Italie : le « derby Capitolino », une rivalité historique au-delà du football ?

Au sein de la capitale italienne, le « Stadio Olimpico » héberge deux équipes rivales depuis près de 90 ans : le club de l’AS Roma et celui de la Lazio. Les jours de derby, la ville se retrouve littéralement séparée en deux camps et l’atmosphère est électrique. Cette rivalité historique est ancrée fortement chez tous les romains, et elle s’étend bien au-delà du football. La fracture entre les groupes de supporters est profonde sur le plan social, politique et culturel. Les fameux « tifosi » romains ont une réputation sulfureuse à cause des nombreux débordements qui leur ont fait mauvaise presse. Rencontre avec Roberto Cerrone, responsable du groupe de supporters de la Roma afin de démêler le vrai du faux en ce qui concerne les tifosi.

Crédits photos : Marion Huguet – Alessandro Ferrante

En Italie, la culture du football est présente à travers tout le territoire. Elle réussit même à réconcilier le temps d’un match le nord et le sud du pays autour d’une même effervescence. Cet attachement si fort au ballon rond explique en partie pourquoi la capitale romaine s’enflamme les jours de derby qui opposent le club de l’AS Roma et celui de la Lazio. Mais d’où vient cette fameuse rivalité exacerbée entre les deux clubs ? En 1920, plusieurs petits clubs romains décident de fusionner afin d’être en capacité de rivaliser avec les grandes équipes du pays. Ainsi, l’Alba-Audace, la Roma FC, la Pro Roma et la SS Fortitudo se regroupent pour donner naissance à « l’Associazione Sportiva Roma ». La fusion est également proposée au club romain de la Lazio qui refuse d’en être. L’AS Roma est donc seulement fondée en 1927, ce qui pousse les supporters de la Lazio à se revendiquer comme éternel « premier et plus ancien club de la capitale ».

Crédits photos : Alessandro Ferrante

Dans la cité éternelle, il y a 4 supporters de la Roma pour seulement un de la Lazio.

Les supporters de la Lazio sont en infériorité numérique et se situent dans la périphérie de Rome, chef lieu de la région du même nom. Les « Romanisti », eux, se revendiquent clairement comme étant le club de tous les romains et ont un soutien conséquent parmi les habitants de la capitale. Sur le plan de la rivalité sociale et politique, le club de l’AS Roma se définit comme le club « populaire » tandis que la Lazio représente plutôt la haute élite romaine et se positionne plus à droite politiquement. La Lazio a d’ailleurs choisi les couleurs bleue et blanche en référence à la Grèce Antique et un aigle qui symbolise l’Empire. En opposition, La Roma a pour emblème la Louve en référence au mythe fondateur de Rome, souvent utilisé par la Plèbe (le parti du peuple) au temps de la Rome antique.

Depuis plus de 50 ans, les deux groupes de supporters sont loin d’avoir été exemplaires lors des matchs et en dehors. Et de nombreux débordements ont eu lieu. Le Journal International est allé à la rencontre d’un responsable du groupe des tifosi de l’AS Roma afin de faire un point sur la rivalité actuelle entre les clubs et sur les évolutions qu’elle a connu.

Crédits photos – Marion Huguet

« Nous sommes chacun persuadés d’être le meilleur et le premier supporter de notre équipe : c’est ce qui explique l’ambiance particulière qui règne dans notre stade »

Roberto Cerrone s’est abonné au « Stadio Olimpico » très jeune, en 1968, au sein du groupe des « romanisti ». Il a immédiatement été envoûté par la ferveur qui régnait dans le stade tous les dimanches. Ce qui fait aujourd’hui de lui un supporter dévoué et passionné. « Même en ayant vécu quelques années à l’étranger, j’ai souvent voyagé de longues heures pour rentrer dans ma ville encourager mon équipe. Depuis que je suis de retour dans la capitale, j’accompagne l’AS Roma dans la quasi totalité de ses déplacements à l’extérieur. J’ai plusieurs centre d’intérêts mais je dirai que mon engagement pour la Roma est en haut de la liste ». A Rome le fait d’être supporter se vit donc à 100% et constitue un réel état d’esprit.

« J’aime le fait qu’à Rome nous supportions deux équipes différentes. »

Roberto Cerrone avoue être particulièrement attaché à la rivalité existant entre les deux équipes romaines. Pour lui, ce sont les tensions sportives opposant la Lazio et la Roma qui entretiennent l’engouement autour des deux formations. « Malgré les résultats moyens des deux équipes, les groupes de tifosi sont toujours aussi présents. Ils se doivent de défendre leurs couleurs avec passion pour montrer qu’elles sont supérieures à celles de leur adversaire historique ». Cependant selon lui, la rivalité entre les deux équipes se limite de plus en plus au seul domaine du football. Mais cela n’a pas toujours été le cas : « la Roma a toujours été l’équipe supportée par la foule alors que la Lazio était le club soutenu par les classes sociales les plus aisées. Aujourd’hui, ces différences ne sont plus trop d’actualité et toutes les sensibilités politiques sont représentées au sein des supporters des deux équipes. » En somme, pour Roberto Cerrone le seul point de distinction encore valable réside dans le fait que les supporters de la Roma sont beaucoup plus présents dans la capitale et la région en comparaison avec ceux de la Lazio, plus dispersés. Roberto nous explique également que les deux équipes ont connu des évolutions et trajectoires assez opposées, ce qui entretient un peu la rivalité historique. « En ce qui concerne la gestion des équipes par exemple, la Roma s’est plus internationalisée. La Lazio a elle gardé une gestion plus familiale et elle est encore aujourd’hui dirigée par la célèbre famille Lotito. »

« Malheureusement les stéréotypes ont la vie dure alors que les choses ont réellement beaucoup changé »

Les responsables des deux clubs ont essayé de fixer des règles plus strictes afin d’en finir avec les débordements racistes et violents qui ont eu lieu au sein du stade et en dehors. Pour Roberto Cerrone, les deux camps sont fautifs et il ne faut pas pointer du doigt un seul groupe de supporters. « Il y a des tifosi racistes dans les deux camps, des personnes violentes également. Les responsables de chaque groupe s’efforcent d’en éloigner les éléments perturbateurs ». Du point de vue de Roberto, en charge d’une partie des supporters de la Roma, les choses ont énormément évolué ces dernières années. « L’État a imposé des réglementations strictes en ce qui concerne nos supporters. Nous veillons spécialement à ce qu’ils n’aient pas de comportements violents et à ce que les chants ne dérivent jamais vers des insultes racistes. Lorsque cela se produit, nous éloignons immédiatement les personnes à l’origine de ces dérives et nous faisons preuve d’une extrême fermeté à l’encontre des débordements qui peuvent avoir lieu. Nous contrôlons également systématiquement les déclarations inscrites sur les bannières de nos supporters. »

Pour Roberto Cerrone, il subsiste seulement les éléments positifs de la rivalité historique entre la Lazio et la Roma. Mais l’affrontement entre les deux équipes se cantonne de plus plus à une rivalité limitée aux tribunes d’un stade de foot. Les divergences sont toujours présentes, mais elles relèvent plutôt d’une tradition historique que d’une réelle fracture sociale et politique contemporaine. Même si les comportements des tifosi des deux équipes ne sont pas encore parfaits, Roberto Cerrone a constaté une nette amélioration. « Les résultats sont visibles depuis quelques années puisque nous avons connu seulement de rares épisodes de violence. La réputation de nos supporters s’est aussi améliorée à l’étranger et j’en suis fier. »

Vous aimerez aussi