Incendie de Notre-Dame de Paris : vers un scandale sanitaire ?

Les 15 et 16 avril 2019, le monde entier est sous le choc des images de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes. Dans les heures qui suivent la catastrophe, sur le sol français, nombreuses sont les réactions du personnel politique et de la société civile. Le Président de la République annonce, sans plus attendre, sa volonté de faire reconstruire ce monument historique d’ici cinq ans. En revanche, la question des risques sanitaires semble complètement éludée dans la communication de l’Élysée.

Après l’incendie survenu il y a bientôt huit mois sur l’Île de la Cité, la reconstruction de la cathédrale fait l’objet de maintes conversations, occultant ainsi les conséquences sanitaires de ce sinistre. En axant sa communication sur le défi que représente un tel chantier, l’Élysée minimise les éventuels impacts sur la santé des riverains. Le 20 septembre 2019, le New-York Times révèle qu’un taux de plomb élevé a été recensé à proximité de Notre-Dame. Ce plomb provient notamment des 450 tonnes présentes dans la toiture et la charpente de la cathédrale. Selon une analyse réalisée sur le balcon d’un appartement situé à Saint-Germain-des-Prés, le taux enregistré dépasse d’environ vingt fois le seuil recommandé.

La flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris en proie aux flammes

Le plomb au centre de la polémique

Il s’agit d’une substance toxique qui s’accumule puis se diffuse dans l’organisme pour rejoindre les différents organes. C’est à ce moment-là que le plomb exerce ses effets nocifs. Il se stocke dans les dents et les os, où il s’accumule au fil du temps avant d’atteindre le cerveau, le foie, les reins. Afin d’évaluer l’exposition humaine, on mesure généralement la concentration de plomb dans le sang. Cependant, cette substance s’avère beaucoup plus nocive chez les enfants. En effet, pour une même quantité ingérée, l’organisme des enfants en absorbe 4 à 5 fois plus que les adultes. Pouvant entraîner de graves séquelles neurologiques, l’intoxication au plomb, aussi appelée « saturnisme », affecte plus particulièrement le développement du cerveau et du système nerveux. 6 000 enfants vivent aujourd’hui dans un rayon de 800 mètres autour de la cathédrale.

Pour de faibles niveaux d’exposition, la contamination au plomb se manifeste souvent par une baisse du quotient intellectuel ou encore par des retards comportementaux. Dans le cas d’une exposition bien plus importante, elle peut conduire à des convulsions, un coma et même la mort. Les enfants ayant survécu à une intoxication aigüe ont de fortes chances de souffrir de troubles du comportement. Chez l’adulte, être contaminé au plomb signifie un risque accru d’hypertension artérielle, de stérilité, de lésions rénales et, enfin, de fausses couches pour les femmes enceintes.

Réagir face une intoxication aigüe

En l’absence d’une information claire et rapide des autorités françaises, une prise en charge médicale optimale demeure impossible. Après le diagnostic d’une intoxication aigüe, il faut rapidement utiliser des agents de chélation comme les acides DMSA et EDTA. Une fois injectés dans le sang, ces agents se lient aux molécules de métaux lourds (tels que le plomb) et permettent de réduire la plombémie pratiquement de moitié. L’élimination du plomb s’effectue alors par l’intermédiaire des urines. En ce qui concerne l’EDTA, le traitement dure en moyenne cinq jours. A l’heure actuelle, une analyse du taux de plomb n’a que très peu de pertinence puisque la plombémie est une mesure ponctuelle témoignant de l’exposition récente. La communauté scientifique ne pourra donc affirmer l’existence d’un scandale sanitaire que dans les années à venir.

 

 

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