Imbros vue depuis le port de Kabatepe, dans les Dardanelles. Crédit Alexis Dumont.

Imbros, le calme après la tempête

Imbros, aussi nommée Gokçëada, est une petite île turque à l’entrée du détroit des Dardanelles. Longtemps lieu de disputes territoriales, notamment entre la Grèce et la Turquie, elle a été il y a quelques décennies le théâtre de violentes persécutions des communautés orthodoxes qui la peuplaient. Aujourd’hui, la paix semble régner. Le retour du calme et les décors pittoresques en ont fait un lieu hors du temps. Reportage photo.

À l'est de l'île, le lac de Tuz Gölu est couvert de sel. Il rappelle l'époque où l'île vivait en autosuffisance de ses ressources naturelles. Crédit Alexis Dumont.

À l’est de l’île, le lac de Tuz Gölu est couvert de sel. Il rappelle l’époque où l’île vivait en autosuffisance de ses ressources naturelles. Crédit Alexis Dumont.

Suite à la guerre des Balkans, le traité de Lausanne donnait Imbroz à la Turquie en 1923. Les populations grecques, largement majoritaires, étaient cependant autorisées à rester sur l’île. Jusqu’aux années 1950, la vie des Grecs de Turquie était plutôt tranquille. L’île disposait de nombreuses richesses naturelles et vivaient économiquement de la pêche.

Plusieurs peuples avaient auparavant vécu sur l’île.

Une « prison à ciel ouvert »

À partir de 1955, des tensions ont commencé à naître à l’encontre des orthodoxes – d’origines grecques – avec le début du conflit Chypriote. Les musulmans ont été persécutés et chassés par la Grèce en Thrace occidentale, tandis que les communautés orthodoxes d’Imbros, Tenedos et d’Istanbul ont connu le même sort côté turc.

Pour faire partir les orthodoxes d’Imbros, la Turquie a eu recours à plusieurs techniques. Elle a incité l’arrivée de colons turcs et militarisé l’île. Il faut savoir que sa localisation, juste à l’entrée des Dardanelles, en a toujours fait un point militaire stratégique. Mais la décision la plus controversée est celle, en 1965, de faire d’Imbros une « prison à ciel ouvert ». Les criminels condamnés par la justice sont envoyés sur l’île, où ils peuvent se déplacer librement. De nombreux meurtres et agressions ont lieu. La plupart de la population grecque s’est exilée vers la Grèce, les États-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Europe de l’Ouest… aujourd’hui, seuls 200 Grecs sont des habitants permanents, contre 12 000 avant ces événements.

Le calme est revenu

Environ vingt ans plus tard, le bagne a finalement été fermé, car les détenus s’en prenaient également aux populations turques, de plus en plus nombreuses. Les bases militaires sont, elles toujours présentes, mais le calme est revenu sur l’île.

Les habitants sont restés dans une très large majorité turcs depuis les années 1980. L’été, la population de l’île triple. C’est du principalement au tourisme en provenance de Turquie et des Balkans de l’est (Roumanie et Bulgarie) mais aussi aux retours temporaires des grecs exilés. Malgré cet afflux, cette terre de 40km de long reste très rurale et pittoresque. Orthodoxes et musulmans cohabitent pacifiquement sur la plus grande île de Turquie, point le plus à l’ouest du territoire national. Beaucoup d’habitants sont âgés ; le rythme de vie est paisible.

Un décor aride et une faune surprenante

Exceptée son unique ville « Merkez » et sa dizaine de villages, les paysages d’Imbros sont secs et désertiques. On est bien loin du temps ou elle était auto-suffisante. Aujourd’hui, même l’eau potable est importée depuis le continent.

Malgré la chaleur, le sec, les vents violents, beaucoup d’animaux peuplent Imbros et contribuent à l’harmonie qui y règne.

Avant la création de l’aéroport il y a quelques années, le bateau était l’unique voie d’accès vers Imbros. Il reste la plus utilisée, les avions étant très rares. Durant la traversée, on peut voir l’île d’un bout à l’autre, tandis que la cime de ses crêtes s’enfonce peu à peu dans l’horizon de la mer Égée.

Couché de soleil sur Imbros. Crédit Alexis Dumont.

Couché de soleil sur Imbros. Crédit Alexis Dumont.

Photo de bannière : Imbros vue depuis le port de Kabatepe, dans les Dardanelles. Crédit Alexis Dumont.

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