Ancienne mine d’or de phosphate, l’île de Nauru vit depuis le début du XXIe siècle dans la pauvreté due à la gestion désastreuse de ses ressources naturelles. L’opulence des années 70 a fait apparaître aujourd’hui le taux d’obésité le plus élevé au monde.

Grandeur et décadence, tel pourrait être le scénario de cette petite île. Située en Micronésie, à près de 3000 kilomètres des côtes australiennes, l’île de Nauru n’a plus rien de sa splendeur datant. Nauru ne compte que 10 000 habitants et une seule route, mais se trouve être le plus petit État au monde, bénéficiant d’un siège aux Nations Unies. Un État certes, mais sans capitale. Face à une superficie de 21 kilomètres carrés, impossible de développer quelconque agriculture ou industrie sur l’île. Le ravitaillement est fait par cargo, une fois par mois. L’importation est donc de mise. Il existe également un président de la République, élu pour un mandat de trois ans. Mais la faiblesse politique de l’île fait que le dirigeant actuel est le 31e président de l’histoire du pays, indépendant seulement depuis 1968. Une simple alliance d’un petit groupe de personnes peut renverser le pouvoir. Devant ces difficultés, comment ce micro-Etat a-t-il pu parvenir à l’indépendance ?

LE PHOSPHATE, UNE MACHINE À FABRIQUER DES BILLETS

Ancienne colonie, l’île de Nauru vit dans l’indifférence jusqu’en 1898. À cette date, les Australiens y découvrent une importante ressource en phosphate et commence à l’exploiter. Il faut dire que cet élément est très utile en engrais. Le phosphate nauruan alimente donc l’agriculture australienne et britannique. L’île de Nauru commence alors son développement. Des infrastructures indispensables à l’extraction de la matière phare. La production nauruane de phosphate est une poule aux œufs d’or pour l’Australie, ce qui n’échappe pas à Nauru. Après plus d’un demi-siècle d’exploitation certes paternaliste par le pays des kangourous, les revendications de la population ont porté leurs fruits. Le 31 janvier 1968, Nauru obtient le statut d’État.

Évidemment, la première décision des nouveaux dirigeants est de nationaliser l’exploitation de la mine de phosphate. La période est faste, le cours du phosphate s’envole. Dès lors, la vie des Nauruans n’est plus la même. La richesse s’empare de la population, le PIB par habitant est trois fois plus élevé qu’aux États-Unis. L’année 1974 est celle de tous les records : 225 millions d’euros de bénéfice pour le pays.

Nauru investit alors sa fortune dans l’immobilier. Des buildings sont construits à Melbourne et à Washington, des terres sont achetées dans divers pays du pacifique, des spectacles sont entièrement financés par l’État, un golf luxueux est construit sur l’île. La compagnie aérienne nationale est aussi créée, Air Nauru, couvrant la majeure partie de l’Océanie. Malheureusement pour le pays, cette vie dorée ne durera pas.

UNE GESTION CATASTROPHIQUE

À l’aube du XXe siècle, les ressources de phosphate sont à sec. L’État est en faillite. Autrefois plus haut revenu annuel moyen par habitant derrière l’Arabie Saoudite, l’État de Nauru doit sa chute vertigineuse à une gouvernance de son économie désastreuse. Durant la prospérité post 68, les dirigeants qui se sont succédés ont mené une gouvernance extravagante, exprimée par des investissements douteux, n’ont pas assuré l’avenir du pays. Même si l’expiration des ressources de phosphate n’était pas méconnue, une telle masse d’argent accumulé aussi facilement aurait suffi, avec une gestion sérieuse, à pérenniser le futur de l’État.

L’opulence des années de richesse a engendré de mauvaises habitudes alimentaires. Le pays recouvre aujourd’hui le plus fort taux d’obésité de la planète. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 95 % de la population est en surpoids. Les habitants se plaignent aujourd’hui de ne manger plus que du poisson, nourriture du « pauvre » pour les îles du Pacifique. La nourriture est de moins en moins disponible, détruisant la notion de solidarité entre les citoyens nauruans, pourtant très présente du temps de la période faste. L’État ne semble pas informer la population sur un mode de vie sain. De ce fait, le seul organisme public fonctionnant correctement est l’hôpital.

Aujourd’hui, la quasi-totalité du territoire de Nauru ressemble à un désert de pierres. La surexploitation du phosphate sur l’île a dégradé l’environnement. 80% de la surface du territoire a été creusée, la déforestation a tué des espèces entières d’oiseaux.

Symbole de la déchéance du petit pays, le célèbre building lui appartenant à Melbourne a du être vendu en 2004 pour essayer de rembourser ses dettes. L’État commence alors à blanchir de l’argent et à vendre des passeports, chose qui ne bénéficiait pas aux Nauruans. La mafia russe de St Petersbourgh a blanchi à Nauru près de 70 milliards de dollars. Le pays a même appartenu à la liste noire des paradis fiscaux. Le système de sociétés-écrans n’existe plus aujourd’hui, ce qui fait que Nauru a été retiré de cette liste noire, mais des faux passeports circulent encore dans le monde.

SOUMIS À L’ASSISTANAT

Nauru applique aujourd’hui, pour survivre, la diplomatie de carnet de chèques. Taiwan a racheté par des banques créancières pour 10 millions de dollars le charter faisant quelques allers-retours Nauru-Australie. En échange, Taiwan est soutenu par Nauru sur la scène internationale, et notamment dans sa lutte pour obtenir un siège à l’ONU. Pour preuve, la seule ambassade présente sur l’île est celle de Taiwan.

L’île abrite également une prison, à disposition non pas de l’État, mais de l’Australie. Ce camp de détenus est habité par des clandestins que l’Australie capture dans les eaux internationales, près de leurs côtes. Le fait que ces clandestins soient directement amenés à Nauru ne leur permet pas de demander le statut de réfugiés politiques en Australie. Ce système rapporte à Nauru plusieurs millions de dollars chaque année. Devant un début de polémique, le nouveau premier ministre australien a stoppé les acheminements de clandestins vers Nauru.

Les habitants de Nauru devaient être chacun millionnaires, ils ne leur restent aujourd’hui plus rien. Une lueur d’espoir est cependant apparue. Des géologues affirment qu’il existerait sous les anciens gisements, de nouvelles sources de phosphate. Des explorations ont été lancées, financées par de grands entrepreneurs australiens. Une bonne nouvelle en trompe l’œil, puisque compte tenu des dettes encore en cours, Nauru et ses habitants n’en tireront aucun bénéfice.

L’histoire de Nauru est à prendre en exemple, notamment pour les pays du Golfe s’enrichissant exclusivement grâce aux ressources naturelles, mais également pour les économies capitalistes.

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