Immersion dans l’Irak aux mille parfums de Feurat Alani

Ancien correspondant à Bagdad entre 2003 et 2008 pour I-Télé, Ouest-France, La Croix et Le Point, Feurat Alani est un reporter mais aussi un producteur à l’œil aguerri. À la tête d’une agence de production, il évoque avec nostalgie l’Irak qu’il a connu lorsqu’il était enfant dans un roman graphique intitulé Le Parfum d’Irak.

Le 10 octobre dernier, Feurat Alani, Léonard Cohen et Tomas Zribi présentaient ensemble Le parfum d’Irak. Crédit photo : Marceau Debris

Le Journal International : Votre roman graphique a été publié cette année, adapté en web série par Arte c’est une réussite incontestée, quelles ont été vos motivations à l’initiative de ce projet ?

Feurat Alani : Ce projet est né de tweets écrits à l’été 2016, de manière spontanée, pour donner une contre-info sur l’Irak. Je parle de l’Irak toujours dépeint à travers le prisme de la violence, de la guerre et des morts. Ma démarche était de raconter le versant de l’histoire. Des petites pour raconter la grande. Non pas masquer la guerre, je la raconte aussi, mais surtout parler des vivants. J’ai donc écrit plus de 1000 tweets et suite aux nombreux retours de lecteurs, nous avons décidé avec des amis collègues de Nova production de nous lancer dans le projet Le Parfum d’Irak. Nous sommes allés voir Arte, média que je connais bien puisque je travaille souvent pour eux, et la websérie a vite été signée. Le livre est venu juste après ma rencontre avec l’éditrice des Éditions Nova, Sidonie Mangin, au sein de Radio Nova.

JI : Pourquoi avoir choisi de rédiger ce roman via des tweets ?

FA : À l’époque, j’avais juste ressenti le besoin de témoigner car j’étais en colère face à cette info mortuaire. J’ai moi-même couvert la guerre en Irak et s’il a fallu raconter les morts, je choisissais déjà les vivants dans mes histoires. Qui sont les Irakiens? J’avais envie d’y répondre. Par la suite, le livre fut une évidence après en avoir discuté. Mes tweets forment un texte, avec une chronologie, mais surtout un récit, en plus accompagné de superbes illustrations de Léonard Cohen.

JI : En somme, n’est-ce pas ici une nouvelle forme de raconter et de diffuser l’information internationale ?

FA : Je crois que c’est assez nouveau d’écrire sous cette forme, qui m’a été imposée par les 140 signes de Twitter (à l’époque). Des livres de journalistes, il y en a des tas. Cette histoire est, je l’espère, plus qu’un livre de journaliste. C’est un témoignage subjectif qui allie à la fois l’intime et le reportage. Raconter l’Irak avec ce regard familial, c’est peut-être l’originalité de ce projet.

JI : Votre récit prend fin en 2011 à la veille du retrait des soldats américains, pourquoi ? Êtes-vous retourné en Irak depuis 2011 ?

FA : 2011 est une date symbolique. C’est une page qui se tourne et il fallait aussi pour des raisons de longueurs s’arrêter là. J’y suis retourné par la suite, environ une fois par an jusqu’à 2016. J’ai encore des choses à raconter bien sûr. D’autres pages se sont écrites depuis 2011 et je pense pouvoir apporter un regard encore personnel sur la question même si j’y suis retourné pour des reportages. L’Irak est encore dans un maelstrom. Le pays sombre.

JI : L’importance des illustrations est particulièrement frappante à la lecture de votre roman, les images parlent finalement d’elles-mêmes. Si vous deviez-en choisir trois, lesquelles seraient-elles ?

FA : D’abord le Saddam Cyclope qui représente pour moi Big Brother d’Orwell. Cette ombre silencieuse mais dont on a peur. L’image du soldat US face au combattant irakien. Un face à face symbolique qui a aussi dessiné l’Irak d’aujourd’hui. Enfin pour finir, celle de mon père, abattu et ivre, devant la télévision face aux bombardements américains en 1991.

Photo de bannière. Crédits : Feurat Alani & Léonard Cohen 

Étudiant en communication, j’ai à coeur d’évoquer les questions sociétales.

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