Interview sport : Lianick Comba

Jeune footballeur, Lianick Comba vit ce que l’on pourrait appeler un vrai « rêve américain ». Celui qui a évolué à Bondy avec un certain Kylian Mbappé est en effet l’un de ces jeunes joueurs qui ont su se reconstruire au cours d’un parcours atypique. Entre voyage à Istanbul, entourage familial, et renaissance actuelle aux Etats-Unis, récit d’une jeune carrière déjà riche en rebondissements, et instructive sur un monde parfois opaque.

Bonjour Lianick, nous voulions évoquer avec toi ton parcours. Après des débuts en jeunes en Île de France, tu as fait le choix de partir en Turquie. Pourquoi ce choix ?

  • Lorsque l’opportunité d’évoluer en Turquie se présenta à moi, c’était pour jouer en professionnel pour la première fois pour l’équipe d’Antalya. C’est toujours difficile de quitter sa famille surtout très jeune pour partir évoluer à l’étranger mais cela fait partie des sacrifices d’un footballeur pour réussir. D’ailleurs, je trouve fou de me dire aujourd’hui que j’ai visité beaucoup de pays grâce à une balle en cuir !
    Malheureusement dans certaines familles de footballeur on donne une confiance aveugle aux agents et pour ma famille cela a été le cas. Ils n’ont jamais rencontré mon premier agent et avec ce qui s’est passé, ils ont appris de leurs erreurs et ont rencontré les autres pour voir si leurs projets étaient sérieux ou s’ils travaillaient simplement pour leur propre intérêt.

Quel était ton rapport personnel aux agents ?

  • J’étais à la fois très heureux et sur mes gardes, car dans le monde du football, les agents sont comme des requins à la recherche du « bon pigeon ». Pour être honnête avec vous, j’étais le genre de footballeur qui ne croyait pas à toutes ces légendes car auparavant je n’avais jamais eu d’agent qui m’avait contacté directement pour me proposer une expérience à l’étranger : ils sont toujours passés par mes entraîneurs. Je pensais que tout était question de niveau, au mérite plus particulièrement. Je trouve cela dommage car il y a de supers agents qui existent et qui se donnent à fond et j’ai pu voir que dans ce milieu certains en profitent et usent de la crédibilité d’autrui.

Si je comprends bien, ta mauvaise expérience vient donc de l’agent qui t’a permis de tenter ta chance en Turquie ?

  • Mon premier agent était turc et il avait des contacts très fort en Turquie, donc avec quelques joueurs du club de mon époque, nous avions décidé d’évoluer avec cet agent. À vrai dire j’ai été l’élément déclencheur de cette prise de décision.
    Il nous avait rencontré dans un hôtel luxueux et avait commencé par nous poser des questions sur les sommes qu’on touchait en France. Évidemment personne ne gagnait de l’argent : nous n’étions pas des footballeurs pros. Il nous a répondu, je cite, “je vous promet qu’avec moi vous aurez un contrat pro très juteux à une seule condition : vous devez signer ce contrat de responsabilité entre vous et moi”.
    Le problème c’est que le contrat était entièrement en turque, que nous ne pouvions pas comprendre : il savait que nous ne pouvions pas lire le contrat. Mon entraîneur de l’époque et les joueurs ont tous été réticents, mais pas moi. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre et l’agent commençait à faire du chantage en disant qu’il ne nous emmènerait pas à Istanbul tant que nous n’avions pas signé ces contrats. En réalité dans ces contrats, il était indiqué qu’il pouvait accepter ou refuser une offre d’un club turque pendant deux ans à notre place en cas d’intérêt de ce dernier.

Quelles conséquences cela a-t-il pu avoir sur ton expérience en Turquie ?

  • Lors de mon tryout (test) plusieurs clubs pros m’ont vu et ont demandé des renseignements sur moi. Je l’ai su grâce à un footballeur pro international espoir français qui évoluait depuis quelques années en Turquie, et c’est là où j’ai appris toute la vérité. Il y avait 3 clubs qui me voulaient mais mon ancien agent a refusé toutes les offres, car la prime à la signature qu’il aurait touché n’était pas dans ces attentes.
    Avec mes coéquipiers, on est parti à l’aéroport un jour avant le décollage de notre vol retour en France sans aucun accompagnement car l’agent s’était volatilisé juste après ce qui s’était passé. On était livré à nous-mêmes et on était à deux heures de l’aéroport Sabiha Gökçen d’Istanbul sans argent. On a dû de passer la nuit à l’aéroport. D’un autre côté, cela m’a appris à avoir un mental d’acier et à ne plus reproduire les mêmes erreurs. Mon départ aux États Unis a fait grand bruit car il a essayé à nouveau de me contacter mais malheureusement pour lui il a eu affaire à ma messagerie. Cela a été une expérience qui m’a servi pour le futur, car l’erreur est un pas de plus vers le succès.

