Kamala Harris au "National Forum on Wages and Working People" en 2019 à Las Vegas, dans le Nevada

Kamala Harris, qui est la future vice-présidente des Etats-Unis ?

Elle est sénatrice, ancienne procureure de Californie, et va devenir la première vice-présidente des Etats-Unis. Ce poste marque pour elle la consécration, puisqu’elle est la première femme d’origine afro-américaine et asiatique à remporter ces élections. Elle suscite à la fois la crainte, le respect et les critiques, mais pas l’indifférence. Mais qui est-elle ? D’où vient-elle ? Quel est son parcours ?

Kamala Harris, une pionnière militante issue d’un milieu aisé

Kamala Harris passe son enfance en Californie. Ses parents sont des ressortissants étrangers. En effet, Donald J. Harris, son père, est d’origine jamaïcaine, et sa mère est une américaine d’origine indienne. Les deux se rencontrent lors d’une réunion de l’Afro American Association, une association étudiante pour les droits des afro-américains au sein de l’Université de Berkeley, en Californie. Ils se sont mariés, mais divorcent lorsque Kamala a sept ans. Elle grandit alors avec une mère d’origine indienne célibataire dans un environnement afro-américain. Lors de son adolescence, afin que sa mère puisse faire des recherches sur le cancer du sein à l’Université McGill, elle part vivre avec elle à Montréal. Elle étudie à Westmount. Après avoir obtenu son diplôme en 1981, elle retourne aux Etats-Unis. Durant ses études, elle participe à des manifestations, tenant une fibre activiste de ses parents.

Elle obtient son diplôme en économie et en sciences politiques à l’Université Howard à Washington. Cette université fait partie des HBCU (Historically Black Colleges and Universities), crées pour promouvoir l’excellence universitaire noire au sein des Etats-Unis avant les années 1960. Par la suite, elle effectue un doctorat à l’Université de Californie. Ensuite, elle devient la procureur de San Francisco de 2004 à 2011. Elle est alors la première femme à se glisser dans cette profession. Elle devient procureure générale de Californie de 2011 à 2017. Elle est alors de nouveau la première femme issue d’une minorité ethnique à se hisser à la tête du système judiciaire de l’Etat le plus peuplé des Etats-Unis. Depuis 2017, elle est sénatrice des Etats-Unis. C’est encore une nouveauté car aucun américain d’origine asiatique n’avait jusqu’alors occupé cette fonction prestigieuse.

Son évolution sur la scène politique

Une course à la présidentielle effrénée

A partir de janvier 2019, Kamala Harris entre dans la course présidentielle. Dans son slogan « Kamala Harris for the people » (Kamala Harris pour le peuple), elle se montre en faveur des américains. En effet, Kamala Harris se positionne en tant que combattante pour la vérité et la justice, car pour elle, ces deux valeurs étaient menacées (notamment par Donald Trump). Elle séduit les électeurs par son charisme, son éloquence et son énergie.

En juin 2019, lors du débat des primaires démocrates, elle s’en prend frontalement à Joe Biden sur ses relations avec des sénateurs racistes. C’est une attaque désastreuse pour Joe Biden. Par la suite, elle grimpe dans les sondages. Mais, en décembre 2019, elle se retire de la course, car elle n’a plus les fonds financiers nécessaires pour poursuivre sa campagne.

Un poste de vice-présidente inespéré

Après le retentissement du mouvement Black Lives Matter en juin 2020, un coup de théâtre retentit lors de l’élection présidentielle américaine : Joe Biden sélectionne Kamala Harris pour être sa vice-présidente en août 2020. Pour certains, il s’agit d’un choix stratégique qui tranche avec le déni systématique de Trump face au racisme, au danger de l’ascension des groupes suprémacistes blancs, et aux violences policières. En clair, il n’avait pas d’autre choix que de sélectionner une femme métisse pour le poste de vice-présidente, afin de séduire l’électorat afro-américain et latino. D’ailleurs, après cette annonce dans la campagne de Biden, Donald Trump en a profité pour émettre des « critiques » sur Kamala Harris. Il a notamment déclaré qu’elle était selon lui, « la personne la plus méchante, la plus horrible et la plus irrespectueuse du Sénat ».

Lors du discours où elle a accepté sa nomination, Kamala Harris a déclaré qu’ « il faut faire le travail pour George Floyd, Breonna Taylor et pour les nombreuses autres personnes, trop nombreuses pour qu’on puisse les nommer aujourd’hui ». Contrairement à Donald Trump, qui multiplie les meetings, elle reste discrète sur la scène médiatique. Cela peut être un atout, car elle se montre prudente face à Trump. Mais, d’un autre côté, son discours peut être étouffé par l’omniprésence de Trump dans les médias.

Kamala Harris, une figure controversée

Kamala Harris est la cible n°1 de Donald Trump. Il l’a notamment insultée de « monstre » durant une interview avec la chaîne Fox Business. De plus, il se moque ouvertement de son prénom aux origines sanskrit. En outre, il a aussi déclaré que personne ne l’aimait, et qu’elle ne pouvait pas devenir la première vice-présidente femme, car ça serait une insulte pour les Etats-Unis. Nous voyons clairement que Trump fait preuve de racisme et de sexisme (dont a aussi été accusé Mike Pence, pour l’avoir constamment interrompu lors du débat des vice-présidents).

                                                       

Ensuite, bien qu’elle ait créé dans les années 2000 des programmes innovateurs afin de réduire le crime et de prévenir la récidive, Kamala Harris est aussi beaucoup critiquée. Les critiques portent principalement sur son laxisme face aux bavures policières. Elle est aussi jugée pour sa sévérité avec les délits mineurs, qui pénalise les minorités et les familles. En effet, l’année dernière une vidéo a resurgit montrant que Kamala Harris ne regrettait pas, voire même s’amusait, de la mise en place d’un système plaçant les parents d’enfants faisant l’école buissonnière en prison. De plus, pour certains, elle n’a pas réussi à obtenir justice pour les personnes qui ont été faussement accusées et mises en prison.

Beaucoup d’activistes dénoncent sa rigidité quant au maintien du respect des lois. Certains pensent qu’elle fait passer l’application  des lois de manière inflexible, avant les droits civiques. Elle ne serait donc pas forcément progressiste, mais plutôt autoritaire et intransigeante.

Conclusion

Malgré les critiques envers Kamala Harris, celle-ci a essayé en 2019 de rénover le système de justice californien en limitant l’incarcération de masse, en revoyant les méthodes de police et en éliminant la peine de mort pour les crimes fédéraux. En outre, elle souhaitait aussi réduire l’incarcération des jeunes, et abolir des sentences minimum obligatoires. Mais, son futur poste de vice-présidente des Etats-Unis ne va pas forcément permettre l’application de ces mesures. De plus, malgré qu’elle ait soufflé un vent de fraîcheur et de nouveauté sur la campagne de Joe Biden, va-t-elle réussir à apaiser les tensions raciales qui sévissent au sein des Etats-Unis lorsqu’elle sera vice-présidente ?

Moment de l'annonce de la candidature à la vice-présidence de la sénatrice Kamala Harris, par Joe Biden, à Wilmington, dans le Delaware - 12 août 2020

 

Crédit Photos : Gage Skidmore – Flickr ; NSPA&ACP – Flickr ; Milwaukee Teachers’ Education Association (MTEA) – Flickr ; Biden for President – Flickr

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