Iran : les Moudjahidine du peuple et la menace pour le régime [2/2]

La récente révolte populaire contre la vie chère et la dérive totalitaire du pouvoir islamiste, a eu l’effet d’un séisme politique en Iran. Pour la première fois depuis les manifestations massives post-électorales de 2009, le pays est secoué par un soulèvement populaire de grande ampleur, emmené par l’Organisation des Moudjahidine du Peuple iranien (OMPI) qui revendique, non plus « où est mon vote ? » mais la fin de la dictature religieuse au pouvoir depuis près de 40 ans en Iran. 

Outre les familles des prisonniers politiques et de plus d’une centaine de milliers de martyrs exécutés en Iran, la base populaire de l’Ompi se fonde principalement sur les réseaux de sympathisants parmi la jeunesse et la classe moyenne, désillusionnés par l’incapacité du régime à se réformer. Si en l’absence d’élection libre, on ne peut trancher sur la représentativité réelle du mouvement, on peut cependant remarquer que les Iraniens sont nombreux à voir dans l’OMPI le seul mouvement structuré capable d’organiser le renversement du régime.

L’importance des réseaux

Le régime, prenant la mesure de l’influence des réseaux de l’OMPI dans les évènements récents, les a comparé à de « la braise sous les cendres ». En effet, les cellules organisées et souterraines et les familles des martyrs et des prisonniers politiques forment un large réseau social à travers l’Iran. Il n’y a pas un quartier dans les grandes villes où des habitants ne soient victimes de la répression ou n’aient parmi leurs proches quelqu’un qui ai été ou fusillé ou pendu, ou exilé pour raison politique.

Grâce à son assise populaire, l’OMPI dispose également d’un réseau de renseignements efficace à l’intérieur même des différents appareils étatiques et militaires du régime. C’est ainsi que l’organisation a pu transmettre à la presse, des dizaines de révélations, de renseignements détaillés sur l’avancement du programme d’armement nucléaire clandestin du régime et les filières terroristes et intégristes des mollahs dans le monde.
En août 2002, le monde apprenait, grâce à l’OMPI, l’existence d’un programme clandestin de production d’arme nucléaire par les mollahs. De nombreuses personnalités politiques et anciens inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA) ont rendu hommage au mouvement pour le service inestimable rendu à la communauté internationale en contribuant à stopper les ambitions nucléaires funestes des pasdaran 

Une alternative viable

À travers la campagne de diabolisation de ses opposants, le régime iranien a pour but de convaincre ses interlocuteurs qu’il n’existe pas d’alternative viable ni de chance de changement de l’intérieur, laissant pour unique choix des concessions ou la guerre, deux solutions indésirables. Or, l’existence d’une alternative politique viable pour prendre la relève après le renversement de la dictature iranienne, est l’une des particularités du contexte iranien. Malgré la répression féroce qui a sévi contre l’opposition, le Conseil national de la Résistance iranienne, une coalition des forces d’opposition démocratique, a continué son combat grâce aux efforts inlassables de ses membres durant laquelle la répression du régime était intense.

Le Conseil National de Résistance Iranienne (CNRI) se présente comme une vaste coalition d’organisations, groupes et de personnalités qui se réfèrent tous aux principes démocratiques universels. Fondée en 1981 à Téhéran par Massoud Radjavi, pour contrecarrer la toute-puissance des mollahs et porter les valeurs de la démocratie laïque, le CNRI compte 500 membres, représentant non seulement les cinq organisations d’opposition au régime, avec en premier lieu, la plus nombreuse et la mieux structuré, l’OMPI, ou les Fedayines du peuple, mais également les minorités ethniques et religieuses, kurde, baloutche, arméniens, chrétiens, juifs, zoroastrien. Ces travaux s’organisent autour de de 25 commissions. Ce qui confère à la résistance iranienne une liberté de ton et une réactivité remarquable aux événements. Ces commissions préfigurent le gouvernement provisoire de coalition qui serait appelé à gouverner le pays après un éventuel renversement de la théocratie, pendant la période de transition indispensable.

Le programme du CNRI

Le CNRI prépare dès à présent l’avènement de l’Iran démocratique qu’attendent non seulement les Iraniens mais tous ceux qui par le monde militent pour les valeurs des droits de l’homme. Maryam Radjavi, Présidente du CNRI, a présenté le 10 avril 2006 à Strasbourg, lors d’une réunion à l’Assemblée parlementaire de Conseil de l’Europe, les grandes lignes du projet de CNRI pour « l’Iran de demain ». Un programme qui préconise entre autre  « le vote populaire comme seul critère d’évaluation de la légitimité » ; « un système pluraliste », « la liberté de partis et d’association » ; « l’abolition de la peine de mort » ; « la séparation de la religion et de l’Etat » et « la fin des discriminations à l’égard des minorités »; « l’égalité entre les femmes et les hommes dans le domaine des droits politiques et sociaux et la participation égale des femmes à la direction politique. »
Le chemin est encore long.

Photo de bannière : Hamed Malekpour/Agence France-Presse — Getty Images

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