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Inde : le sexe prénuptial déclaré « immoral »

Le mois dernier, le juge indien Virender Bhat a qualifié le sexe prénuptial d’acte « immoral » et « allant à l’encontre des principes de toutes les religions » lors du jugement d’une affaire de viol présumé entre une femme et un homme qu’elle avait rencontré sur internet à Delhi.

Après que l’homme de 29 ans lui ai promis de l’épouser, une jeune femme avait accepté d’avoir des rapports sexuels avec lui, avant qu’il ne brise sa promesse, et qu’elle ne l’accuse de viol par la suite. Le juge a fait ces déclarations après avoir refusé de qualifier de viols ces actes sexuels.

« AUCUNE RELIGION DANS LE MONDE NE PERMET LE SEXE PRÉNUPTIAL »

Alors qu’il présidait le procès, le juge Virender Bhat a déclaré que « chaque acte de relations sexuelles entre deux adultes avec l’assurance d’une promesse de mariage ne devient pas un viol lorsque l’assurance ou la promesse n’est pas respectée plus tard par le garçon ».

Avant d’ajouter : « Lorsqu’une adulte, instruite et travailleuse s’assujettit elle-même à des relations sexuelles avec un ami ou un collègue car ce dernier lui a promis de l’épouser, elle le fait en son âme et conscience. Elle doit comprendre les conséquences de son acte et doit être consciente qu’il n’y a aucune garantie que le garçon respectera sa promesse. Il peut ou non, respecter sa promesse. Elle doit être consciente qu’elle s’engage dans un acte qui non seulement est immoral, mais qui va aussi à l’encontre des principes de toutes les religions. Aucune religion dans le monde ne permet le sexe prénuptial. »

UN SUJET PLUS QUE TABOU

En Inde, le sexe prénuptial reste un sujet tabou qui a mené à de nombreuses controverses. L’année dernière, un juge indien a défini le concubinage comme « un produit immoral et infâme hérité de la culture occidentale ». Alors qu’en 2005, après avoir déclaré qu’« il n’était pas grave pour une femme d’avoir des rapports sexuels prénuptiaux si elle se protégeait, et qu’un homme ne pouvait attendre de sa femme qu’elle soit vierge », l’actrice Kushboo a été attaquée de toute part pour avoir « scandalisée la décence publique. »

Malgré le fait que le kamasutra y ai été inventé, l’Inde est aujourd’hui un pays très conservateur dans lequel le sexe est considéré par certains comme un moyen de reproduction et non de recherche de plaisir et d’éveil des sens. La relation conflictuelle de l’Inde avec le sexe rend les rapports entre hommes et femmes très compliqués dans le pays, menant parfois à de nombreuses affaires de viol. On estime qu’environ 15 000 viols ont lieu en Inde chaque année. Le pays occupe la 5e place du plus grand nombre de viols commis dans le monde, les Etats-Unis occupant la 1ère place avec environ 95 000 viols tous les ans.

Après qu’une étude ait montré l’année dernière que 53 % des enfants en Inde avaient subi une forme de violence sexuelle, une loi criminalisant les rapports sexuels entre individus de moins de 18 ans avait été votée. Cette loi qui avait à l’origine pour visée de protéger les enfants de toute agression sexuelle quelle qu’elle soit a cependant été dénoncée par l’ONG Human Rights Watch qui a déclaré à son sujet : « le cadre légal devrait encourager les adolescents à gérer leur sexualité d’une manière éclairée et responsable, non les punir pour en avoir eu envie. »

UNE POSSIBLE EVOLUTION DES MŒURS ?

Aujourd’hui néanmoins, la jeunesse indienne parle de sexe avec moins de gêne, instaurant un climat de choc des générations dans le pays. L’écrivaine et chroniqueuse du Bombay Times et de l’Asian Age, Shobaa De, a déclaré dans une interview « la victoire aujourd’hui, c’est qu’on a désormais le droit d’écrire que telle ou telle actrice a décidé d’élever son enfant seule, sans être censuré pour écrits subversifs à l’encontre des traditions. »

Il y a deux ans, la Cour Suprême a rejeté une série de plaintes contre l’actrice Kushboo quant à son positionnement sur le droit des femmes d’avoir des rapports sexuels avant le mariage en lui exprimant son soutien. Avant de reconnaitre également, il y a peu, le droit des couples non mariés à vivre ensemble. Un positionnement de la Cour Suprême indienne qui laisse espérer à une évolution des mœurs indiennes et du rapport des Indiens avec le sexe.

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