Hassan Rohani. Crédit Thierry Ehrmann (Flickr).

Iran : le Président Rohani face à son bilan

Ce vendredi 19 mai, près de 55 millions d’électeurs iraniens sont appelés aux urnes. Ils devront désigner leur nouveau Président de la République. Un scrutin sous haute-tension qui force au bilan sur les quatre années de présidence « modérée » de Hassan Rohani et, surtout, sur l’accord nucléaire.

C‘est un scénario surprenant qui s’est dessiné dans cette dernière semaine précédant l’élection présidentielle iranienne 2017. Le président sortant, le modéré Hassan Rohani, arrivait comme grand favori dans les sondages. Mais suite à des accusations de corruption et au désistement inattendu de l’un des deux principaux candidats conservateurs, Mohammad Baqer Qalibaf, maire de Téhéran, au profit de l’autre conservateur Ebrahim Raissi, l’incertitude gagne du terrain. Le manque d’expérience de ce dernier, un religieux proche de l’ayatollah Ali Khamenei, pourrait le desservir. Sa candidature avait d’ailleurs créé la surprise.

Rien pour autant n’est gagné d’avance pour M. Rohani. Lui qui avait remporté l’élection de 2013 dès le premier tour pourrait cette fois-ci être contraint à un second tour. Il se présente avec un bilan très mitigé. Malgré l’accord nucléaire, qualifié de « pari raté » [pour la communauté internationale, ndlr] par le politologue Bruno Tertrais, les progrès qu’il laissait espérer tardent à venir. La militante des droits humains Simin Nouri dresse un état des lieux inquiétant de l’évolution de la situation du pays dans l’ouvrage 12 experts décryptent le régime iranien… (à paraître aux éditions Autrement), mentionnant entre autre le nombre d’exécutions record, comprenant femmes et enfants.

Un système électoral ni libre ni équitable

Le rôle du président est cependant assez limité en Iran. Il n’est pas chef de l’État, fonction du guide suprême. L’experte en conflit Ramesh Sepehrrad et l’analyste de la politique iranienne Reaz Bulorchi affirment que « tant que l’institution du guide suprême restera en place, le système restera intrinsèquement et structurellement incapable de réformes en profondeur ». Difficile donc pour Hassan Rohani d’appliquer des mesures progressistes ou sociales. C’est pourtant pour cela qu’il avait été élu il y a quatre ans, profitant du vote des minorités ethniques et religieuses et des classes socio-économiques les plus démunies. Ces catégories d’électeurs, chez qui le taux d’abstention est traditionnellement élevé, pourraient bien sanctionner le bilan du président.

Se présenter à l’élection présidentielle iranienne implique de respecter des critères très sélectifs. Seuls les hommes chiites sont potentiellement éligibles. Le Conseil des gardiens permet de garder un contrôle religieux sur la politique en validant ou non les candidats.

Qu’importe le résultat du scrutin, la situation socio-politique et diplomatique de l’Iran restera complexe.

Photo de bannière : Hassan Rohani. Crédit Thierry Ehrmann (Flickr).

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