Malgré ces manœuvres de ton argent, tu gardes quand même quelques bons souvenirs de la Turquie ?

  • Partir en Turquie a pour moi été une expérience de courte durée certes mais très enrichissante. Les différences que je trouvé en comparaison de la France ont surtout été au niveau du transport au départ. En France, il est plus facile de se déplacer car le réseau ferroviaire y est important. Ce qui m’a choqué ensuite, c’est que lorsque tu débarque à l’aéroport, tu sens que dans leur culture, le foot est très important. On m’a demandé de faire au moins une dizaine de selfies. Que ce soit hôtesse de l’air ou steward, ils étaient très aimables et admiratifs lorsque je leur disais le club où j’étais censé évoluer.

Revenons sur ton expérience actuelle aux Etats-Unis. Comment a été perçu ton départ après ta tentative avortée en Turquie ?

  • Partir aux États Unis n’est pas donné à tout le monde. Pour y arriver, il faut faire de nombreux sacrifices, il faut s’entourer de personnes qui ont les mêmes objectifs que toi et aussi la même ambition. A l’époque, mon entourage me freinait beaucoup. On ne croyait pas en moi, on me disait : « comment ça se fait que tu es là alors que tes coéquipiers sont tous en équipe de France ? ». Et lorsque je disais que c’était à cause de ma myopie que j’avais pris du retard, car j’ai évolué pendant toute ma jeunesse sans lunettes, on me qualifiait de fou.
    Certes je pense que je suis fou c’est vrai, je m’entraîne très tard la nuit avec acharnement, je quitte ma famille régulièrement à cause du foot mais au moins je suis heureux de dire que je ne me mens pas. Je suis heureux de continuer à faire ce que j’ai toujours voulu faire depuis petit, tandis que d’autres se mentent à eux-mêmes et préfère critiquer au lieu de prendre des risques. Ces “autres” ne font plus parti de mon entourage car nous n’avons pas les mêmes valeurs et lorsqu’un homme a des valeurs, il a forcément des ennemis. C’était comme un défi pour moi de leur montrer qu’après l’échec de ma tentative de signer professionnel en Turquie, je continue le football, et que je m’épanouis dans l’apprentissage de nouvelles cultures et langues.

Le processus de recrutement et de post-formation aux Etats-Unis est assez peu connu en Europe, peux-tu nous expliquer comment cela s’est déroulé pour toi ?

  • Je suis parti aux États Unis avec l’agence FFFUSA, des mecs supe qui sont à l’écoute : je me sens pour une fois encadré dans ma carrière de footballeur grâce à eux.
    J’évolue à la Southern New Hampshire University pour le programme des « Penmen men’s soccer ». Aux États Unis il y a vraiment cette culture du sport et il y a des infrastructures dignes des plus grands club pros en Europe. Je me sens épanoui et concentré dans mon but de devenir footballeur professionnel aux États Unis grâce à un système appelé « draft». Ce sont des joueurs universitaires comme moi qui sont sélectionnés lors de leurs dernière année d’éligibilité universitaire (NCAA) par des franchises MLS (Major League Soccer, ligue principale de football aux USA ndlr) pour jouer dans la ligue.

Quel regard portes-tu sur la qualité du football aux Etats-Unis ?

  • Pour être honnête, le soccer (ndlr : aux Etats-Unis, le terme football est associé au football américain) aux États Unis est plus compliqué qu’on l’imagine. Il n’est pas uniquement fait de joueurs nord-américains. Il faut le souligner car il y a les meilleurs joueurs d’Amérique du sud (Brésil, Argentine, Colombie, Mexique…), qui rêvent d’évoluer en ligue universitaire américaine, et ils doivent avoir le niveau pour avoir une bourse sans compter les joueurs européens qui sont là également. Partir aux États Unis c’est plus qu’un plan B, c’est une option de vie pour devenir professionnel ou, si cela ne marche pas, avoir un très bon diplôme universitaire américain et également devenir bilingue. J’espère de mon côté devenir pro à la fin de mes études. Mon rêve serait d’être drafté et pourquoi pas, si Lionel Messi part en Major League Soccer d’évoluer à ces côtés avec Blaise Matuidi (international français qui évolue à l’Inter Miami en MLS).

Crédits image : @piensaenpixel

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