvernement étaient cent fois supérieures à celles de toute l’opposition réunie. Nous étions donc très inquiets. Mais finalement, le fait que les Hongrois ne soient pas allés voter en nombre suffisant, ce qui a eu pour effet de rendre le référendum invalide, est une victoire pour l’opposition. C’est aussi une victoire pour l’Europe parce que ça signifie qu’une telle campagne contre les migrants, contre l’Europe, ne marche tout simplement pas en Hongrie, donc nous sommes très contents de ce résultat ».

Beata et Roland ont continué à recevoir appels et SMS lundi et mardi, leur demandant de ne pas laisser Bruxelles décider à leur place.

« Ne laissez pas les autres décider pour nous ! Aujourd'hui, chaque vote compte. La sécurité de la Hongrie est en jeu. Votez non ! Fidesz ». Captures d'écran de deux SMS envoyés par Fidesz.

« Ne laissez pas les autres décider pour nous ! Aujourd’hui, chaque vote compte. La sécurité de la Hongrie est en jeu. Votez non ! Fidesz ». Captures d’écran de deux SMS envoyés par Fidesz.

Orbán reste confiant

Malgré les 800 000 voix manquantes, Viktor Orbán s’est félicité de « ce résultat merveilleux ». Pas abattu par ce résultat, qui représente pourtant un semi-échec dans sa politique anti-migrants, le Premier ministre hongrois poursuit son combat.

« Sur la base de ces chiffres, nous pouvons légitimement dire que cette journée a apporté une victoire éclatante pour tous ceux qui rejettent la relocalisation forcée [des migrants] et pour ceux qui pensent que les fondations d’une UE forte ne peuvent être que des pays forts », a déclaré la vice-présidente de la Fidesz, Ildikó Gáll-Pelcz.

Dernière provocation en date, le Premier ministre hongrois va demander au Parlement de voter l’interdiction des « réinstallations collectives » de migrants dans le pays. Orbán souhaite amender la Constitution pour interdire toute installation obligatoire de migrants sur le sol du pays. L’amendement à la Constitution stipulera que « les réinstallations collectives sont interdites », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse. Un vote est envisagé dès le mois de novembre. Le projet d’amendement sera discuté dès aujourd’hui en Conseil des ministres.

 

Photo : Viktor Orbán – Crédit European People’s Party / Flickr

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